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Environnement

DONNÉES DE SYNTHÈSE SUR LA BIODIVERSITÉ

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Espèces menacées : nombre d’espèces inscrites sur les listes rouges

À retenir

La France est un des dix pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces animales et végétales menacées au niveau mondial. Ce constat résulte principalement des menaces pesant sur l’importante biodiversité des collectivités d’outre-mer, mais également sur les communautés méditerranéennes qui représentent aussi un point chaud de biodiversité. Sur les 1 608 espèces évaluées en France métropolitaine, 20 % sont considérées comme menacées : 20 % des espèces de vertébrés évaluées, 17 % des orchidées, 28 % des crustacés d’eau douce et 6 % des papillons de jour. Les territoires d’outre-mer présentent aussi un important nombre d’espèces menacées.

Contexte

Le comité français de l’Union Internationale pour la conservation de la nature (UICN) et le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) se sont associés pour dresser le risque d’extinction des espèces présentes en France métropolitaine et en outre-mer.
Actuellement, les reptiles, les amphibiens, les oiseaux nicheurs, les mammifères, les orchidées, les poissons d’eau douce, les papillons de jour, les crustacés d’eau douce, les requins, les raies et les chimères de métropole ont été évalués.

 

Commentaire

Sur les 119 espèces de mammifères étudiées, 11 (dix espèces continentales et une marine) sont menacées de disparition du territoire métropolitain et 3 sont déjà éteintes (le phoque noir, la baleine des basques et le bouquetin des Pyrénées). Près du tiers des mammifères menacés appartiennent au groupe des chiroptères (chauve souris) et 7 autres espèces apparaissent comme « quasi-menacées ». Ils sont principalement victimes du dérangement dû à la fréquentation de leurs gîtes, à la dégradation de leurs habitats et à la raréfaction de leurs proies par l’utilisation d’insecticides.
Prés de la moitié des cétacés sont placés dans la catégorie « données insuffisantes », en raison du manque de connaissances. Pourtant, certains pourraient être menacés en France. Ils sont affectés par de multiples pressions comme la pollution sonore due au trafic maritime et aux sonars militaires, les pollutions chimiques, les captures accidentelles liées à l’utilisation de filets maillants, la surpêche qui affaiblit leurs ressources alimentaires et le changement climatique.

C’est aussi le cas des requins, des raies et des chimères qui restent mal connus dans leur grande majorité (plus des ¾ des 83 espèces évaluées), alors que 11 sont considérées comme menacées (13 %). La surpêche est la principale cause du déclin de ces animaux, comme pour l’ange de mer commun et la raie blanche dont les stocks ont fortement diminué. Mais la situation pourrait s’avérer plus préoccupante car beaucoup d’espèces dont les données sont insuffisantes pourraient en fait être menacées. Le rétablissement des populations est lent et des espèces protégées restent victimes de prises accidentelles par les chaluts de fonds, comme le squale-chagrin de l’Atlantique, ou par les filets de surface, comme le requin pèlerin.

73 espèces d’oiseaux nicheurs sur les 277 évaluées sont actuellement menacées en France métropolitaine (26 %). Certaines espèces peuvent être présentes en France mais ne plus y nicher et sont donc considérées comme menacées. Cinq ne se reproduisent déjà plus sur le territoire, 11 sont en danger critique d’extinction (comme le vautour moine, la grue cendrée, le pingouin torda) et 20 sont en danger (comme le flamant rose, la cigogne noire ou le goéland railleur). La conjugaison de multiples menaces comme l’intensification des pratiques agricoles, la destruction des habitats, la pollution entraînent le déclin de nombreuses populations d’oiseaux à l’échelle de la métropole. Le réchauffement du climat pourrait à l’avenir modifier leur aire de répartition, certaines pouvant disparaître de métropole par leur déplacement vers le nord, d'autres pouvant apparaître en provenance du sud.

Sept espèces de reptiles sur 37 (19 %) et sept espèces d’amphibiens sur 34 (21 %) sont actuellement menacées sur le territoire métropolitain. De plus, 6 espèces de reptiles et 6 d’amphibiens se classent dans la catégorie “quasi menacée”. Le nombre d’espèces menacées en France métropolitaine pourrait donc doubler dans les années à venir. L’assèchement des zones humides, le comblement des mares, la pollution des milieux aquatiques, l’urbanisation et le déclin du pastoralisme ont entraîné une forte régression des habitats de nombreuses espèces. A ces menaces s’ajoutent la collecte illégale d’individus et la compétition avec des espèces exotiques introduites, telles que la tortue de Floride ou la grenouille taureau qui représentent une menace pour des espèces autochtones comme la cistude d’Europe et les espèces de grenouilles vertes.

