Une productivité matières en hausse de près de 70 % depuis 1990
La demande de biens et services par les acteurs économiques sur le territoire national impose d’extraire des matières premières de ce territoire et d’importer les matières premières qui ne peuvent être produites localement.
Entre 1990 et 2023, la consommation intérieure de matières par habitant en France a baissé, passant de 14,3 tonnes par habitant (t/hab) en 1990 à 11,9 t/hab en 2023, bien au-dessous des niveaux d’avant 2008 et au-dessous de la moyenne européenne (13,5 t/hab).
Entre 1990 et 2023, la productivité matières française, qui évalue la transition de la société vers un modèle plus économe en ressources naturelles, est passée de 1,88 à 3,18 euros par kilogramme (€/kg) de matières consommées, en hausse de près de 70 %. Après avoir reculé en 2019, elle s’est redressée ensuite et se rapproche de la cible 2030 (fixée à - 30 % par rapport à 2010, soit à 3,72 €/kg) tout en se situant au-dessus de la moyenne européenne (2,84 €/kg). Toutefois, malgré ces progrès, la France n’occupe plus que la 12e place au sein de l’Union européenne alors qu’elle se situait au 5e rang en 2015.
Évolution de la consommation intérieure de matières par habitant et de la productivité matières en France
Indice base 100 en 1990
* La consommation intérieure apparente de matières agrège, en tonnes, les combustibles fossiles, les produits minéraux et agricoles, extraits du territoire national (France métropolitaine et DROM) ou importés sous forme de matières premières ou de produits finis, moins les exportations.
** En volume, prix chaînés base 2020.
Sources : Agreste/SSP ; Douanes françaises ; Insee (enquête annuelle de production) ; Citepa. Traitements : SDES, 2025
Amélioration des performances de traitement des déchets dans un contexte de production élevée
En 2022, la France a produit 343 millions de tonnes (Mt) de déchets, retrouvant ainsi un niveau équivalent à celui observé avant la crise sanitaire, notamment en 2018. Ce retour aux niveaux d’avant Covid-19 invite à rester attentif aux efforts engagés en matière de prévention et de réduction des déchets pour atteindre les objectifs fixés pour les activités économiques et les ménages.
La gestion des déchets repose sur le principe de la hiérarchie des modes de traitements. La prévention constitue la priorité, suivie par la réutilisation, le recyclage, et d’autres formes de valorisation comme le remblaiement ou la valorisation énergétique. La mise en décharge ou l’incinération sans valorisation énergétique sont les options ultimes les moins souhaitables.
En 2022, en France, 71 % des déchets font l’objet d’une valorisation matière (recyclage matière ou remblaiement), soit 2,1 points de plus qu’en 2020. Le stockage en décharge représente 20 % des tonnages, en baisse de 1,2 point. L’incinération avec récupération d’énergie s’établit à 7,3 % des quantités traitées en léger repli de 0,4 point.
La France s’est fixée pour objectif de recycler 55 % des déchets non minéraux non dangereux en 2020 et 65 % en 2025. En 2020, seulement 43 % de ces déchets ont été recyclés. En 2022, ce taux atteint 48 %, encore en deçà de la cible. Le recyclage des plastiques atteint 20 %, bien en dessous de l’objectif de 100 % fixé par la loi « AGEC » relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire pour 2025. En revanche, les déchets métalliques, de verre, de papiers-cartons, de textile et les déchets végétaux sont les mieux recyclés avec des taux excédant 90 %. Parallèlement, 32 % des déchets dangereux et 55 % des déchets minéraux sont recyclés.
La France vise également une réduction des quantités de déchets non dangereux non inertes orientés vers le stockage : - 30 % en 2020 par rapport à 2010, puis - 50 % à l’horizon 2025. Entre 2010 et 2020, la baisse observée n’a été que de 7,4 %, bien en deçà de l’objectif fixé par la loi de transition énergétique pour la croissance verte. En revanche, la dynamique s’est nettement renforcée depuis, avec une diminution de 23 % entre 2020 et 2023.
Au total la baisse atteint 29 % entre 2010 et 2023. Si cette tendance se poursuit, l’atteinte de l’objectif 2025 apparaît désormais envisageable.
Traitement des déchets en France en 2022
En %
Source : SDES, mai 2025
Filières REP : forte croissance des tonnages de déchets collectés
La responsabilité élargie du producteur (REP), fondée sur le principe du « pollueur-payeur » oblige les producteurs, c’est-à-dire les acteurs qui mettent certains produits sur le marché, à financer ou organiser la prévention et la gestion des déchets issus de ces produits en fin de vie. Le but est d’augmenter la valorisation des déchets.
