Derniers résultats

76 plans nationaux d’actions en faveur des espèces menacées en vigueur en 2025

Environnement
Publié le 10/12/2025
Outils stratégiques visant à assurer la conservation ou le rétablissement des espèces de faune et de flore sauvages, les plans nationaux d’actions (PNA) ont été instaurés en France pour la première fois en 1996. Au 1er octobre 2025, 76 PNA sont en vigueur couvrant plus de 470 espèces (hors PNA pollinisateurs). Utilisés lorsque les autres politiques publiques environnementales et sectorielles, y compris les instruments réglementaires de protection de la nature, sont considérées comme insuffisantes, ils permettent de mobiliser de multiples acteurs disposant des leviers pour agir en faveur des espèces menacées (services de l’État, collectivités territoriales, acteurs socio-économiques, associations et ONG, etc.).

Une large diversité d’espèces couvertes

Dispositifs complémentaires à la protection réglementaire de la faune et la flore, les PNA visent à préserver certaines espèces pour lesquelles la France porte une responsabilité patrimoniale particulière. Ils ciblent la conservation ou le rétablissement d’espèces protégées et d’insectes pollinisateurs. Ils sont élaborés par espèce ou groupe d’espèces lorsque leur situation biologique le justifie.

En 2025, 76 PNA sont en vigueur (57 en France métropolitaine et 19 en outre-mer). La majorité de ces plans portent sur les espèces animales (57 PNA) dont les oiseaux (39 %), les reptiles (23 %) et les mammifères (19 %).

 

Plans nationaux d’actions en vigueur en 2025
En nombre

© SDES

Source : DGALN/DEB, novembre 2025. Traitements : SDES, 2025

 

Si certaines espèces, comme l’Apron du Rhône, le Balbuzard pêcheur, la Loutre d’Europe, l’Iguane des petites Antilles ou encore les Euphorbes du littoral réunionnais, disposent d’un PNA propre, il est fréquent d’avoir plusieurs espèces ciblées dans un même PNA. Ainsi plus d’une vingtaine – essentiellement dédiés à la flore et aux insectes – est multi-espèce, telle que le PNA Papillons diurnes patrimoniaux (38 espèces) ou encore celui consacré aux plantes menacées des estives pyrénéennes (10 espèces).

Les PNA en vigueur couvrent une large diversité d’espèces avec 474 taxons (302 de flore et 172 de faune) sans compter ceux du PNA Insectes pollinisateurs, qui vise tous les insectes pollinisateurs (soit plus de 7 000 taxons). Depuis leur création, plus de 700 espèces ont profité de ce dispositif.

Bien que l’ensemble des PNA soient nationaux, chaque espèce dispose d’une aire de répartition variable (souvent plus réduite pour la flore que pour la faune) que le plan prend en compte pour entreprendre les actions. 35 PNA concernent in fine une seule région et 41 PNA concernent plusieurs régions. Avec plus de 24 PNA en vigueur sur au moins une partie de leur territoire, les régions de la moitié sud de l’Hexagone sont les plus couvertes par les PNA. La région Occitanie en compte à elle seule 35.

Les PNA peuvent être déclinés en plans régionaux d’actions (PRA) pour définir des actions pertinentes en fonction de la situation locale de l’espèce ou des groupes d’espèces considérés. À titre d’exemple, la région Haut-de-France a décliné le PNA Chiroptères avec un PRA Chiroptères.

 

Répartition régionale des plans nationaux d’actions en vigueur en 2025

© SDES

Note : le nombre de PNA en vigueur dédié à la faune et à la flore est affiché entre parenthèses. Une espèce ciblée par un PNA pouvant être présente sur plusieurs territoires, la somme des plans est proscrite.
Source : DGALN/DEB, octobre 2025. Traitements : SDES, novembre 2025

Des dispositifs couvrant principalement des espèces en risque d’extinction

Le choix des espèces bénéficiant d’un PNA repose principalement sur leur risque d’extinction, évalué selon les critères de l’UICN. Cette évaluation prend en compte divers facteurs : taille de la population, perte d’habitat, fragmentation de la répartition et taux d’extinction. La liste rouge mondiale ainsi que la Liste rouge nationale servent de références dans la sélection des espèces pouvant bénéficier d’un PNA. En 2024, selon la Liste rouge nationale, 2 896 espèces classées dans les catégories CR (en danger critique), EN (en danger) ou VU (vulnérable) étaient considérées comme menacées en France (1 053 en France métropolitaine et 1 843 en outre-mer).

Afin de guider les pouvoirs publics dans l’établissement de nouveaux PNA, des listes d’espèces prioritaires pour l’action publique sont élaborées ciblant notamment les espèces endémiques classées CR et EN d’après l’UICN. Selon la dernière liste (version mai 2023), 77 espèces animales endémiques sont jugées prioritaires (au sens des classements CR et EN). Parmi elles 11 sont déjà couvertes par un PNA en vigueur. Les oiseaux et les poissons sont les groupes taxonomiques les mieux représentés parmi ces listes d’espèces prioritaires.