La première analyse réalisée sur les 160 espèces d’orchidées répertoriées en France métropolitaine montre que 27 d’entre elles sont menacées de disparition (17 %). Quatre sont classées « en danger », comme l’ophrys de l’Aveyron ou l’ophrys d’Eleonore et l’orchis des collines a déjà disparu. 36 espèces se classent dans la catégorie “quasi-menacée”, soit plus d’une espèce sur cinq. Le drainage des marais et des prairies humides, l’abandon des pratiques agricoles traditionnelles en milieux secs, comme la fauche et l’élevage extensif, entraînent la fermeture des milieux et ont provoqué le recul de plusieurs espèces. D’autre part, certaines espèces sont soumises à de fortes pressions de prélèvement dans leur milieu naturel.

L’analyse des menaces qui pèsent sur les poissons d’eau douce indique que 15 des 69 espèces étudiées présentent un risque de disparition (22 %). Deux espèces sont classées comme éteintes au niveau mondial (le corégone fera et le corégone gravenche) et deux autres le sont en France métropolitaine (l’aphanius d’Espagne et le cyprinodonte de Valence). La dégradation et les perturbations des milieux aquatiques constituent la principale menace: extraction de granulats, assèchement, drainage et curage des zones humides, ou encore les multiples pollutions agricoles et industrielles. La situation des poissons migrateurs amphihalins (saumon, anguilles…) apparaît particulièrement préoccupante. Ces poissons qui réalisent une partie de leur développement en mer sont bloqués par les barrages et sont victimes d’une surpêche en estuaire qui fragilise d’autant plus leur population.

Pour les papillons de jour, 16 espèces de métropole sur les 253 évaluées sont considérées comme menacées (6 %), le sylvain des spirées a déjà disparu, et 18 autres sont considérées comme quasi-menacées. Comme pour d’autres espèces, les principales menaces sont issues des pratiques agricoles intensives et de l’artificialisation du territoire. Les papillons sont en effet très sensibles aux modifications des écosystèmes. Beaucoup d’entre eux ont besoin d’une plante hôte spécifique pour se reproduire et permettre le développement de leur chenille, comme l’azuré de la sanguisorbe, liée aux prairies humides où pousse la sanguisorbe officinale. La diminution des surfaces de ces habitats réduit ainsi directement la survie de nombreuses espèces d’insectes. Le changement climatique constitue une menace supplémentaire.

161 espèces de crustacés d’eau douce de métropole sont considérées comme menacées sur les 576 espèces évaluées (28 %), dont près d’un quart sont endémiques du territoire métropolitain. La majorité d’entre elles sont de taille microscopique (copépodes, ostracodes, amphipodes, branchiopodes…) et sont à la base de l’alimentation de nombreuses autres espèces comme les poissons. La pollution des eaux, les prélèvements d’eau pour les activités humaines, le drainage et le remblaiement des mares temporaires pour l’agriculture ou l’urbanisation menacent ces espèces. Les trois espèces d’écrevisse présentes en France sont particulièrement concernées par ces menaces et l’introduction d’écrevisses américaines. L’écrevisse à pattes blanches est ainsi classée "vulnérable", l’écrevisse à pattes rouges "en danger" et l’écrevisse des torrents "en danger critique". 

Au niveau européen, la proportion d’espèces menacées des différents groupes taxonomiques est similaire ou supérieure à celle de la France métropolitaine. Ainsi par exemple, plus du tiers des espèces de poissons d’eau douce sont considérées comme menacées en Europe.

Pourcentage des espèces évaluées considérées comme étant menacées d’extinction en Europe et en France métropolitaine

En %MammifèresOiseaux nicheursReptilesAmphibiensOrchidées
Europe14 Non évalué19 23 23
France métropolitaine9 26 19 21 17 
En %Poissons d'eau doucePapillons de jourCrustacés d'eau douceRequins, raies et chimères
Europe379Non évaluéNon évalué
France métropolitaine2262813

Source : comité français de l’UICN-MNHN, The IUCN Red List of Threatened Species in Europe, 2014


Pour répondre à certaines situations alarmantes, des plans nationaux d’action sont mis en œuvre. Ce fut le cas de 2007 à 2011 pour le vison d’Europe et le grand hamster classés « en danger ». C’est actuellement le cas de l’apron du Rhône et de l’esturgeon européen classés en « danger critique », mais aussi de la  tortue d’Hermann (« vulnérable ») et de la vipère d’Orsini (en « danger critique »). La loutre d’Europe désormais classée en « préoccupation mineure » est un exemple d’une action efficace des pouvoirs publics et des associations de protection de la nature.
Les actions de protection des zones humides ont permis d’améliorer la situation de plusieurs espèces d’oiseaux, comme le butor blongios et la guifette moustac. Après avoir disparu de France pendant près d’un siècle, le vautour moine niche à nouveau dans les Grands Causses grâce au succès de son programme de réintroduction, mais les populations sont faibles et l’espèce reste classée en danger critique d’extinction.


