Des pressions humaines de plus en plus fortes sur la biodiversité
L’Homme utilise les ressources naturelles pour subvenir à ses besoins. Il dépend étroitement des écosystèmes naturels qui lui procurent nourriture, matériaux, énergie, régulent les réserves d’eau et le climat, et qui sont source de bien-être et d’activités touristiques. La pression subie par les écosystèmes est telle que beaucoup d’habitats naturels et d’espèces sont aujourd’hui en déclin.
Selon la quatrième évaluation des habitats naturels conduite au titre de la directive Habitats-faune-Flore, 16 % seulement des habitats d’intérêt communautaire présents en France métropolitaine sont dans un état de conservation favorable sur la période 2019-2024. Cette évaluation présente toutefois des disparités relativement fortes entre les territoires. Lors de la précédente évaluation, portant sur la période 2013-2018, 20 % des habitats d’intérêt communautaire étaient dans un état favorable. Entre 2019 et 2025, 43 % des évaluations des habitats d’intérêt communautaire présentent des tendances à la détérioration.
État de conservation des habitats d’intérêt communautaire par région biogéographique, sur la période 2019-2024
En %
Note : résultats tous habitats confondus (291 évaluations). Les valeurs entre crochets correspondent au nombre d’évaluations réalisées.
Champ : France hors DROM.
Sources : rapportage DHFF ; PatriNat (OFB-CNRS-MNHN), janvier 2026. Traitements : PatriNat ; SDES, 2026
En 2024, 18 % des espèces évaluées dans la Liste rouge nationale sont éteintes ou menacées. En France métropolitaine, entre 1989 et 2024, l’indice évaluant l’état des populations d’oiseaux communs spécialistes (milieux agricoles, bâtis, forestiers) a chuté de 37 points tandis que celui évaluant l’état des espèces généralistes a augmenté de 6 points, traduisant un appauvrissement des communautés d’oiseaux. Entre 2006 et 2021, la population des chauves-souris les plus communes a diminué de 43 %. En outre-mer, le constat est similaire. Au cours des années les plus récentes, 31 % des sites fréquentés par les tortues marines ont vu leur activité de ponte diminuer.
Selon la quatrième évaluation des espèces d’intérêt communautaire, 24 % des espèces présentes dans l’Hexagone sont dans un état de conservation favorable sur la période 2019-2024, contre 28 % lors de la précédente évaluation portant sur la période 2013-2018. Entre 2019 et 2025, 37 % des évaluations des espèces d’intérêt communautaire présentent des évolutions défavorables.
Proportion d’espèces éteintes ou menacées dans la Liste rouge nationale en 2024
En %
Note : groupes taxonomiques considérés = mammifères, oiseaux nicheurs (hors espèces visiteuses strictes ou nicheuses probables), reptiles, amphibiens, poissons d’eau douce, poissons récifaux, requins, raies et chimères (Sélaciens), crustacés terrestres et d’eau douce, papillons de jour, phasmes, mantes, coléoptères, chauves-souris, abeilles, mollusques d’eau douce, coraux constructeurs, flore vasculaire. La liste des groupes évalués dépend des territoires.
Sources : listes rouges pour la France métropolitaine et ultramarine, PatriNat (OFB-CNRS-MNHN) ; UICN, Comité français, août 2024. Traitements : SDES, décembre 2025
Les pratiques agricoles intensives, de même que la déprise agricole et la fermeture des espaces ouverts, accentuent cette dynamique, au même titre que la fragmentation des habitats naturels, à savoir leur morcellement en entités disjointes.
Ainsi, entre 1990 et 2018, la diminution des surfaces des espaces naturels et semi-naturels qui passent de 66 % à 60 % du territoire, cumulée à l’extension des réseaux routiers et ferroviaires à grande circulation, a accentué le phénomène de fragmentation des espaces propices à la biodiversité.
Durant cette période, la taille effective de maille de la France métropolitaine (indicateur utilisé pour quantifier le niveau de fragmentation d’un territoire)est passée de 212 km² à 164 km². Certains territoires sont fortement fragmentés (littoraux, grands pôles urbains et territoires de grandes cultures), contrairement à d’autres territoires encore préservés comme les massifs montagneux.
