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Les échouages des mammifères marins en France

À retenir

17 054 individus échoués ont été recensés depuis 1980 en France métropolitaine, dont les trois quarts sur la façade atlantique. L’augmentation du nombre d’échouages sur le littoral métropolitain est significative depuis cette date. Avec 1 036 échouages, le résultat de l’année 2011 est le plus important jamais enregistré. Le dauphin commun est de loin l’espèce la plus représentée, devant le dauphin bleu et blanc, et le marsouin commun. La mortalité par capture chez le marsouin et le dauphin commun correspond au minimum à 30-40 % du nombre total d’échouages observés.
380 échouages ont été recensés depuis 1994 dans les territoires d’outremer. Face au faible nombre de données dans ces territoires, il reste difficile d’analyser des tendances à long terme, que ce soit pour une espèce particulière ou un territoire.

Contexte

Les échouages des mammifères marins sur les côtes françaises sont suivis par le Réseau national d’échouages (RNE), constitué par plus de 300 correspondants locaux et coordonné par l’Observatoire PELAGIS (ex-centre de recherche sur les mammifères marins - UMS 3462, université de La Rochelle – CNRS). Ce réseau intervient sur le littoral métropolitain depuis le début des années 1970 en outremer et depuis les années 1990. En France, toutes les espèces de mammifères marins sont protégées, ce qui nécessite la prise en compte de leur conservation dans la gestion des activités humaines en mer. Ces observations permettent d’obtenir une meilleure image des populations de mammifères marins vivant le long des côtes françaises, une meilleure connaissance de leur écologie et une meilleure évaluation des menaces qui pèsent sur elles, alors que les usages en mer sont de plus en plus nombreux. Pour la métropole, les données collectées depuis 1980 constituent le début d’une série temporelle considérée comme stable pour étudier des tendances d’évolution. De la même manière, pour les territoires d’outremer, la série temporelle  se stabilise à partir du début des années 2000 mais de gros effort restent à réaliser pour renforcer les réseaux locaux.
Trois grands groupes composent les mammifères marins : les Cétacés (dauphins, marsouin et baleines), les Pinnipèdes (phoques) et les Siréniens en outremer (lamantins et dugongs). Ces mammifères représentent de bons indicateurs de la qualité des milieux littoraux et marins. Etant en bout de chaine alimentaire, ils permettent d’analyser les pressions qui pèsent sur les milieux et sur ces espèces : que se soit par l’analyse de la fréquence des échouages, des traces de captures relevées sur les corps, la recherche de polluants dans leurs tissus ou d’autres traces des activités humaines.

Commentaire

De 1980 à 2011, 17 054 individus échoués ont été recensés. Bien que le nombre annuel d’échouages sur les côtes de métropole soit très variable, on observe une augmentation significative depuis 1980 (Test de Mann-Kendall). La moyenne annuelle du nombre d’échouages est ainsi passée de 273 individus pour la période 1980 - 1990 à 544 pour 1990 - 2000 et à près de 767 pour la période 2000 – 2010. De plus, avec 1 036 échouages, le résultat de l’année 2011 est le plus important jamais enregistré. D’une manière générale, les échouages sont plus nombreux de février à avril (période hivernale à forte mortalité). La façade atlantique regroupe les trois quarts des échouages enregistrés depuis 1980. Ceux-ci sont principalement concentrés sur le littoral des Landes, du Finistère, de la Gironde, de la Charente-Maritime, de la Vendée et du Morbihan.

Évolution annuelle des échouages sur les côtes métropolitaines

La quasi-totalité des échouages concerne des animaux morts en pleine mer de causes naturelles ou accidentelles. Les causes de la mort peuvent être diverses : vieillesse, maladie, immatures perdus, accidents liés à l’activité de pêche par piégeage dans des engins de pêche immergés ainsi que par la collision avec des navires. La proportion d’individus tués par ces captures est variable mais peut parfois atteindre des proportions très importantes. Par exemple, on estime que 50 % des marsouins échoués sur les côtes normandes en 2006 présentaient des traces de capture accidentelle d’un engin de pêche (CRMM, 2007). La contamination chimique ou bactériologique de l’eau et de leurs proies peut être la source de maladies. Les polluants (pesticides, hydrocarbures, métaux lourds) ont probablement une action néfaste sur le métabolisme des mammifères marins. La surexploitation de leurs proies et les changements climatiques sont aussi une source de pression. Les animaux morts sont rejetés sur le littoral par le biais des courants et des vents marins. Seul un faible pourcentage d’entre eux parvient à terre. D’après les travaux d’étude de dérive des carcasses, environ 8 % des animaux morts en mer sont retrouvés échoués.

Des individus vivants sont aussi retrouvés échoués sur le littoral. Dans le cas des échouages en masse, les raisons peuvent être multiples. Un individu leader peut ainsi entraîner son groupe sur la plage. Il arrive également que des individus se fassent piéger par la marée descendante, par des barrières naturelles ou des infrastructures utilisés pour les cultures marines. Des conditions météorologiques difficiles pourraient également désorienter les animaux qui nagent dans des zones côtières complexes. De nombreux dauphins et baleines se servent des ondes sonores pour naviguer en mer. Les perturbations acoustiques sous-marines liées à l’exploration pétrolière et aux sonars militaires par exemple, pourraient désorienter les animaux et les faire s’échouer.

