La fragmentation des milieux naturels terrestres constitue aujourd’hui l’une des pressions majeures exercées par les activités humaines sur la biodiversité. Elle résulte principalement des dynamiques d’urbanisation, du développement des infrastructures de transport et de certaines pratiques agricoles et forestières, qui morcellent progressivement les habitats naturels et semi‑naturels. Ce phénomène ne doit pas être confondu avec l’artificialisation des sols : un territoire peut être peu artificialisé mais fortement fragmenté (par exemple du fait de la présence d’infrastructures de transport), tandis qu’un territoire artificialisé de manière compacte peut présenter une fragmentation plus limitée.
Une situation hétérogène en fonction des territoires en 2018
La fragmentation des milieux naturels terrestres constitue une pression largement répartie sur le territoire métropolitain, mais son intensité varie fortement selon les contextes géographiques et les dynamiques d’aménagement.
Ce phénomène est appréhendé via l’indicateur « Taille effective de maille » (voir méthodologie). Plus la valeur de l’indicateur est élevée, moins le territoire est fragmenté. En 2018, la taille effective de maille pour la France est en moyenne de 164 km².
L’examen de cet indicateur à des échelles plus fines met en évidence le rôle fragmentant des grands axes de transport routiers et ferroviaires, qui créent des barrières continues aux déplacements des espèces. Les zones fortement urbanisées et les territoires marqués par des pratiques agricoles intensives présentent également des niveaux élevés de fragmentation, traduisant un morcellement important des habitats. Ainsi, les secteurs situés dans ou à proximité des grands pôles urbains sont fortement fragmentés. Il en est de même pour les territoires concernés par des pratiques agricoles intensives (région du Nord et plaine de Beauce). Les grands couloirs fragmentants sont également bien identifiés comme l’axe rhodanien ou encore les infrastructures autour des grands fleuves (Loire, Seine et Garonne).
À l’inverse, les massifs montagneux et les grands massifs forestiers (Landes, Sologne, etc.) se caractérisent par des valeurs de taille effective de maille plus élevées, reflétant la présence de grands ensembles naturels relativement continus et une moindre densité d’infrastructures fragmentantes. Cette opposition souligne l’influence déterminante des choix d’aménagement et des contraintes physiques du territoire sur la structure spatiale des milieux naturels.
Dans les départements et régions d’outre-mer (DROM), la fragmentation se concentre principalement sur les zones littorales, où les pressions liées à l’urbanisation, aux infrastructures et aux activités touristiques sont les plus fortes. Les zones intérieures, souvent marquées par des reliefs ou des espaces naturels étendus, présentent globalement des niveaux de fragmentation plus faibles, bien que des situations locales contrastées puissent être observées.
Niveau de fragmentation des milieux naturels terrestres en France en 2018
Lecture : plus la taille effective est faible, plus le territoire est fragmenté.
Champ : France.
Source : SDES, 2025
De forts contrastes régionaux
La déclinaison des résultats aux échelles régionale et départementale met également en évidence de forts contrastes territoriaux. Certains territoires se caractérisent par une fragmentation élevée, liée à une forte densité d’infrastructures de transport et à une occupation du sol fortement anthropisée. D’autres disposent encore de grands ensembles naturels relativement continus, traduisant une moindre pression des infrastructures fragmentantes.
Ainsi, les tailles effectives de maille les plus faibles sont observées dans les grandes plaines agricoles intensives (régions Nord et Pays de la Loire), au sein et en périphérie des grands pôles urbains (région Île-de-France), le long des grands axes de transport (axe rhodanien notamment) et dans certains secteurs littoraux soumis à une forte pression touristique.
À l’inverse, les massifs montagneux et les grands ensembles forestiers présentent des niveaux de fragmentation plus faibles, traduisant une meilleure continuité écologique (régions Corse, Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur).
Taille effective moyenne des mailles en France en 2018
* En Guyane, seule la frange littorale est étudiée.
Lecture : plus la taille effective est faible, plus le territoire est fragmenté.
Champ : France.
Source : SDES, 2025
Une fragmentation en hausse dans l’hexagone depuis 1990
L’analyse temporelle de la France métropolitaine met en évidence une augmentation marquée de la fragmentation des milieux naturels terrestres entre 1990 et 2000, période correspondant à un développement important des infrastructures ferroviaires et autoroutières. Cette phase se traduit par une diminution significative de la taille effective de maille à l’échelle nationale : de 213 km² en moyenne en 1990 à 172 km² en 2000, soit une réduction de 4,1 km² par an en moyenne.
Depuis le milieu des années 2000, la fragmentation continue de progresser, mais à un rythme plus modéré (diminution en moyenne de la taille effective de maille de 0,3 km² par an). Cette évolution suggère un effet durable des infrastructures existantes, conjugué à un ralentissement des aménagements.
À l’échelle des territoires, la fragmentation reste stable dans certains espaces tels que la forêt de Sologne dont le niveau de fragmentation est identique depuis plus de 30 ans (autour de 200 km²). Dans d’autres espaces, la fragmentation augmente comme dans les grands espaces naturels du bocage normand où la taille effective de maille moyenne est passée de 250 km² à 120 km² entre 2000 et 2006. Cela est dû notamment à la construction ou à l’élargissement de grands axes de communication (inauguration de l’A84, élargissement de l’axe Caen-Rennes ou encore mise en conformité TGV de la ligne ferroviaire Paris-Caen-Cherbourg).