La fragmentation des milieux naturels et semi-naturels s’est nettement accrue entre 1990 et 2000 avec la construction du réseau ferroviaire lié aux TGV et de nombreuses autoroutes. Depuis, même si la pression demeure (diminution en moyenne de la taille effective de maille de 2 km² tous les 6 ans), le niveau de fragmentation du territoire métropolitain semble avoir atteint un palier, notamment pour certaines régions (Île-de-France, Pays de la Loire). À l’inverse, d’autres régions (Corse, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur), composées de territoires très hétérogènes (secteurs fortement urbanisés, grands espaces naturels), semblent encore peu affectées par ce phénomène malgré une baisse de la taille de maille observée.
Représentation de la taille effective de maille, par maille de 5×5 km en France, en 2018
Note : taille moyenne des espaces naturels d’une même continuité (c’est-à-dire sans être coupés par des routes, voies ferrées, zones artificialisées, ou fortement impactées par les activités agricoles).
Source : SDES, 2025. Traitements : SDES, septembre 2025
La pollution lumineuse, induite par l’artificialisation des sols, perturbe de nombreuses espèces animales et végétales et gêne leurs déplacements. Chez les insectes, par exemple, la lumière artificielle est leur deuxième cause d’extinction après les pesticides. En 2023, 72 % de l’Hexagone sont encore exposés à un niveau élevé de pollution lumineuse au cœur de la nuit. Bien qu’important, ce chiffre est en baisse de 19 % par rapport à 2014. Cela s’explique en grande partie par une réglementation renforcée ces dernières années, mais aussi par les efforts d’économie d’énergie réalisés par la société et les citoyens depuis la crise énergétique de 2021. Cependant, certaines régions restent fortement touchées, en particulier le long du Rhône par exemple ou près des côtes. Dans les départements d’outre-mer, la situation est plus préoccupante : à l’exception de la Guyane, préservée grâce à la forêt amazonienne, la forte densité de population dans les îles entraîne un niveau de pollution lumineuse plus élevé que dans l’Hexagone.
Le changement climatique affecte également la biodiversité. L’acidification des océans qui en résulte menace notamment les récifs coralliens.
La pollution des milieux, notamment via l’utilisation et le rejet de molécules chimiques (métaux lourds, produits phytopharmaceutiques, plastiques et autres), affecte toute la chaîne alimentaire du vivant. Ainsi plus de 80 % des espèces d’oiseaux communs (64 suivis dans l’étude) sont moins abondantes dans les zones où les achats de pesticides sont plus élevés.
Parmi les autres facteurs d’érosion de la biodiversité figurent les espèces exotiques envahissantes qui ont une part de responsabilité dans 53 % des extinctions des espèces ultramarines.
Les actions en faveur de la biodiversité
Face aux pressions et menaces pesant sur les écosystèmes, de nombreuses initiatives sont engagées à tous les niveaux. Des mesures de protection ont ainsi été mises en place sous l’impulsion de stratégies de création d’aires protégées.
En mars 2025, la France métropolitaine compte 6 720 espaces protégés articulés autour de 17 outils de protection terrestre. Parmi ceux-ci figurent les protections fortes, telles que définies dans le Code de l’environnement, comprenant notamment les cœurs de parcs nationaux, les réserves naturelles et les arrêtés de protection (de biotope, de géotope ou d’habitats naturels), ainsi que les réserves biologiques. Au 1er janvier 2025, ces dispositifs couvrent 8 806 km² (soit 0,95 % de l’emprise terrestre et maritime de l’Hexagone).
D’autres catégories de dispositifs de préservation complètent ces outils (protection conventionnelle comme les parcs naturels régionaux, actions de maîtrise foncière, réseau européen Natura 2000).
Évolution des surfaces terrestres et maritimes couvertes par certains types d’aires protégées entre le 1er janvier 1998 et le 31 décembre 2024
En surface (km²)
Note : les protections réglementaires regroupent les cœurs de parcs nationaux, les réserves naturelles (nationales, régionales ou de Corse), les réserves nationales de chasse et de faune sauvage, les réserves biologiques (intégrales et dirigées) et les arrêtés de protection (biotope, géotope et d’habitats naturels).
Les surfaces prises en compte pour les sites Natura 2000 correspondent aux surfaces cumulées ZSC et ZPS : la forte hausse des surfaces couvertes par le réseau Natura 2000 entre 2016 et 2020 s’explique par la création de 12 aires marines.
Champ : France hors DROM.
