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État de la population des oiseaux communs en France en 2024

Environnement
Publié le 23/03/2026
Le suivi de l’abondance des oiseaux constitue un bon indicateur de l’état de la biodiversité du fait de leur position élevée dans les chaînes alimentaires.
Opérationnel depuis 1989, l’indice de suivi temporel des oiseaux communs (indice STOC) permet de suivre les variations interannuelles de deux groupes d’oiseaux : le groupe des oiseaux communs dits « spécialistes » dont la survie dépend de conditions environnementales particulières et qui se trouvent uniquement dans des habitats spécifiques (milieux agricoles, bâti, forêt) et le groupe des oiseaux communs dits « généralistes » qui supportent un grand nombre de conditions environnementales en prospérant dans des milieux variés et faisant usage d’une grande diversité de ressources. La dégradation ou la perte des habitats, les pratiques agricoles intensives ainsi que le changement climatique demeurent parmi les principales menaces auxquelles sont exposées les populations d’oiseaux.

Un appauvrissement de la diversité de l’avifaune française

L’abondance des oiseaux communs spécialistes (59 espèces concernées par l’indice STOC) a connu un déclin quasi continu sur les 35 dernières années. Après une forte baisse au cours des années 90 (- 1,6 point d’indice/an entre 1989 et 2000) suivie d’une remontée modérée au début des années 2000, les effectifs baissent tendanciellement depuis le milieu des années 2000 (- 0,9 point d’indice/an depuis 2009). Au total, sur la période 1989-2024, les effectifs ont baissé d’un tiers environ.

L’abondance des espèces généralistes (14 espèces concernées par l’indice STOC) a connu une évolution plus modérée. En baisse au cours de la décennie 1990 (- 1,2 point d’indice/an entre 1989 et 2000), elle s’est nettement accrue dans la première moitié des années 2000 avant de baisser tendanciellement depuis le milieu des années 2000 (- 0,5 point d’indice/an entre 2009 et 2024). Au total, sur la période 1989-2024, l’abondance est en légère augmentation.

La baisse plus marquée des populations d’oiseaux communs spécialistes traduit une homogénéisation des communautés d’oiseaux et un appauvrissement des espèces à l’échelle hexagonale.

 

Évolution de l’abondance des oiseaux communs spécialistes et généralistes entre 1989 et 2024
Indice base 100 en 1989

© SDES

Note : les oiseaux communs spécialistes correspondent aux espèces communes des milieux agricoles, forestiers et bâtis.
Champ : France hors DROM
Sources : MNHN CESCO (Muséum national d’histoire naturelle, Centre d’écologie et de sciences de la conservation), 2025. Traitements : CESCO – PatriNat (OFB-CNRS-MNHN), novembre 2025 ; SDES, 2025

Une baisse particulièrement marquée pour les oiseaux des milieux agricoles et du bâti

Les espèces spécialistes d’un habitat ont des exigences écologiques plus strictes que les espèces généralistes. En cas de perturbations des conditions environnementales, elles sont davantage affectées que les espèces généralistes a priori plus tolérantes aux changements. Une baisse de l’abondance des populations spécialistes est ainsi le reflet d’une perturbation qualitative ou quantitative des habitats comme la diminution des ressources alimentaires, l’augmentation du dérangement ou la réduction de la disponibilité en sites de nidification.

La baisse des effectifs des oiseaux spécialistes est particulièrement marquée pour les oiseaux des milieux bâtis (13 espèces concernées par le STOC) et agricoles (24 espèces concernées par le STOC) : - 1,2 point d’indice/an et - 1,3 point d’indice/an respectivement au cours des 35 dernières années, la baisse étant particulièrement marquée au cours des 15 dernières années. Pour les espèces des milieux forestiers (22 espèces concernées par le STOC), les évolutions sont plus limitées avec une première baisse jusqu’en 2001 (- 1,5 point d’indice/an), une remontée entre 2001 et 2003 puis une diminution en dents de scie (- 0,7 point d’indice/an).

 

Évolution de l’abondance des oiseaux communs spécialistes entre 1989 et 2024
Indice base 100 en 1989

© SDES

Champ : France hors DROM
Sources : MNHN CESCO (Muséum national d’histoire naturelle, Centre d’écologie et de sciences de la conservation), 2025. Traitements : CESCO – PatriNat (OFB-CNRS-MNHN), novembre 2025 ; SDES, 2025

 

Le règlement européen sur la restauration de la nature du 24 juin 2024 vise à inverser le déclin des populations d’oiseaux communs, via la restauration des habitats, la réduction des pesticides et l’évolution des pratiques agricoles.

Il fixe comme objectif pour la France une hausse de l’indice STOC pour les oiseaux des milieux agricoles d’au moins 10 % entre 2025 et 2030 (+ 20 % d’ici à 2040 et + 30 % d’ici à 2050) et une augmentation positive pour les oiseaux des milieux forestiers.

