La dépense intérieure de protection de la biodiversité et des paysages fait partie des dépenses de protection de l’environnement comptabilisées dans les comptes économiques de l’environnement. Elle mesure l’effort financier consenti par l’ensemble des acteurs économiques (État, collectivités locales, entreprises et ménages) pour préserver les espèces, les habitats, les écosystèmes naturels, ainsi que les paysages sur le territoire national.
3,8 Md€ en faveur de la biodiversité
En 2023, 3,8 milliards d’euros (Md€) ont été consacrés à la protection de la biodiversité et des paysages, soit 0,1 % du produit intérieur brut (PIB).
Ces dépenses représentent 6 % de l’ensemble des dépenses de protection de l’environnement en France (66,8 Md€). À titre de comparaison, la gestion des déchets (33 %) et le traitement des eaux usées (25 %) concentrent plus de la moitié de la dépense totale. Certaines actions menées dans d’autres domaines de la protection de l’environnement, comme la gestion des déchets, l’assainissement des eaux usées ou la protection des sols et des eaux, contribuent également indirectement à la protection de la biodiversité. Chaque dépense est toutefois comptabilisée selon son objectif principal, conformément aux règles de la comptabilité environnementale, afin d’éviter les doubles comptes (voir méthodologie).
Répartition des dépenses de protection de l'environnement par domaine en 2023
En milliards d'euros (Md€) et en %
* Hors activités de récupération et transformation des déchets en matières premières de recyclage.
** Hors rénovation énergétique des bâtiments et production d'énergie à partir de sources renouvelables.
Note : l’arrondi de la somme n’est pas toujours égal à la somme des arrondis.
Champ : France.
Source : SDES, comptes économiques de l'environnement, 2025
1,1 Md€ investis et des dépenses totales en hausse
En 2023, les dépenses courantes représentent la majeure partie des dépenses de protection de la biodiversité, avec 2,6 Md€ en 2023 (70 % du total), contre 1,1 Md€ pour les dépenses d’investissement (30 %).
Les dépenses courantes incluent par exemple :
- les frais de rémunération des personnels des établissements publics, comme l’Office français pour la biodiversité (OFB) ou le Conservatoire du littoral ;
- les frais de fonctionnement des services dédiés à la biodiversité et les dépenses d’entretien et d’intervention (entretien des aménagements, subventions aux organismes publics et privés pour des programmes de préservation d’espèces) ;
- les dépenses engagées par les associations en faveur d’initiatives de protection de la biodiversité (rémunération, coût d’achat, frais de fonctionnement, etc.) ;
- la consommation de capital fixe qui représente la dépréciation du stock d’actifs (usure, obsolescence, dommages).
Les dépenses d’investissement comprennent, par exemple :
- la construction d’aménagement en faveur de la biodiversité (construction de passages à faune) ;
- les acquisitions de terrains (en vue de la protection de la flore et de la faune qu’ils abritent) ;
- les opérations de restauration de sites (réhabilitation de carrières après exploitation restauration des milieux aquatiques, etc.).
En 2023, les dépenses de protection de la biodiversité ont augmenté de 5,0 % en euros courants par rapport à 2022. Cette progression reste modérée par rapport au rebond observé en 2021 (+ 13,4 %) et au ralentissement amorcé en 2022 (+ 5,9 %). L’investissement reste le principal moteur de cette évolution, avec une hausse de 9,3 % en euros courants en 2023, après des augmentations en 2021 (21,2 %) et en 2022 (+ 9,2 %). Cette dynamique est notamment portée par les opérations de restauration des milieux aquatiques, soutenues par les agences de l’eau.
Cependant, cette croissance se heurte à un contexte économique marqué par l’inflation. En euros constants, les dépenses restent stables en 2023, après deux années de hausse modérée (+ 12,1 %
en 2021 et + 2,8 % en 2022).
1,4 Md€ pour la sauvegarde des espèces et des espaces
En 2023, 1,4 Md€ ont été consacrés à la protection des espèces et des espaces naturels. Ces dépenses se répartissent équitablement entre la conservation des habitats et des espèces (19 %) et la création ainsi que la gestion des espaces protégés (18 %).
La protection des espèces comprend notamment la mise en œuvre de plans de restauration et de réintroduction d’espèces menacées, la protection des grands prédateurs comme le loup, l’ours et le lynx, ainsi que la lutte contre les espèces exotiques envahissantes. Les actions de police de l’environnement pour prévenir et réprimer les atteintes à la nature, sont également intégrées.