Sources : base des espaces protégés, INPN, PatriNat, mars 2025 et base de données Natura 2000, INPN, PatriNat, décembre 2024. Traitements : SDES, 2025
La situation de certaines espèces s’est améliorée grâce, entre autres, à la mise en place de plans nationaux d’action (PNA). En 2025, 76 PNA étaient en vigueur en France (57 en France métropolitaine et 19 en outre-mer) couvrant plus de 470 espèces (hors PNA pollinisateurs). C’est notamment le cas d’espèces semi-aquatiques, comme la loutre ou le castor d’Europe, qui occupaient 62 % du territoire métropolitain (hors Corse) en 2020, ou des oiseaux d’eau hivernants, dont les populations ont progressé de 135 % entre 1980 et 2025.
Emblématiques des interactions entre l’Homme et la nature, le loup gris, le lynx boréal et l’ours brun, 3 espèces protégées inscrites sur la Liste rouge nationale des espèces menacées (respectivement vulnérables, en danger et en danger critique) ont recolonisé certains massifs montagneux après avoir totalement disparu du territoire métropolitain. L’ours brun demeure toutefois l’espèce la plus vulnérable, avec 96 individus détectés au minimum dans le massif pyrénéen en 2024 (46 % uniquement en France). Cette reconquête engendre cependant des conflits avec le secteur du pastoralisme, et un système d’indemnisation des attaques de troupeaux a été instauré (environ 4 millions d’euros annuels d’indemnisation, dont au moins 1 million au titre des pertes indirectes). Le cadre réglementaire applicable au loup est en cours d’évolution avec le reclassement de l’espèce dans la directive Habitats-Faune-Flore du 17 juin 2025. Ce reclassement a pour effet de faire passer le loup d’espèce « strictement protégée » à espèce « protégée », ce qui augmente les possibilités de prélèvement sur la population tout en maintenant formellement une protection légale de l’espèce.
Chaque année, la protection de la biodiversité bénéficie de financements dédiés. En 2023, 3,8 milliards d’euros ont été consacrés à différentes actions, telles que la restauration de milieux naturels, la réintroduction d’espèces menacées ou la gestion d’espaces protégés. Ces moyens proviennent principalement de financements publics : l’État, les agences de l’eau et les collectivités locales en assurent 60 %, devant les entreprises (21 %) et les ménages et associations (13 %). L’Union européenne contribue également à hauteur de 6 %, notamment via le Fonds européen agricole pour le développement rural.
Depuis la crise sanitaire de 2020, les dépenses en faveur de la biodiversité ont globalement augmenté. En euros courants, elles ont bondi de 13 % en 2021, puis progressé de 6 % en 2022 et de 5 % en 2023. Hors inflation, la hausse reste positive mais plus modérée : + 12 % en 2021, + 3 % en 2022, et stable en 2023. Cette dynamique est largement soutenue par les financements publics, notamment dans le cadre du plan France Relance ou du Fonds vert. Certaines dépenses relevant d’autres domaines de la protection de l’environnement, comme la protection des sols et des eaux ou la gestion des déchets, contribuent également indirectement à la préservation de la biodiversité.
Évolution du financement des dépenses de protection de la biodiversité et des paysages
En millions d’euros courants
Champ : France.
Source : SDES, comptes économiques de l’environnement, 2025
Une mobilisation citoyenne plus forte pour la biodiversité
La prise de conscience et la mobilisation de la société en faveur de la biodiversité progressent. Le nombre de citoyens s’engageant dans des programmes de sciences participatives sur la biodiversité a fortement augmenté, passant de 31 000 participants actifs en 2013 à près de 83 000 en 2024. L’objectif de ces programmes est notamment d’obtenir des données sur la nature et la biodiversité, de produire des outils de sensibilisation et d’éducation à la nature et de former une communauté pour mobiliser les citoyens autour d’enjeux liés à la biodiversité.
L’ensemble des acteurs de la société (élus, citoyens, associations, entreprises, etc.) peuvent être également sensibilisés à travers des actions plus mobilisatrices. Parmi elles, des atlas de biodiversité communale (ABC) sont constitués à partir d’un inventaire des milieux et des espèces présents sur un territoire donné. En janvier 2025, 612 projets d’ABC couvrant la période 2017-2024 ont été recensés dans 4 598 communes réparties sur toute la France.
Depuis septembre 2025, la France compte 1 961 aires éducatives terrestres et marines (dont 206 dans les territoires ultramarins). Mises en place en 2012 et restreintes à de petits territoires, ces aires sont gérées de manière participative par des élèves d’un établissement scolaire.
Données
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