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La consommation de matières premières par l'économie française en 2023

Environnement
Publié le 19/08/2025
La demande de biens et services sur le territoire national impose d’extraire ou produire des matières premières sur le territoire, et d’importer des matières premières et des biens manufacturés. Ces flux, desquels sont déduites les exportations, constituent la consommation intérieure de matières. En 2023, la consommation intérieure de matières s’élève à 813 millions de tonnes, soit 11,9 t/hab, un niveau inférieur à la moyenne européenne (13,5 t/hab).
Près de 60 % de cette consommation est composée de matériaux de construction (graviers et sables, granulats) nécessaires à la réalisation des infrastructures de transport et des bâtiments. Parmi ces matières consommées, 701 Mt sont extraites ou produites sur le territoire français, essentiellement des minéraux non métalliques et de la biomasse. Les matières importées sont presque pour moitié constituées de combustibles fossiles et dérivés, tandis que la biomasse représente le principal flux de matières et produits exportés (43 % en 2023).

813 Mt de matières consommées en 2023

La consommation intérieure de matières de la France (Domestic Material Consumption, DMC) est constituée de l’extraction intérieure de matières, augmentée des importations (majoritairement des ressources énergétiques fossiles et des minerais métalliques) et diminuée des exportations (notamment des produits agricoles). L’eau douce consommée en France, de l’ordre de 4 milliards de m3 en métropole, n’est pas comptabilisée dans la DMC.

En 2023, la DMC rebondit légèrement à 813 millions de tonnes (Mt) (+ 1 % par rapport à 2022), après une baisse de 4 % en 2022. Près de 60 % de cette consommation est constituée de matériaux de construction (graviers et sables, granulats) nécessaires à la réalisation des infrastructures de transport et des bâtiments.

Sur longue période, la consommation intérieure de matières connaît une inflexion nette après la récession de 2008. Alors qu’elle se situe à des niveaux élevés aux débuts des années 2000 autour de 850 Mt et à son point le plus haut en 2007 (885 Mt) dans un contexte de fort dynamisme du secteur de la construction, elle se replie nettement en 2009 et fluctue ensuite autour de 760 Mt avec le retour à un rythme de croissance plus modéré du BTP. Elle bondit en 2019 (853 Mt) et, à l’exception de 2020, excède 800 Mt les années suivantes.

 

Consommation intérieure de matières, extraction intérieure, importations et exportations de matières en France depuis 1990

Note : Eurostat met régulièrement à jour la liste des produits inclus dans le périmètre de la consommation apparente de matières. L’application de ces modifications peut entraîner des révisions sur les données postérieures à 2004. Avant cette date, l’indisponibilité de certaines sources de données sur les importations et les exportations ne permet pas de mettre à jour les séries de consommation.
Sources : Agreste/SSP ; Douanes françaises ; Insee ; Citepa ; SDES. Traitements : SDES, 2025

Les minéraux non métalliques, 57 % des matières consommées

Parmi les matières consommées (hors eau, non comptabilisée), certaines sont renouvelables comme la biomasse (produits issus de l’agriculture, de la pêche ainsi que le bois) alors que d’autres ne le sont pas : minerais (métalliques ou non) et combustibles fossiles.

En 2023, la consommation des minéraux non métalliques, utilisés principalement dans la construction, se replie de 3 % pour la deuxième année consécutive, mais conserve un niveau nettement plus élevé (463 Mt) à la moyenne observée entre 2010 et 2019 (396 Mt). Les minéraux non métalliques constituent 57 % des matières consommées en France, une proportion quasi stable depuis 2019 et qui atteint son plus haut niveau.

La biomasse constitue près d’un tiers de la consommation de matières.

La consommation intérieure de combustibles fossiles (dont 2/3 de produits pétroliers) se replie de 4 %, à son plus bas niveau (90 Mt) à l’exception de 2020. Depuis 2019, elle représente de 11 % à 12 % de la consommation intérieure de matières, soit une part inférieure de 3 à 4 points de pourcentage à sa moyenne entre 2015 et 2018.

 

Évolution de la composition de la consommation intérieure de matières depuis 1990

Note : Eurostat met régulièrement à jour la liste des produits inclus dans le périmètre de la consommation apparente de matières. L’application de ces modifications peut entraîner des révisions sur les données postérieures à 2004. Avant cette date, l’indisponibilité de certaines sources de données sur les importations et les exportations ne permet pas de mettre à jour les séries de consommation.
Sources : SSP, Agreste ; Douanes françaises ; Eurostat. Traitements : SDES, 2025

259 Mt de biomasse extraites du territoire français

L’extraction intérieure de matières correspond aux matières extraites ou produites sur le territoire français et utilisées par l’économie. Elle s’établit à 701 Mt en 2023 (l’eau n’étant pas comptabilisée).