Note : Parallèlement à l'évaluation française, il existe une évaluation mondiale réalisée par les instances internationales de l'UICN. Cette dernière liste les espèces menacées au niveau mondial et leur présence dans les différents pays. Les résultats développés ici pour les territoires d'outre-mer et la métropole montrent donc la responsabilité de la France au niveau international. Pour le territoire métropolitain, les résultats présentés sont différents de ceux obtenus au niveau national mais ces deux évaluations distinctes reposent néanmoins sur la même méthodologie, mise au point par l'UICN au niveau international.
La Réunion a bénéficié d’une évaluation en 2010 par le comité français de l’UICN dont les résultats sont différents de  l’évaluation mondiale présentée ci-dessus. Afin de pouvoir comparer les territoires entre eux, il a été choisi de maintenir la présentation de l’évaluation mondiale.

Les résultats de l’évaluation internationale de la liste rouge UICN des espèces menacées montre que les collectivités d’outremer sont particulièrement vulnérables. Quasiment tous ces territoires (excepté Saint-Pierre-et-Miquelon), montrent un nombre important d’espèces menacées : 478 en Nouvelle-Calédonie, 169 en Polynésie, 109 à La Réunion, 80 à Wallis et Futuna, 74 à Mayotte, 65 en Guyane, 58 en Guadeloupe, 34 en Martinique, 22 dans les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) et 6 à Saint-Pierre-et-Miquelon. Ces résultats ne représentent que des estimations au niveau mondial et peuvent donc varier en fonction des connaissances disponibles. Ceci explique par exemple le faible nombre d’espèces menacées en Guyane alors que le chiffre réel est probablement plus important. L’insularité de la plupart de ces territoires (excepté pour la Guyane) a entrainé le développement d’un haut niveau d’endémisme, ce qui confère une grande responsabilité à la France pour la conservation de ce patrimoine.
Si le nombre d’espèces éteintes ou en danger critique d’extinction reste relativement limité dans la majorité des territoires, ce n’est pas le cas de la Polynésie française où 88 espèces sont considérées comme déjà éteintes, et 61 comme en danger critique d’extinction. En Nouvelle-Calédonie, 201 espèces sont considérées comme quasi-menacées. Ainsi le nombre d’espèces menacées dans ce territoire pourrait augmenter de 50 % si la situation venait à se dégrader.
La destruction ou la modification des habitats restent les principales menaces pour la biodiversité de ces territoires. Les causes sont connues : urbanisme et aménagements, exploitations forestières, agricoles et minières, pollution, changement climatique, introduction d’espèces invasives…

Méthodologie

On désigne un « point chaud » lorsque le nombre total d’espèces recensées sur un territoire est supérieur à 0,5 % du nombre total d’espèces dans le monde du groupe considéré. Les "34 points chauds de la biodiversité" sont des zones de la planète à la fois très riches en espèces et très menacées.
L’UICN est une ONG mondiale fondée en 1948 dédiée à la conservation de la nature. Elle encourage et assiste la société dans le développement de la connaissance pour la conservation de la diversité de la nature. Elle réunit 83 États, 114 agences gouvernementales, plus de 1 000 ONG et plus de 11 000 experts et scientifiques de plus de 160 pays.
Les résultats présentés dans la liste rouge française de l’UICN correspondent à l’évaluation réalisée par le Muséum national d’Histoire naturelle et le Comité français de l’UICN, en partenariat avec la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM), l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), la Société d’études ornithologiques de France (SEOF), la Fédération des conservatoires botaniques nationaux (FCBN), la Société française d’orchidophilie (SFO), la Société herpétologique de France (SHF), la Société française d’ichtyologie (SFI), l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema), l’Office pour les insectes et leur environnement (OPIE), la Société entomologique de France (SEF) et l’Association française de limnologie (AFL).
L’évaluation des espèces est réalisée par groupe taxonomique. Les espèces non natives introduites dans la période récente (après l’année 1500) et des espèces marginales ou qui ne sont présentes en métropole que de manière occasionnelle ne sont pas évaluées.


Définition des différentes catégories de l’UICN :

Les catégories de l’UICN sont définies en fonction d’un ensemble de critères et de valeurs seuils relatifs au risque d’extinction, comme les effectifs, le nombre d’individus matures, la superficie de l’aire de répartition et son degré de fragmentation. Chaque fois qu’un taxon remplit un de ces critères, il peut être classé dans la catégorie de menace correspondante au seuil associé. Il n’est pas nécessaire que tous les critères soient remplis : un seul suffit à classer un taxon dans une catégorie donnée.
Les trois catégories « En danger critique d’extinction », « En danger » et « Vulnérable »  entrent dans le groupe des taxons « Menacés ». La catégorie « Quasi menacée » correspond à une espèce proche du seuil des espèces menacées ou qui pourrait être menacée si des mesures de conservation spécifiques n’étaient pas prises. La catégorie « Préoccupation mineure » est attribuée aux espèces pour lesquelles le risque d’extinction est faible. Un taxon est présumé « Éteint » lorsque des études exhaustives menées dans son habitat connu ou présumé, à des périodes appropriées et dans l’ensemble de son aire de répartition historique n’ont pas permis de noter la présence d’un seul individu. La classification dans les catégories « Données insuffisantes » indique que le risque d’extinction n’a pas été évalué.

En savoir plus

Mis à jour le 18/04/2014

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