 

Couverture par les PNA en vigueur des espèces animales endémiques identifiées comme prioritaires pour l’action publique, par taxon en 2024
En nombre d’espèces

© SDES

Note : seules les espèces endémiques classées CR (en danger critique) ou EN (en danger) par l’UICN sont représentées.
Source : DGALN/DEB, juin 2024. Traitements : SDES, 2025

 

La flore est également concernée par ce ciblage. 120 espèces végétales sont identifiées comme prioritaires, chacune d’entre elles étant spécifique à un territoire. La Réunion concentre à elle seule 50 des espèces végétales prioritaires. Sur les 120 espèces sont identifiées comme prioritaires, 26 taxons disposent déjà d’un PNA en vigueur. Le taux de couverture par un PNA des espèces de flore identifiées comme prioritaire varie selon les territoires : la Martinique vient en premier (38 %), suivie de La Réunion (28 %), puis de la France métropolitaine (26 %).

 

Couverture par les PNA en vigueur des espèces végétales endémiques identifiées comme prioritaires, par zone géographique en 2024
En nombre d’espèces

© SDES

Note : seules les espèces endémiques classées CR (en danger critique) ou EN (en danger) par l’UICN sont représentées.
Source : DGALN/DEB, juin 2024. Traitements : SDES, 2025

De nouveaux PNA envisagés d’ici à 2030

En 2025, plus de 40 PNA sont en cours de renouvellement. Bien qu’ils soient considérés comme échus, leurs actions sont prolongées durant l’évaluation du plan et la rédaction du nouveau PNA qui pourrait leur succéder.

La Stratégie nationale biodiversité 2030 prévoit le lancement de 20 PNA supplémentaires (8 PNA de faune et 12 PNA de flore) portant prioritairement sur les espèces endémiques les plus menacées, les espèces végétales et les espèces d’outre-mer. Parmi ces PNA, celui sur la « Centaurée et Massif de la Clape » ou encore celui sur le Jaguar et le Puma de Guyane ont été proposés.

La structuration des PNA et leur financement

Le PNA est défini à l’article L. 411-3 du Code de l’environnement, une note technique du 9 mai 2017 fournissant des principes directeurs pour leur élaboration et leur mise en œuvre.

Chaque plan est structuré selon quatre axes :

  • surveillance des espèces : établir un système de suivi rigoureux et cohérent pour les populations d’espèces ciblées ;
  • restauration écologique : déployer des initiatives coordonnées visant à améliorer l’état des espèces concernées et de leurs habitats naturels ;
  • sensibilisation et communication : diffuser des informations pertinentes auprès des parties prenantes et du grand public ;
  • intégration de la conservation : promouvoir l’incorporation de mesures de protection des espèces dans les activités anthropiques et politiques publiques.

Il n’existe pas d’indicateurs standardisés pour évaluer les PNA. Leur efficacité peut être approchée à travers différents indicateurs tels que l’augmentation des populations d’espèces ciblées, ou encore l’extension de leur aire de répartition. À titre d’exemple, alors que la population d’Aigle Bonelli bénéficiant d’un PNA n’était plus que de 22 couples en France en 2002, 49 couples cantonnés ont été identifiés en 2024 à la suite de la mise en œuvre du plan. L’amélioration des connaissances permise par les PNA peut également être appréciée au regard de la hausse des données mises à disposition. Ainsi, au terme de l’animation du premier plan dédié aux libellules, une augmentation du nombre de données disponibles de près de 32 % a été observée en 5 ans.

Les PNA jouent également un rôle déterminant dans la mobilisation de ressources financières pour la protection des espèces menacées, que celles-ci viennent des collectivités territoriales, des agences de l’eau, de l’Union européenne via des programmes comme FEDER et LIFE+, ou de l’État.

En 2025, près de 8,7 millions d’euros (M€) – (hors espèces marines et grands prédateurs) étaient ainsi alloués aux PNA dans le budget du ministère chargé de l’Environnement, essentiellement pour l’élaboration et l’animation des PNA et la mise en œuvre d’actions spécifiques (actions de connaissance, suivi des espèces, etc.). Plusieurs projets ont par ailleurs bénéficié d’aides du Fonds vert, lancé en 2023 pour accélérer la transition écologique dans les territoires, pour des montants totaux consommés de 20 M€ en 2023 et de 16 M€ en 2024. Pour 2025, le montant programmé est proche de 4 M€ (dont 0,2 M€ dans les DROM).

À ces montants s’ajoutent les dépenses liées aux plans d’action loup, ours et lynx, qui incluent notamment l’indemnisation des dommages aux troupeaux causés par ces espèces. Par exemple, le montant total des indemnisations versées par l’État pour les dommages causés par le loup au titre de l’année 2023 s’est élevé à 3,8 M€.

Malgré les succès enregistrés, les PNA font toutefois face à de multiples défis : besoin de ressources financières importantes et pérennes, implication de nombreux acteurs nécessitant une coordination efficace, conflits d’usage avec certaines activités humaines, et effets du changement climatique demandant en permanence d’adapter les plans.

Auteur : Alexis CERISIER-AUGER, SDES

Données

Données associées

Aller plus loin