Un déclin confirmé par d’autres dispositifs spécifiques de suivi

Des déclinaisons territoriales de l’indice STOC complètent le protocole général sur des milieux particuliers. C’est notamment le cas de l’indice STOC-ONF portant sur la forêt domaniale ou l’indice STOM (suivi temporel des oiseaux de montagne) pour les zones de montagne à plus de 1 800 mètres d’altitude. Ce dernier suivi, couplé avec le European Bird Cencus Council, vaste réseau de programmes de comptage d’oiseaux communs à l’échelle européenne (12 pays), a permis de mettre en évidence sur les 40 espèces analysées une redistribution des populations d’oiseaux en altitude liée au réchauffement climatique. Les espèces généralistes de plaine, comme la Linotte mélodieuse, progressent dans les milieux montagnards, tandis que le Tarier des prés y affiche une tendance stable (contrairement à son déclin généralisé en France). À l’inverse, les spécialistes des milieux froids accusent un fort recul, notamment l’Accenteur alpin (- 50 % sur la décennie) et le Pipit spioncelle (- 5 %). Les oiseaux liés aux milieux boisés progressent quant à eux, portés par l’expansion des lisières forestières et la déprise agricole en altitude.

L’indice STOC-RNF réalisé en réserves naturelles de France montre l’impact positif de la protection et de la gestion des milieux naturels sur les tendances d’évolution des populations d’oiseaux communs. Une étude menée en 2019 sur 94 réserves métropolitaines met en évidence le rôle de sanctuaire de biodiversité qu’apportent de tels dispositifs de protection : alors que les populations d’oiseaux communs baissaient en moyenne de 6,6 % sur le territoire métropolitain entre 2004 et 2018, elles augmentaient sur cette même période de 12,5 % dans les réserves naturelles.

L’indice SHOC (suivi hivernal des oiseaux communs), dédié aux espèces hivernantes, confirme en grande partie les tendances observées par l’indice STOC. Sur les 87 espèces analysées, 13 espèces montrent une tendance significative à l’augmentation, 12 au déclin, et 62 ont des tendances incertaines. Les populations de Troglodyte mignon, d’Alouette des champs ou encore de Corbeau freux sont en déclin alors que celles du Pic épeiche et du Pigeon ramier, qui augmentent en reproduction, augmentent également en hiver.

En outre-mer, grâce notamment au programme Life+ CAP DOM financé par l’Union européenne, les cinq DROM sont couverts depuis 2015 (La Réunion, Martinique et Guyane depuis 2012) par un dispositif STOC. Ce dispositif, adapté aux conditions spécifiques des habitats ultramarins (aléas climatiques, diversité des écosystèmes, difficulté d’accès aux milieux, etc.), permet de savoir si les espèces endémiques se portent bien, mais aussi de surveiller si des espèces exotiques n’ont pas tendance à devenir envahissantes. Dans le Pacifique, un suivi est également réalisé sur les oiseaux terrestres en Nouvelle-Calédonie depuis 2010.

Bien qu’aucune méthode de calcul commune à l’ensemble des Outre-mer ne soit accessible à ce jour, des tendances peuvent être observées sur certains territoires avec l’appui des associations locales (Amazona, Gepog, Gepomay, Seor, Sco). En Guadeloupe, sur la période 2014-2023, une augmentation des effectifs de sept espèces a été rapportée, comme celle de la Tourterelle turque (+ 303 %) retrouvée davantage sur des milieux agricoles, urbanisés et/ou dégradés, au détriment de sept autres espèces dont la tendance est défavorable, comme le Sucrier à ventre jaune (- 29 %). La destruction des habitats, les espèces exotiques envahissantes, les chats fortement présents sur ce territoire et le recours aux pesticides en sont les principales causes. En Guyane, sur la période 2013-2020, la tendance de 31 espèces a pu être déterminée. Parmi elles, cinq espèces sont jugées en fort déclin (ex. Jacarini noir) et cinq affichent une forte augmentation de leur indice d’abondance (ex. Batara huppé). Aucune dynamique spécifique ne semble se dessiner, à ce jour, entre les différents types d’habitats (forêts de l’intérieur, forêts littorales, milieux mixtes, milieux ouverts, milieux urbanisés). La collecte de données sur le long terme pourra permettre de mieux comprendre les mécanismes impliqués chez de nombreuses espèces.

EPOC & EPOC-Oiseaux de France : 2 enquêtes qui complètent le dispositif STOC

Pour améliorer l’évaluation de la taille de la population des espèces d’oiseaux communs au niveau national et en estimer les tendances d’évolution, le Muséum d’histoire naturelle (MNHN) et la Ligue de protection des oiseaux (LPO) ont développé une enquête nationale, dès le printemps 2017, ciblant l’avifaune commune appelée EPOC : estimation des populations d’oiseaux communs. L’EPOC-Oiseaux de France est un suivi fondé sur des points d’écoute répartis de façon uniforme sur le territoire hexagonal, mené dans le cadre du programme ODF.

Trois points d’écoute consécutifs de 5 minutes à l’occasion de trois passages printaniers (soit 9 relevés) sont menés. Ce protocole complète et renforce l’indice de suivi temporel STOC (qui dresse une tendance) en estimant la taille des populations (effectifs totaux) au niveau national. Les observations sont généralement renseignées dans l’application mobile NaturaList ou sur le site VisioNature.

Auteur : Alexis CERISIER-AUGER, SDES

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