L’extraction de minéraux non métalliques (industriels ou utilisés principalement dans la construction : graviers, sables, ardoises, grès, granit...) constitue à elle seule 441 Mt en 2023, soit 63 % de l’extraction intérieure et 6,5 tonnes par habitant (t/hab). Les minéraux extraits sont principalement utilisés dans la construction et composés en grande partie de graviers et sables. En comparaison, l’extraction de minerais métalliques (fer, or, aluminium, uranium...) est peu élevée (près de 0,2 Mt).

En 2023, la biomasse provenant de l’agriculture et de la pêche (blé, canne à sucre, fruits, fourrage, paille…) et destinée à une utilisation humaine (consommation, semences, usages industriels, transformation) ou animale (alimentation, litière) rebondit nettement, à 237 Mt (+ 12 %) après des conditions météorologiques moins exceptionnellement chaudes qu’en 2022. Elle atteint son plus haut niveau depuis 2018, constituant le deuxième flux de matières extraites du territoire (34 %) soit 3,5 t/hab. En 2023, les cultures fourragères et la biomasse pâturée ont nettement augmenté (+ 27 %). La biomasse provenant de l’agriculture et de la pêche varie entre 200 Mt et 250 Mt selon les années, en lien notamment avec les conditions météorologiques.

Jusqu’en 2014, la production de bois (grumes, bois de trituration…) a été stable autour d’une moyenne de 26 Mt par an, à l’exception de l’année 2000 en raison de la tempête de décembre 1999. Depuis 2015, elle fluctue entre 20 et 22 Mt.

La production de combustibles fossiles (pétrole, charbon, gaz naturel), déjà faible au début des années 1990, est aujourd’hui quasi nulle, les besoins étant comblés par des importations (pétrole, gaz).

 

Évolution des matières extraites du territoire français depuis 1990

Note : Eurostat met régulièrement à jour la liste des produits inclus dans le périmètre de la consommation apparente de matières. L’application de ces modifications peut entraîner des révisions sur les données d’extraction.
Sources : SSP, Agreste ; SDES. Traitements : SDES, 2025

Parmi les matières importées, 40 % de combustibles fossiles et dérivés

Les matières importées en France sont comptabilisées sous toutes leurs formes, qu’il s’agisse de matières brutes (pétrole, céréales, coton brut, minerai de cuivre, fruits, liège naturel, etc.), de produits semi-finis (pré-alliages de cuivre, de zinc, gasoil, mélange bitumineux, bois scié, copeaux de bois, etc.…) ou de produits finis (équipements de transport, marchandises en verre, préparations alimentaires diverses, tissus, jouets, vêtements, instruments de musique, etc.). Ne sont en revanche pas prises en compte les matières premières utilisées pour extraire ou produire ces biens importés (à la différence de l’approche « empreinte »).

En 2023, les importations de matières se replient de 6 % et s’établissent à 309 Mt, leur plus bas niveau depuis 1997, inférieur de 11 % à celui de 2019 et quasiment égal à celui enregistré en 2020 (310 Mt).

Cette nette baisse s’explique principalement par le recul des importations de minerais non métalliques (- 13 %, à l’origine de plus de 30 % de la baisse), et de minerais métalliques (- 9 % et 25 %).

Sur longue période, les importations ont augmenté de façon quasi continue entre 1990 et 2008 (+ 28 %), atteignant 374 Mt, soit 5,9 t/hab. en 2008. Après une forte baisse en 2009 (- 15 %) lors de la récession qui a suivi la crise financière, elles sont reparties à la hausse pour s’établir autour de 350 Mt entre 2011 et 2019. Après une chute marquée en 2020 lors de la crise sanitaire (310 Mt), les importations ont rebondi en 2021 (334 Mt) sans retrouver leur niveau d’avant crise et reculent depuis.

Au total, les matières importées en 2023 par la France représentent près de 4,5 t/hab de matières.

 

Évolution des importations françaises par matières depuis 1990

Note : Eurostat met régulièrement à jour la liste des produits inclus dans le périmètre de la consommation apparente de matières. L’application de ces modifications peut entraîner des révisions sur les données postérieures à 2004. Avant cette date, l’indisponibilité de certaines sources de données sur les importations et les exportations ne permet pas de mettre à jour les séries de consommation.
Source : Douanes françaises. Traitements : SDES, 2025

 

Les combustibles fossiles comprennent le pétrole, le charbon et le gaz naturel, ainsi que des produits qui en sont majoritairement composés, comme les produits chimiques organiques, les plastiques sous forme primaire ou non, le caoutchouc synthétique. En 2023, les importations d’énergies fossiles fléchissent (- 3 %) dans un contexte de prix de l’énergie élevés et d’appels à la sobriété énergétique. Elles atteignent leur plus bas niveau à l’exception de 2020, en retrait de 12 % par rapport à 2019. Cependant, du fait d’une baisse plus marquée des importations totales de matières, leur part dans la masse totale des importations augmente juste au-dessus de son niveau de 2019 (38 %). Le pétrole, sous sa forme brute ou raffinée (gasoil et fioul domestique), est la première matière importée, constituant 32 % du total des importations.