Les espèces concernées en métropole

Le dauphin commun est de loin l’espèce identifiée la plus représentée lors des échouages. Si cette espèce est commune sur l’ensemble de la façade atlantique, elle est par contre considérée comme occasionnelle en Méditerranée (signalée plusieurs fois par décennie). Les dauphins non identifiés1 sont en seconde position : il s’agit soit de dauphins communs ou de dauphins bleus et blancs. En effet, dès lors que la décomposition est un peu avancée la distinction entre les deux espèces est très difficile. Le dauphin bleu et blanc et le marsouin commun représentent ensuite les échouages les plus fréquents. Les Odontocètes (sous-ordre des cétacés regroupant les dauphins et les marsouins), sont donc les plus concernés par les échouages.

Il est difficile de définir une tendance pour les échouages de dauphin commun, car si l’augmentation est très significative depuis 1980, elle ne l’est pas si on considère uniquement les résultats depuis 1990. Certaines années ont vu de fortes concentrations d’échouages, dont une proportion importante était due à des captures accidentelles (notamment en 1997, 1999, 2000, 2001 et 2002). D’après une étude récente, la population de dauphin commun diminuerait de 5,5 % par an. Si ce niveau de captures accidentelles est maintenu, la population de dauphin commun pourrait être divisée par cinq en 30 ans et proche de l’extinction dans 100 ans (DCSMM, évaluation initiale, 2012). Suite à l’adoption du règlement européen CE n°812/2004, des rapports nationaux doivent être rédigés régulièrement pour estimer les prises accidentelles de cétacés. Le dernier rapport français indique que les captures de cétacés par les navires sont essentiellement dues au chalutage pélagique en bœuf (deux navires trainant un chalut entre eux, principalement pour la pêche au bar et au thon) et aux filets calés. La mortalité par capture chez le marsouin et le dauphin commun correspond au minimum à 30-40 % du nombre total d’échouages observés (DCSMM, évaluation initiale, 2012).
Les échouages du marsouin commun, du grand dauphin, du phoque gris et du phoque veau-marin ont sensiblement augmenté depuis la fin des années 1990. Cet accroissement peut être, en partie, expliqué par le déplacement de l’aire de distribution du marsouin commun vers le sud, et l’augmentation présumée des populations de grands dauphins, de phoques gris et de phoques veau-marins. Les échouages de globicéphales noirs, de cachalots, de rorquals et de dauphins de Risso semblent relativement stables, même si leur nombre varie suivant les années.

1 Il est possible que l’espèce ne puisse être déterminée soit par l’absence de critères distinctifs (dégradation ou absence du crâne, état de décomposition trop avancé) soit en raison de l’évacuation du cadavre avant examen.

Principales espèces ou groupe d’espèces de mammifères marins échouées sur les côtes métropolitaines de 1980 à 2011

Les échouages en outremer

En outre-mer, le réseau d’observation des échouages de mammifères marins a été mis en place au début des années 1990 et se structure progressivement. Les résultats ne sont donc pas exhaustifs. Avec 380 individus recensés de 1994 à 2012, le nombre d’échouages reste relativement faible par rapport à la longueur du littoral concerné. La moyenne annuelle des échouages pour la période 1990-2000 s’élève à moins de 9 individus, et à environ 24 pour la période 2000-2010. Avec 58 échouages, l’année 2003 reste celle en ayant connu le plus grand nombre, principalement en raison de l’échouage de 41 globicéphales tropicaux à Saint-Martin le 24 novembre. L’année 1994 se démarque aussi avec l’échouage de 30 dauphins à long bec en Nouvelle-Calédonie le 19 janvier. Ainsi, avec si peu de résultats, il reste difficile d’envisager des tendances à long terme sur l’état des populations de mammifères marins près de ces territoires.

Nombre annuel d’échouages sur les côtes ultramarines

Avec 59 individus recensés depuis 1994, dont 41 pour la seule journée du 24 Novembre 2003, le globicéphale tropical est l’espèce ayant subi le plus grand nombre d’échouages. Viennent ensuite le dauphin de Guyane et le grand cachalot avec respectivement 46 et 45 individus recensés. Le dauphin à long bec, avec 37 individus est en quatrième position en grande partie à cause de l’échouage de 30 individus en 1994 en Nouvelle-Calédonie. Sans ces échouages massifs, le dauphin de Guyane et le grand cachalot domineraient ce classement devant le dugong. Ces échouages étant très irréguliers, il reste difficile d’envisager des tendances à long terme que ce soit pour une espèce particulière ou un territoire.

Répartition des échouages ultramarins par espèce

Avec 111 individus recensés de 1994 à 2012, la Nouvelle-Calédonie est le territoire d’outremer où le plus grand nombre d’échouages a été recensé. La Guadeloupe en a connu 87, la Guyane et la Martinique respectivement 52 et 50. Le niveau d’observation semble déterminant pour expliquer les différences de résultats entre ces territoires, particulièrement entre la Guadeloupe et la Martinique. Le nombre d’échouages en Polynésie-Française est certainement sous-évalué. Ces échouages ne sont pas réguliers et beaucoup de ces territoires n’en recensent pas tous les ans. Il est donc important de développer le réseau d’observation afin de disposer de statistiques fiables.

Répartition des échouages ultramarins par territoire

Méthodologie

Les échouages de mammifères marins permettent d'obtenir des données biologiques difficiles à acquérir par d'autres moyens. Le suivi des populations en mer est en effet complexe à réaliser et la prise d’échantillons encore plus compliquée. L’analyse des échouages est donc un bon moyen pour compléter les données d’observation. A chaque échouage, les paramètres analysés sont nombreux, comme l’espèce, l'âge, le statut reproducteur, la génétique, l’étude du régime alimentaire, la concentration dans les tissus en métaux lourds ou en polluants organiques persistants, la recherche de pathologies...

En savoir plus

Mis à jour le 16/09/2013

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