Taille effective des mailles de 1990 à 2018
Champ : France hors DROM de 1990 à 2012, France pour 2018.
Source : SDES, 2026
Taille effective moyenne des mailles par région de 1990 à 2018
Champ : France hors DROM.
Source : SDES, 2025
Ralentissement de la fragmentation des espaces naturels, avec des contrastes régionaux persistants
L'analyse du taux de variation annuel de la taille effective de maille entre les périodes 1990-2000 et 2000-2018 met en évidence un ralentissement de la fragmentation des espaces naturels à l'échelle nationale, tout en révélant des disparités régionales.
Entre 1990 et 2000, la diminution de la taille effective de maille est particulièrement marquée dans plusieurs régions de l'Ouest et du Nord. Les baisses les plus importantes sont observées en Normandie (- 6 % par an en moyenne), en Bretagne (- 5 %), dans les Pays de la Loire (- 5 %) et en Île-de-France (- 4 %), traduisant une fragmentation rapide des espaces naturels au cours de cette décennie.
Entre 2000 et 2018, la diminution de la taille effective de maille se poursuit dans la quasi-totalité des régions, mais à un rythme nettement plus modéré. Les Hauts-de-France demeurent la région la plus concernée (- 1 % en moyenne annuelle), tandis que de nombreuses régions enregistrent des diminutions plus limitées, témoignant d’un ralentissement global du processus de fragmentation.
Variation de la taille effective des mailles par région entre 1990-2000 et 2000-2018
Champ : France hors DROM.
Source : SDES, 2026
L’analyse des résultats au sein des espaces protégés montre que ces territoires ne sont pas systématiquement préservés de la fragmentation des milieux naturels. Si certains parcs nationaux ou grands espaces naturels bénéficient encore de fortes continuités écologiques (par exemple le Parc national des Cévennes ou le Parc naturel régional de l’Aubrac), d’autres espaces protégés présentent des niveaux de fragmentation comparables, voire supérieurs, à ceux des territoires environnants (par exemple le Parc national des Calanques ou le Parc naturel régional du Vexin).
De ce fait, le statut de protection ne garantit pas, à lui seul, le maintien de la continuité écologique. La présence d’infrastructures de transport traversant ou jouxtant les périmètres protégés, ainsi que l’influence des dynamiques d’aménagement à leurs abords, peuvent altérer les habitats.
Taille effective de maille pour certains dispositifs de protection terrestre en 2018
* En Guyane, seule la frange littorale est étudiée.
Lecture : plus la taille effective est faible, plus le territoire est fragmenté.
Champ : France.
Source : SDES, 2025
Auteur : Anthony COULMIN, SDES
Définitions
Qu’est-ce la « Taille effective de maille » ?
La taille effective de maille est un indicateur qui mesure le niveau de fragmentation des milieux naturels. Elle correspond à la taille moyenne qu'auraient les espaces naturels s'ils étaient tous constitués de fragments de superficie identique tout en conservant le même degré de fragmentation que le paysage réel. Plus cette valeur est élevée, plus les habitats naturels sont vastes et connectés ; à l'inverse, une faible taille effective de maille traduit un territoire fortement morcelé par les infrastructures de transport, l'urbanisation ou d'autres obstacles aux déplacements de la faune.
Une nouvelle méthodologie pour mesurer la fragmentation
Ce document de travail présente une méthode harmonisée permettant de mesurer et de suivre la fragmentation des milieux naturels terrestres en France. Après avoir rappelé les enjeux écologiques liés à la fragmentation des habitats et son rôle dans l'érosion de la biodiversité, il décrit les principales approches développées ces dernières années avant de détailler la méthodologie retenue par le SDES, fondée sur l'indicateur de taille effective de maille. Cette méthode s'appuie sur les données d'occupation des sols et les principales infrastructures fragmentantes (surfaces artificialisées, routes, réseaux ferroviaires, etc.) afin d'évaluer la connexion des espaces naturels et semi-naturels. Le document présente ensuite les résultats obtenus à différentes échelles territoriales, en métropole comme dans les départements et régions d'outre-mer, ainsi que leur évolution depuis 1990. Enfin, il identifie plusieurs pistes d'amélioration, notamment l'intégration de nouvelles sources de données et la prise en compte d'autres formes de fragmentation (pollution lumineuse, bruit, clôtures, etc.). Il constitue ainsi un document de référence pour le suivi de la fragmentation des milieux naturels et pour l'évaluation des politiques publiques en faveur de la biodiversité, des continuités écologiques et de l'aménagement durable des territoires.
Données
Données, et cartes relatifs à la fragmentation des milieux naturels terrestres en France :
- Niveau de fragmentation des milieux naturels terrestres en France en 2018
- Taille effective moyenne des mailles en France en 2018
- Taille effective de maille en France de 1990 à 2018
- Variation de la taille effective des mailles par région entre 1990-2000 et 2000-2018
- Taille effective de maille pour certains dispositifs de protection terrestre en 2018