Les dépenses relatives aux espaces protégés regroupent en particulier la gestion des parcs nationaux et du réseau Natura 2000, ainsi que la création d’aires protégées, terrestres ou marines, en métropole et en outre-mer.
À ces dépenses s’ajoute 0,9 Md€ (25 %) pour les actions transversales des associations de protection de la nature, hors opérations de réhabilitation des milieux aquatiques. Financées par différents acteurs publics et privés, ces actions couvrent la protection des espèces, la gestion d’espaces sensibles, ainsi que les programmes de sensibilisation et d’éducation à la protection de la nature. Ces dépenses transversales ne peuvent pas être ventilées dans les catégories précédentes.
Les actions préventives et curatives visant à réduire les pressions sur la biodiversité ont mobilisé 1,3 Md€ en 2023. Les opérations de réhabilitation des milieux aquatiques représentent 0,8 Md€ (20 %) et incluent à la fois des dépenses publiques et privées destinées à restaurer la continuité écologique, réhabiliter les cours d'eau et les zones humides, et protéger la biodiversité aquatique. D’autres actions menées par les secteurs privés (industrie, agriculture, transports) ont mobilisé 0,6 Md€ (15 %). Elles visent à prévenir ou limiter les impacts de leurs activités (protection des continuités écologiques, prévention de la pollution, etc.), à réparer les dommages causés aux paysages et à la biodiversité (réhabilitation de mines ou de carrières, restauration de la continuité écologique, etc.) ou à compenser certaines atteintes (création de barrières vertes et paysagères, par exemple).
Le développement de la connaissance et de la recherche sur la biodiversité et les paysages reste limité en 2023, avec 0,2 Md€ (4 %). Ce poste comprend les systèmes d’information sur la biodiversité et les programmes d’inventaires nationaux, comme l’inventaire national du patrimoine naturel (INPN) ou l’inventaire des zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique (Znieff). Toutefois, en raison de la difficulté à identifier précisément certaines dépenses, une partie des actions liées à l’amélioration des connaissances peut être comptabilisée dans d’autres postes budgétaires, notamment ceux relatifs aux actions transversales des associations de protection de la nature, à la conservation des habitats, à la gestion des espaces protégés, ou encore à la réduction des pressions sur la biodiversité.
Répartition des dépenses de protection de la biodiversité et des paysages par domaine en 2023
En millions d’euros (M€) et en %
(1) Les dépenses de connaissances comptabilisent les moyens engagés par le ministère chargé de l’Environnement pour des inventaires ou des atlas de la biodiversité, et par l’OFB et les parcs nationaux français. Faute de données détaillées, les dépenses engagées par les collectivités locales et les entreprises pour la connaissance sont regroupées dans les domaines de la conservation des habitats et des espèces, la création et la gestion des espaces protégés, ainsi que celui de la maîtrise des pressions.
Note : l’arrondi de la somme n’est pas toujours égal à la somme des arrondis.
Champ : France.
Source : SDES, comptes économiques de l'environnement, 2025
Un soutien majeur des acteurs publics locaux
Les acteurs publics assurent 61 % du financement des dépenses en faveur de la biodiversité. Les trois quarts proviennent des acteurs publics locaux, notamment les collectivités locales et les agences de l’eau. En 2023, les collectivités locales constituent un pilier du financement, avec 1,1 Md€ en 2023 (28 % du total), dont 208 M€ versés sous forme de subventions aux associations de protection de la nature. En dehors de ces subventions, leur action en tant que porteurs de projets représente 1,1 Md€ de dépenses, dont 178 M€ financés par les agences de l’eau. Ces dépenses ont porté principalement sur la gestion des espaces protégés (412 M€), la réhabilitation des milieux aquatiques (396 M€) et la conservation des habitats et des espèces (255 M€).
Les agences de l’eau soutiennent de nombreux projets de restauration et de gestion des milieux aquatiques, et contribuent largement au financement de l’OFB. En 2023, elles ont financé 659 M€ d’actions en faveur de la biodiversité (18 %), dont 362 Md€ destinés à l’OFB.
À l’échelle nationale, l’État (hors agences de l’eau) a apporté 15 % du financement total, en soutenant les plans de réintroduction d’espèces et de protection des grands prédateurs, la mise en œuvre de stratégies nationales, la lutte contre les espèces exotiques envahissantes, ainsi que les actions portées par l'OFB.