Fin 2024, 19 filières spécialisées étaient en fonction pour des flux de déchets spécifiques en raison de leur quantité ou de leur dangerosité comme les emballages ménagers, les véhicules hors d’usage, les équipements électriques et électroniques ou l’ameublement. Les tonnages collectés à destination du recyclage par ces filières sont ainsi passés de 5,6 Mt en 2009 à 9,8 Mt en 2022, puis 12,6 Mt en 2023 pour 8,2 Mt effectivement recyclées. Ces chiffres doivent cependant être relativisés à l’aune des 22 Mt de mises sur le marché en 2022 et 152 Mt en 2023, hausse liée à la mise en œuvre de la filière produits et matériaux de construction du secteur du bâtiment.
Tonnages collectés par les filières REP*
En milliers de tonnes
* Responsabilité élargie du producteur.
Notes : l’augmentation du nombre de REP au fil des années accroît la masse potentielle de collecte. Début 2023, l’intégration de la REP bâtiment a significativement élargi le périmètre des collectes possibles.
Source : Ademe. Traitements : SDES, 2026
Grâce à la loi AGEC, ce dispositif est en plein essor. En 2022, les filières pour les huiles lubrifiantes, bricolage et jardin, sports et loisirs et jouets ont été créées, suivies le 1er janvier 2023 par celle relative aux produits et matériaux de construction. Les tonnages pris en charge dans le cadre des filières REP ont ainsi augmenté de 29 % entre 2022 et 2023, pendant que les mises sur le marché de produits entrant dans le périmètre des REP étaient multipliées par 7 en raison du poids des déchets minéraux du bâtiment, faisant chuter le taux de collecte de 45 % à 8 %. En 2024, quatre études de préfiguration ont été réalisées pour les aides techniques médicales, les emballages professionnels industriels et commerciaux, les gommes à mâcher et les engins de pêche.
En 2023, plusieurs filières ont dépassé leurs objectifs de recyclage fixés dans le cadre de leur agrément. La filière des emballages ménagers traite les volumes de déchets les plus importants. Son taux de recyclage est passé de 63 % en 2009 à 75 % en 2023, atteignant la cible fixée de 75 %. Celui de la filière des véhicules hors d’usage atteint 88 % au-dessus de l’objectif de 85 %. La filière des huiles quant à elle dépasse l’objectif de 75 % avec un taux de recyclage de 76 %. À l’inverse, d’autres filières n’atteignent pas leurs objectifs. Le recyclage du papier se situe légèrement en deçà des attentes avec un taux de recyclage de 64 % pour un objectif de 65 %. Les produits chimiques sont loin du compte avec seulement 3,6 % de déchets recyclés alors que leur objectif est fixé à 5 %.
Pour d’autres filières, la performance se mesure au taux de collecte. Les résultats sont insuffisants pour les dispositifs médicaux électroniques dont le taux de collecte n’atteint que 35 % pour un objectif de 50 %, les pneus (95 % pour un objectif de 100 %) ou encore les déchets d’équipements électriques et électroniques dont le taux atteint 47 % loin de l’objectif de 65 % (hors panneaux photovoltaïques).
22 milliards d’euros de dépenses pour la gestion des déchets
La gestion des déchets regroupe à la fois les déchets ménagers et assimilés pris en charge par le service public de gestion des déchets (SPGD), les déchets des entreprises, ainsi que le nettoyage des rues. Les dépenses associées comprennent les investissements et frais de fonctionnement engendrés par la collecte, le tri et le traitement de ces déchets. En 2023, elles s’élèvent à 22 milliards d’euros (Md€). Les entreprises en sont les principaux financeurs à hauteur de 41 %, devant les ménages (35 %) et les administrations publiques (24 %).
Entre 2000 et 2023, les dépenses de gestion des déchets ont été multipliées par 2,4 avec une augmentation annuelle moyenne de près de 3,7 %. Cependant, alors que la part payée par les ménages a augmenté de 3,9 points de pourcentage, celle des administrations publiques a reculé de 5,0 points.
Le SPGD regroupe les missions assurées par les collectivités territoriales, et le plus souvent exercées par les groupements de communes (EPCI), pour organiser la prévention, la collecte et le traitement des déchets ménagers. Les dépenses associées représentent la plus grande part de la dépense globale (63,4 %) et ont augmenté annuellement de 4,7 % depuis 2000. Celles-ci sont financées à plus de 50 % par les ménages principalement par la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, à près de 30 % par les entreprises et de 20 % par les collectivités.
Les dépenses de gestion des déchets hors SPGD représentent 27,4 % de la dépense globale. Elles ont augmenté à un rythme un peu moindre de 3,1 % par an en moyenne depuis 2000 et sont très majoritairement financées par les entreprises. Enfin, les dépenses relatives au nettoyage des rues constituent 8,0 % de la dépense, financées intégralement par les collectivités. Elles ont augmenté annuellement en moyenne de 3,7 %.
Évolution du financement de la dépense de gestion des déchets
En milliards d’euros courants
Note : les financements européens n’apparaissent pas sur le graphique, car ils représentent 0,01 % du financement total.
Champ : France.
Source : SDES, comptes économiques de l’environnement, 2025
Données
Données associées à la publication






