L'essentiel en infographie
Comment mesure-t-on la fragmentation des milieux naturels ? En 5 étapes : identifier les milieux, recenser les obstacles, découper, calculer, cartographier. Une méthode rigoureuse pour comprendre l'état de nos territoires.
Mesurer la fragmentation des milieux naturels : une méthode en 5 étapes
1. Sélectionner les milieux naturels et semi-naturels
Cette sélection élimine les espaces en agriculture intensive.
Exemples de milieux :
- Forêts
- Prairies
- Landes
- Zones humides
2. Sélectionner les obstacles fragmentants
Infrastructures et aménagements créant des ruptures dans les milieux naturels.
Exemples d’obstacles :
- Lignes ferroviaires (LGV inclus)
- Routes et autoroutes
- Barrages et digues
3. Découper les milieux naturels et semi-naturels par les obstacles fragmentants
Les obstacles fragmentants séparent les milieux naturels en fragments plus ou moins grands.
4. Calculer la taille effective de maille (méthode CBC de Moser)
La taille effective de maille reflète la taille moyenne des espaces naturels connectés. Plus les fragments sont petits, plus la valeur diminue.
5. Cartographier les résultats
Chaque maille du territoire est colorée selon sa taille effective de maille.
- Taille effective de maille très faible = fragmentation forte
- Taille effective de maille très élevée = fragmentation faible
Comment interpréter l’indicateur ?
- Taille effective de maille faible
- Habitats morcelés
- Fragmentation élevée
- Déplacements des espèces plus difficiles
- Taille effective de maille élevée
- Grands espaces naturels connectés
- Fragmentation faible
- Déplacements des espèces facilités.
Synthèse
La fragmentation des milieux naturels terrestres constitue aujourd’hui l’une des pressions majeures exercées par les activités humaines sur la biodiversité. Elle résulte principalement des dynamiques d’urbanisation, du développement des infrastructures de transport et de certaines pratiques agricoles et forestières, qui morcellent progressivement les habitats naturels et semi‑naturels. Ce phénomène ne se confond pas avec l’artificialisation des sols : un territoire peut être peu artificialisé mais fortement fragmenté (par exemple du fait d’infrastructures linéaires), tandis qu’un territoire artificialisé de manière compacte peut présenter une fragmentation plus limitée.
Les conséquences écologiques de la fragmentation sont aujourd’hui bien connues. En entravant les continuités écologiques, elle limite les déplacements des espèces, perturbe leurs cycles de vie (alimentation, reproduction, dispersion), isole les populations et réduit leur diversité génétique. Ces effets contribuent, aux côtés d’autres pressions majeures identifiées par la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) – (changement d’usage des terres, surexploitation, pollutions, changement climatique, espèces exotiques envahissantes), à l’érosion globale de la biodiversité.
Dans ce contexte, la mesure du niveau de fragmentation d’un territoire est un outil pour éclairer les politiques publiques d’aménagement, de conservation et de restauration des continuités écologiques. Si le suivi de l’artificialisation des sols est désormais bien documenté, notamment au travers de l’observatoire national de l’artificialisation, la quantification robuste et comparable de la fragmentation des milieux naturels demeure plus complexe et nécessite des approches statistiques et spatiales spécifiques. En effet, sa mesure repose sur une connaissance géographique fine et sur des hypothèses structurantes qui sont détaillées dans le document et mises en regard de celles des autres méthodes utilisées. La méthode présentée ici présente le double intérêt de couvrir tout le territoire et d’offrir des comparaisons dans le temps depuis 1990.
Entre 1990 et 2018, la diminution des surfaces des espaces naturels et semi-naturels (passant de 66 % à 60 % du territoire) cumulée à l’extension des réseaux routiers et ferroviaires à grande circulation a accentué le phénomène de fragmentation de ces espaces propices à la biodiversité. Durant cette période, la taille effective de maille de la France métropolitaine est passée de 212 km² à 164 km². L’analyse des résultats à la maille fait ressortir certains territoires fortement fragmentés (littoraux, grands pôles urbains et grandes régions agricoles) contrairement à d’autres territoires encore préservés comme les massifs montagneux.
L’analyse temporelle du phénomène montre que la fragmentation des milieux naturels et semi-naturels s’est opérée de manière significative entre 1990 et 2000 avec la construction du réseau ferroviaire lié aux TGV et de nombreuses autoroutes. Depuis, même si la pression demeure (diminution en moyenne de la taille effective de maille de 2 km² tous les 6 ans entre 2000 et 2018), le niveau de fragmentation du territoire métropolitain semble avoir atteint un palier, notamment pour certaines régions (Île-de-France, Pays de la Loire). À l’inverse, d’autres régions semblent encore peu affectées par ce phénomène (Corse, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur) malgré une baisse de la taille de maille observée. Ce constat est à relier avec la forte hétérogénéité des territoires qui les composent (secteurs fortement urbanisés versus grands espaces naturels).
Données
Retrouver les données et graphiques :
- Part des espaces naturels et semi-naturels en France en 2018
- Emprise des réseaux en France en 2018 par territoire