Les acteurs privés participent également au financement et à la mise en œuvre des actions. En 2023, les entreprises ont financé 781 M€ (21 %), dont 219 M€ en soutien aux associations (mécénats, partenariats, etc.). Elles ont réalisé directement 741 M€ d’actions, partiellement soutenues par des fonds européens (20 %) via les mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC).
Les ménages ont contribué au financement à hauteur de 483 M€ (13 %), principalement sous forme de dons ou de cotisations aux associations, y compris autofinancement des associations.
Sur le terrain, avec le soutien de financeurs publics et privés, les associations de protection de la nature ont consacré 1 043 M€ à la biodiversité en tant que porteurs de projets, répartis entre actions transversales (924 M€), réhabilitation des milieux aquatiques (96 M€) et gestion d’espaces protégés (23 M€).
Enfin, l’Union européenne complète le financement en soutenant des projets publics et privés, principalement via le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), ainsi que d’autres programmes territoriaux, comme LIFE-Nature qui accompagne la mise en œuvre des directives « Habitats » et « Oiseaux ».
Panorama des transferts financiers en faveur de la biodiversité et des paysages en 2023
En millions d’euros (M€) et en %
(1) Le financement « Ménages » inclut à la fois le financement des ménages et l’autofinancement des associations.
(2) La destination « Amélioration de la connaissance » comprend les dépenses engagées par le ministère chargé de l’Environnement pour des inventaires ou des atlas de la biodiversité, ainsi que celles effectuées par l’OFB et les parcs nationaux français. Faute de données détaillées, les dépenses engagées par les collectivités locales et les entreprises pour la connaissance sont regroupées dans les domaines de la conservation des habitats et des espèces, la création et la gestion des espaces protégés, ainsi que celui de la maîtrise des pressions.
Note : l’arrondi de la somme n’est pas toujours égal à la somme des arrondis.
Champ : France.
Source : SDES, comptes économiques de l'environnement, 2025
Une dépense qui a doublé depuis 2000
Depuis 2000, les dépenses consacrées à la protection de la biodiversité ont plus que doublé en euros courants, passant de 1,5 Md€ à 3,8 Md€ en 2023. Sur cette période, elles ont augmenté en moyenne de 4,0 % par an en euros courants (+ 2,3 % hors inflation). Cette progression s’inscrit dans le cadre des politiques publiques en faveur de la biodiversité, avec la mise en œuvre des stratégies nationales pour la biodiversité et des opérations de réduction des pressions environnementales (mesures compensatoires, restauration écologique, etc.).
La tendance devrait se poursuivre avec l’adoption du règlement européen n° 2024/1991 relatif à la restauration de la nature, qui fixe comme objectif de rétablir des conditions optimales de conservation pour les écosystèmes. Dans ce cadre, la France, à l’instar des autres États membres de l’Union européenne, s’est engagée à mettre en œuvre des mesures de restauration efficaces couvrant au moins 20 % des superficies terrestre et maritime de l'UE à l’horizon 2030. D'ici 2050, des actions devront être déployées pour restaurer l’ensemble des écosystèmes nécessitant une intervention.
Évolution des dépenses de protection de la biodiversité et des paysages entre 2000 et 2023
En indice base 100 en 2000 En M€courants
Note : l’évolution des dépenses euros constants est calculée à partir des dépenses en euros courants auxquelles on retire l’inflation, afin de refléter leur progression réelle depuis 2000. La conversion en euros constants s’effectue en appliquant un coefficient correspondant au rapport entre le PIB en euros courants et le PIB en volume (euros constants - hors inflation).
Champ : France.
Sources : SDES, comptes économiques de l'environnement, 2025 ; Insee, comptes nationaux, 2024
Un financement public prépondérant depuis 2000
Principaux contributeurs au début des années 2000, les entreprises ont vu le poids de leur financement se replier progressivement pour se stabiliser autour de 20 % depuis 2010.
A contrario, le champ d’action des agences de l’eau en faveur de la biodiversité s’est consolidé au fil du temps. La loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages du 8 août 2016 a notamment conforté la politique des agences de l’eau en faveur de la restauration des milieux naturels humides. Celles–ci représentent 16 à 18 % de la dépense depuis cette date, contre 2 % au début des années 2000.