Les minerais métalliques et produits composés principalement de métal (machines et équipements de transport, dont les voitures, certains articles électroménagers…) totalisent 18 % des importations. Le fer (dont l’acier) constitue 43 % de ce flux.

L’importation de biomasse et produits issus de la biomasse (agriculture, sylviculture et pêche) représente entre 12 % et 21 % des importations selon les années. Avec 63 Mt en 2023 et 65 Mt en moyenne sur la période 2018-2023, elle est de 60 % plus élevée qu’au cours des années 1990-1995 (41 Mt). Le bois et les produits dérivés, tels que les panneaux de fibres de bois ou encore les bois plaqués et stratifiés plus ou moins composés de bois tropicaux, représentent un peu moins de 15 % des importations de biomasse.

Au cours des deux dernières décennies, la part des matières brutes a diminué, passant de près de 50 % à 35 % de la masse totale des importations. A contrario, la part des produits finis s’est accrue, représentant aujourd’hui environ 50 % des importations.

43 % de biomasse dans les matières exportées

Comme les importations, les matières exportées de France sont comptabilisées sous toutes leurs formes (matières brutes, produits semi-finis et produits finis). En 2023, les exportations de matières se replient de 8 % du fait du recul des exportations de biomasse affectées par le déficit de production agricole en 2022. Elles s’établissent à 197 Mt, soit leur plus bas niveau depuis 2010.

Sur longue période, elles augmentent tendanciellement entre 1990 et 2008 pour s’établir autour de 220 Mt en 2008. Après une forte baisse pendant la récession de 2009 (191 Mt), elles se redressent nettement pour fluctuer autour de 215 Mt au cours de la décennie 2010, soit un niveau supérieur de près de 30 % à celui observé dans la première moitié des années 1990. Après la chute de 2020 dans le contexte de la crise sanitaire (198 Mt), elles rebondissent en 2021 et 2022 sans toutefois retrouver leur niveau d’avant-crise.

La biomasse issue de l’agriculture, sylviculture et de la pêche représente le principal flux de matières et produits exportés (43 % en 2023). C’est la seule catégorie pour laquelle les exportations sont supérieures aux importations (83 Mt contre 63 Mt en 2023). L’exportation de biomasse et produits issus de la biomasse représente entre 38 % et 45 % des exportations selon les années. Sur la période 2018-2023 (89 Mt), les exportations de biomasse sont 29 % plus élevées que sur la période 1990-1995 (69 Mt). Le bois et les produits dérivés, tels que les panneaux de fibres de bois ou encore les bois plaqués et stratifiés plus ou moins composés de bois tropicaux, représentent 11 % des exportations de biomasse.

Les exportations de combustibles fossiles et des produits qui en dérivent (essentiellement le pétrole raffiné, les matières plastiques et les produits chimiques organiques) représentent 17 % des exportations. Les volumes exportés ont augmenté de 35 % entre 1990 et 2019, avant de connaître une forte baisse en 2020 (- 17 %), passant de 36 Mt à 30 Mt. Depuis, ces quantités sont restées relativement stables, atteignant 34 Mt en 2023.

Les produits finis et semi-finis, qui représentaient environ 60 % de la masse totale des exportations en 1990, en représentent 71 % en 2023 (respectivement 48 % pour les produits finis et 23 % pour les semi-finis).

Au total, les matières exportées en 2023 par la France représentent près de 2,9 t/hab de matières, soit environ 35 % de moins que pour les importations.

 

Évolution des exportations de matières premières de la France depuis 1990

Note : Eurostat met régulièrement à jour la liste des produits inclus dans le périmètre de la consommation apparente de matières. L’application de ces modifications peut entraîner des révisions sur les données postérieures à 2004. Avant cette date, l’indisponibilité de certaines sources de données sur les importations et les exportations ne permet pas de mettre à jour les séries de consommation.
Source : Douanes françaises. Traitements : SDES, 2025

Des oblectifs de baisse pour réduire les pressions sur l'environnement

Rapportée à la population nationale, la consommation intérieure de matières (DMC) rend compte de l’une des pressions exercées sur l’environnement.

