Une consommation d’électricité estimée entre 4 et 6 TWh en 2023
En 2023, environ 460 centres de données consommant plus de 1 GWh par an ont été identifiés en France métropolitaine ; ils ont consommé 3,9 TWh d’électricité. À cette consommation s’ajoute celle d’au moins 200 centres de données plus modestes, dont il est difficile de repérer la consommation. Compte tenu des incertitudes sur le repérage des petits centres de données, on estime que la consommation totale annuelle des centres de données de France métropolitaine se situe entre 4 et 6 TWhsoit 1 à 1,5 % de l'électricité consommée en France, en 2023(voir méthodologie). Les analyses qui suivent portent uniquement sur les 460 plus gros centres de données pour lesquels les données sont plus complètes.
Entre 2018 et 2023, la consommation des 460 centres de données de plus de 1 GWh par an a progressé de près de 21 %. Cette hausse est principalement portée par les centres consommant plus de 50 GWh en 2023, dont la consommation a augmenté de 69 %.
Les centres de données consomment essentiellement de l’électricité, mais parfois aussi d’autres types d’énergie (froid commercialisé, fioul) pour le fonctionnement des serveurs, le refroidissement et, plus marginalement, pour une alimentation alternative de secours (groupes électrogènes par exemple). Dans certains cas, le centre de données est aussi producteur d’énergie, via la réutilisation de la chaleur générale engendrée, pour chauffer un bâtiment ou alimenter un petit réseau de chaleur.
Consommation d’électricité des centres de données consommant plus de 1 GWh/an
En GWh
Lecture : en 2023, les centres de données ayant une consommation supérieure à 50 GWh ont consommé au total 1 544 GWh.
Champ : France métropolitaine, centres de données consommant plus de 1 GWh par an.
Sources : SDES, Données locales de l’électricité ; ©Ademe-baseOPERAT. Traitement : SDES
Une consommation énergétique très concentrée
La demande énergétique des centres de données est très concentrée : en 2023, 21 % des centres de données de plus de 1 GWh par an consomment 78 % de l’électricité totale utilisée par ces infrastructures en France métropolitaine.
Consommation cumulée d’électricité des centres de données de plus de 1 GWh par an en 2023
En GWh
Champ : France métropolitaine, centres de données consommant plus de 1 GWh par an.
Sources : SDES, Données locales de l’électricité ; ©Ademe-baseOPERAT. Traitement : SDES
Dans quatre départements, le Nord et trois départements d’Île-de-France, la consommation d’électricité des centres de données dépasse 300 GWh. L’Île-de-France totalise à elle seule 64 % de la consommation totale électrique des centres de données.
Consommation d’électricité des centres de données par département en 2023
En GWh
Champ : France métropolitaine, centres de données consommant plus de 1 GWh par an.
Sources : SDES, Données locales de l’électricité ; ©Ademe-baseOPERAT. Traitement : SDES
En Europe, en 2022, selon l’Agence internationale de l’énergie, les centres de données sont principalement situés en France, Allemagne, Irlande, Pays-Bas et Royaume-Uni. La France est le deuxième pays consommateur d’électricité pour ces centres, après l’Allemagne et devant les Pays-Bas.
Un enjeu pour les politiques environnementales
Plusieurs politiques publiques visent à réduire l’empreinte environnementale du numérique. Au niveau européen, la Directive (UE) 2023/1791 impose par exemple aux centres de données de plus de 1 MW de valoriser leur chaleur résiduelle. Le Règlement délégué (UE) 2024/1364, adopté en mars 2024, établit un système de notation pour évaluer leur durabilité et efficacité énergétique. En France, la loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique renforce l’information sur l’empreinte du numérique, encourage le réemploi des équipements publics et impose aux centres de données des critères environnementaux, comme la valorisation de la chaleur, pour bénéficier d’un tarif réduit sur l’électricité. En outre, le dispositif Éco-Énergie tertiaire (dit « Décret Tertiaire ») impose aux bâtiments tertiaires de plus de 1 000 m² une réduction progressive de leur consommation énergétique.
Auteurs : Christophe MEILHAC et Théo JOBKEL, SDES
Méthodologie
Méthodologie d’estimation de la consommation électrique des centres de données
Le règlement européen sur les statistiques de l’énergie impose aux États membres de transmettre annuellement à Eurostat la consommation d’énergie des centres de données de plus de 1 MW de puissance. Cette obligation concerne aussi bien les centres de données d’entreprises que ceux en colocation (qui regroupent les infrastructures de plusieurs entreprises). L’information sur la puissance souscrite n’étant pas disponible dans les bases de données actuellement disponibles, le seuil de 1 MW de puissance est approché dans cette étude par un seuil de 1 GWh de consommation annuelle.
L’estimation de la consommation électrique des centres de données est effectuée en trois étapes :
- Constitution d’un répertoire des infrastructures
Une première étape a consisté à établir un inventaire le plus exhaustif possible des centres de données en France métropolitaine. Pour ce faire, plusieurs sources hétérogènes ont été croisées et consolidées :- les sites publics répertoriant ces infrastructures ;
- les sites internet individuels des centres de données ;
- la base OPERAT de l’Ademe ;
- la base de données de la Commission européenne sur les centres de données français.
- Affectation des données de consommation électrique
La consommation de chacun des centres de données de ce répertoire a été estimée à partir des données de consommation observées pour l’ensemble du site (et pas uniquement la consommation des serveurs informatiques non identifiables dans les bases de données), en privilégiant les sources suivantes par ordre de priorité :- données locales (à l’échelle de l’adresse) issues des bases Enedis et RTE, permettant un suivi temporel précis de la consommation, quand la donnée est disponible ;
- à défaut, données des bases OPERAT et de la Commission européenne (certaines années sont manquantes) ;
- les sites dont la consommation est estimée à moins de 1 GWh par an sont éliminés, car hors du champ du rapportage.
- Traitement des données manquantes
Lorsque les données sont manquantes, les traitements suivants ont été effectués :- Imputation des consommations
Pour les années non renseignées dans les bases OPERAT et de la Commission européenne, une estimation est réalisée afin de combler les lacunes. La consommation est interpolée lorsque l’année manquante se situe entre deux années connues ou reconduite avec la dernière valeur connue si l’année est postérieure à toutes les années connues. Les années antérieures à la dernière date connue ne sont reconduites que pour les sites pour lesquels le SDES a connaissance d’une existence antérieure. - Exclusion des petits centres
Les sites pour lesquels aucune consommation n’a été observée n’ont pas fait l’objet d’un redressement. Une analyse complémentaire a révélé qu’il s’agissait de petits centres de données, hors du champ d’intérêt.
- Imputation des consommations
Le répertoire des infrastructures comporte les centres de données en colocation et les centre de données d’entreprises, mais l’erreur potentielle n’est pas identique sur ces deux champs. L’inventaire des centres de données en colocation couvre principalement les infrastructures majeures, laissant potentiellement de côté quelques sites de taille modeste. Toutefois, le principal biais porte sur les salles serveurs d’entreprises, dont le nombre et la puissance réelle sont moins bien connus. En conséquence et en l’état des données disponibles, la consommation totale du secteur en 2023 a été estimée à un maximum de 6 TWh (estimation prudente).