Depuis les années 2010, les collectivités locales et les agences de l’eau représentent près de la moitié des financements pour la biodiversité. Cette part a progressé de plus de 16 points en 23 ans, passant de 30 % en 2000 à 46 % en 2023.
La part de l’État dans le financement des dépenses de protection de la biodiversité reste sensiblement stable sur la période 2000-2023, avec une moyenne de 13 %. Le financement des ménages (catégories comprenant également l’autofinancement des associations de protection de la nature) ainsi que celui de l’Union européenne reste stable sur l’ensemble de la période.
Évolution de la répartition du financement des dépenses de protection de la biodiversité et des paysages entre 2000 et 2023
En %
(1) Hors agences de l'eau.
(2) Comprend l'autofinancement des associations.
Note : l’arrondi de la somme n’est pas toujours égal à la somme des arrondis.
Champ : France.
Source : SDES, comptes économiques de l'environnement, 2025
Auteur : Élodie RICAUD, SDES
Méthodologie
La dépense de protection de la biodiversité et des paysages constitue l’une des composantes de la dépense de protection de l’environnement. Calculée conformément au Système de comptabilité économique de l’environnement (SEEA pour System of Environmental-Economic Accounting), elle fait l’objet d’une transmission annuelle en décembre n+2 à l’Office statistique européen (Eurostat), en application du règlement (UE) n° 691/2011 relatif aux comptes économiques européens de l’environnement, modifié par le règlement (UE) n° 538/2014.
Son périmètre est établi à partir de la nomenclature statistique internationale des activités et des dépenses de protection de l'environnement et de gestion des ressources naturelles (CEP pour classification of environmental purposes), sous le libellé « protection de la biodiversité et des paysages » (CEP-0502).
D’autres dépenses de protection de l’environnement, notamment celles consacrées à l’assainissement des eaux usées ou à la protection des sols et des eaux, peuvent aussi avoir des effets bénéfiques sur la biodiversité. Cependant, celles-ci ne sont pas comptabilisées comme telles dans les résultats présentés ici. Elles sont enregistrées dans les comptes correspondant à leur domaine environnemental respectif : CEP-0301 « Eaux usées », CEP-0401 « Déchets », CEP-0501 « Protection et dépollution des sols et des eaux », CEP-08 « Actions transversales de protection de l’environnement ». Dans ce cadre comptable, les dépenses sont affectées exclusivement à un seul domaine environnemental afin d’éviter tout double compte.
La dépense totale de protection de la biodiversité comptabilise la consommation finale et intermédiaire des agents économiques, les rémunérations des salariés, la formation brute de capital fixe (investissement et acquisitions de terrains), ainsi que la consommation de capital fixe (amortissement du capital investi).
Les séries de données sont réévaluées chaque année, lors de la nouvelle campagne d’actualisation, en raison de l’évolution de données (arrivée tardive d’information par exemple) ou de nouvelles procédures de calcul en vue d’améliorer la qualité et la fiabilité de la dépense.
Le calcul de la dépense de protection de la biodiversité est réalisé par le Service des données et études statistiques (SDES).
De nombreuses sources sont mobilisées pour évaluer cette dépense, en particulier celles de la direction générale de l'Aménagement, du Logement et de la Nature du ministère chargé de l’Environnement, de l’Insee et de la direction générale des Finances publiques.
La dépense est mesurée en euros courants (dit aussi en prix courants), c’est-à-dire qu’elle tient compte des prix tels qu’ils sont indiqués à une période donnée. L'évolution de la dépense inclut ainsi l'inflation sauf indication contraire.
Consulter également les articles relatifs aux autres domaines de dépense de protection de l'environnement :
- Les dépenses de protection de l’environnement en 2023 (vue d’ensemble)
- La dépense de gestion des déchets en 2023
- La dépense de gestion des déchets radioactifs en 2023
- La dépense de gestion des eaux usées en 2023
- La dépense de lutte contre le bruit en 2023
- La dépense de protection de l’air extérieur en 2023
- La dépense de protection et de dépollution des sols et des eaux en 2023
- La dépense en recherche et développement (R&D) pour la protection de l’environnement en 2023
- La dépense pour les actions transversales de protection de l’environnement en 2023
Données
Données associées à la dépense intérieure de protection de la biodiversité et des paysages en 2023.