Entre 1990 et 2023, la consommation intérieure de matières par habitant (DMC) en France a baissé, passant de 14,3 t/hab en 1990 à 11,9 t/hab en 2023. Entre 1990 et 2008, la DMC s’est maintenue à un niveau élevé, avec une moyenne de 13,7 t/hab avant de chuter en 2009 (- 11 %) puis de poursuivre sa baisse jusqu’en 2016, atteignant son plus bas niveau (10,6 t/hab), dans un contexte de moindre dynamisme du BTP et de morosité de l’économie en général. Elle se redresse entre 2017 et 2019 (12,7 t/hab) avant de chuter en 2020 (- 10 %) du fait de la mise à l’arrêt de l’activité lors de la pandémie de Covid-19, ramenant la DMC à 11,4 t/hab. Après le net rebond en 2021 (+ 8 %), la DMC se stabilise juste au-dessous de 12 t/hab, bien au-dessous des niveaux d’avant 2008 et au-dessous de la moyenne européenne 13,5 t/hab.

La productivité matières (rapport du PIB sur la consommation de matières) permet, pour sa part, de mesurer la transition de la société vers une organisation plus économe en ressources naturelles. L’article 74 de la loi de transition énergétique pour la croissance verte du 17 août 2015 fixe comme objectif une hausse de 30 % de la productivité matières de la France sur la période 2010–2030. Cela revient à produire davantage de valeurs avec moins de matières premières.

La productivité matières en France a nettement augmenté entre 1990 et 2023, passant de 1,88 à 3,18 euros par kilogramme de matière consommée, soit une hausse de près de 70 %. Après avoir reculé en 2019, la productivité s’est ensuite redressée et se rapproche désormais de la cible 2030 (de 3,72 €/kg) ; elle est de 2,84 €/kg à l’échelle européenne.

 

Évolution de la consommation de matières et de la productivité matières de la France

Note : volumes chaînés 2020
Sources : Eurostat ; SDES ; Insee. Traitements : SDES, 2025

Méthodologie

Au niveau européen, les comptes de flux de matières font l’objet d’un rapportage obligatoire auprès d’Eurostat (office statistique de l’Union européenne) depuis 2013. Les volumes comptabilisés dans cet article sont directement issus de ce rapportage. Le manuel Economy-wide material flow accounts handbook d’Eurostat présente les fondements théoriques et conceptuels des comptes des flux de matières à l’échelle de l’économie (EW – MFA, « Economy-wide material flow account »). Il donne des recommandations en matière de compilation des données ainsi que des applications possibles. Les métadonnées nationales complètes produites par le SDES dans le cadre du rapportage sont disponibles sur le site d’Eurostat.

Détails sur quelques points de cette méthodologie

Les périmètres de chaque catégorie de matières intervenant dans le calcul de la consommation apparente peuvent évoluer d’une année à l’autre. Ils figurent dans l’annexe d’Eurostat. Ces ajustements peuvent entraîner la révision des séries des importations et exportations sur l’ensemble des années à partir de 2004. Il n’est pas possible de revoir les séries avant cette date du fait de l’indisponibilité des données des douanes. En pratique, les révisions des données sur l’extraction de matières sont de moindre ampleur et concernent principalement les deux dernières années.

La méthodologie européenne pour le calcul des importations et des exportations des produits pétroliers (bruts ou raffinés) applique le principe de résidence. Elle comptabilise, dans les consommations, le carburant utilisé par les unités résidentes en déplacement à l'étranger, ainsi que celui consommé par des unités non résidentes présentes sur le territoire. Les données des comptes d’émissions dans l’air produites par le Citépa sont mobilisées à ce titre afin de compléter celles des douanes (plus d’information sur le site Eurostat).

Les volumes de matières comptabilisés dans cet article sont ceux directement utilisés pour satisfaire la demande intérieure. L’extraction de ces matières premières suppose toutefois souvent la mobilisation ou le déplacement d’autres matières non valorisées économiquement : résidus de récoltes laissés sur place, terres déplacées lors de constructions, matière inutilisée issue de l’extraction et de l’exploitation minière, etc. Ces extractions de matières non valorisées peuvent, comme les précédentes, s’accompagner d’impacts néfastes sur l’environnement. Ces résidus non valorisés économiquement ne sont pas comptabilisés dans le cadre des chiffres fournis par la publication.

Le calcul de la productivité matières et de la consommation matières par habitant s’appuie sur les données de PIB et de population de l’Insee.

Auteure : Lise COLARD, SDES

Données

Données détaillées des tableaux et graphiques figurant dans l'article et base complète des données utilisées mise à disposition.