L’autoconsommation d’électricité est essentiellement induite par le fonctionnement des installations n'ayant pas comme activité principale la production d'électricité, qui représentent plus de 90 % de l’autoconsommation d’électricité en 2024 (4,9 TWh en 2024 contre 0,4 TWh pour les producteurs principaux d’électricité).
Si le volume d’autoconsommation est réparti de manière homogène sur le territoire métropolitain, une spécialisation s’opère entre photovoltaïque au sud et thermique au nord.
L'électricité produite peut être injectée dans le réseau public d'électricité, vendue à un tiers en dehors du réseau public ou bien utilisée par l'installation qui la produit pour son usage propre. La différence entre la production d’électricité d’une installation électrique et ce que cette dernière vend (au réseau d’électricité ou hors réseau) est considérée comme de l'autoconsommation. Par exemple, une centrale électrique peut utiliser une partie de sa production d'électricité pour répondre à ses besoins énergétiques (chauffage, climatisation…).
L’autoconsommation peut être totale (toute la production d’électricité est autoconsommée) ou partielle (injection d’une partie de la production d’électricité dans le réseau).
Une autoconsommation d'électricité de plus de 5 TWh en 2024
En 2024, l'autoconsommation d'électricité s'élève à 5,3 TWh, toutes filières confondues. Elle progresse de 3 % en moyenne annuelle depuis 2020. En 2024, les filières éolienne et hydraulique représentent respectivement moins de 1 % et 1 % de l’autoconsommation d’électricité en France, tandis que les filières photovoltaïque (33 %) et thermique en cogénération (53 %) et hors cogénération (12 %) en représentent ensemble la quasi-totalité.
L’autoconsommation de la filière éolienne concerne une trentaine de producteurs d’électricité en 2024, majoritairement des ménages équipés de petites installations (< 1 MW). L’autoconsommation de cette filière est très faible depuis 2020.
Concernant la filière hydraulique, plus de 90 % des installations hydrauliques qui autoconsomment sont de petite taille (< 1 MW). L'essentiel du volume autoconsommé est concentré dans moins d’une dizaine d’établissements de taille intermédiaire (10-250 MW) en 2024. Cette filière représente environ 1 % de l’autoconsommation d’électricité en France chaque année depuis 2020.
Autoconsommation par filière sur la période 2018-2024 en France
En térawattheure
Sources : enquête annuelle sur la production d’électricité (EAPE) et bilan de l’énergie, SDES
Une croissance portée par la filière photovoltaïque
L’augmentation récente de l’autoconsommation d’électricité est largement portée par la filière photovoltaïque. Celle-ci représente une autoconsommation de 1,8 TWh en 2024, soit une multiplication par 8 par rapport à 2020 (0,2 TWh). La part de la filière photovoltaïque dans l'autoconsommation totale d’électricité passe de 5 % en 2020 à 33 % en 2024.
Cette augmentation récente de l’autoconsommation de la filière photovoltaïque s’inscrit dans un contexte de développement important des capacités installées (24,9 GW en 2024, contre moins de 11 GW en 2020 et 19,9 GW en 2023). La progression des installations photovoltaïques pratiquant l'autoconsommation est particulièrement importante : les capacités installées des installations photovoltaïques autoconsommant tout ou partie de leur production en France métropolitaine sont multipliées par 10 entre fin 2020 (0,4 GW) et fin 2024 (4,2 GW).
La filière thermique reste majoritaire malgré une réduction de l'autoconsommation
L’autoconsommation de la filière thermique diminue en moyenne de 6 % par an depuis 2020 et représente 3,5 TWh en 2024. Elle demeure cependant la première filière en volume et représente 65 % de l'autoconsommation d’électricité en 2024. Cette part tend toutefois à diminuer progressivement, au profit du photovoltaïque : sur la période 2021-2024, le poids de la filière thermique dans l’autoconsommation d’électricité est en moyenne de 80 % contre 95 % sur la période 2018-2020.
La baisse de l’autoconsommation d’électricité d’origine thermique sur la période récente peut être en partie expliquée par la reprise de la production nucléaire à partir de 2023. En effet, le recours aux centrales thermiques a diminué avec la bonne tenue de la production nucléaire.
En 2024, 56 % des centrales thermiques qui autoconsomment fonctionnent au gaz, 35 % utilisent des combustibles renouvelables (déchets, biomasse et biogaz) et 9 % d’autres combustibles fossiles (dont le charbon et le pétrole).
Entre 2020 et 2024, la part des centrales thermiques consommant des combustibles renouvelables progresse passant de 30 % en 2020 à 35 % en 2024. En particulier, la part des centrales thermiques utilisant du charbon se stabilise à 2 % en 2024 (contre 8 % en 2020), alors que la part des centrales fonctionnant à la biomasse passe de 9 % en 2020 à 12 % en 2024.
Les centrales thermiques en cogénération, principales contributrices à l'autoconsommation d'électricité de la filière thermique
Outre la classification des centrales thermiques par type de combustibles, les installations thermiques peuvent également être différenciées selon le type de production : la centrale peut être en cogénération (c’est-à-dire qu’elle produit simultanément de l’électricité et de la chaleur) ou hors cogénération (seule de l’électricité est produite).
En 2024, les installations en cogénération concentrent 82 % de l'autoconsommation de la filière thermique (soit 2,8 TWh), alors qu’elles représentent 59 % de la production totale d’électricité thermique. Cette autoconsommation est très concentrée sur quelques installations : un quart d’entre elles cumule plus des trois quarts de l'autoconsommation des centrales thermiques en cogénérations thermiques, soit 2,3 TWh.
Depuis 2021, la baisse de l’autoconsommation s’est accélérée pour les centrales dites en cogénération (- 6 % par an en moyenne entre 2021 et 2024 contre - 2 % par an en moyenne entre 2018 et 2021). La fin des mécanismes publics de soutien à la cogénération thermique en août 2020, conformément à la deuxième programmation pluriannuelle de l’énergie, explique notamment la diminution de la production d’électricité des centrales thermiques en cogénération, et en particulier la diminution de leur autoconsommation.
La production d'électricité n'est en général pas l'activité principale des installations
L'autoconsommation d'électricité est réalisée en majorité par des installations n'ayant pas comme activité principale la production d'électricité (auto-producteurs). En 2024, les auto-producteurs concentrent 93 % de l'autoconsommation d'électricité, soit 4,9 TWh. Cette répartition est relativement stable sur la période 2018-2024 (91 % en moyenne).
Les profils d’activité des auto-producteurs diffèrent selon la filière de production.
Dans la filière thermique en cogénération, l’essentiel de l’autoconsommation d’électricité est réalisé par les établissements industriels (35 % dans l’agroalimentaire, 31 % dans les autres industries manufacturières) et les installations de collecte et de traitement de déchets (21 %, principalement des unités de valorisation énergétique). Ces trois catégories d’établissement représentent 87 % de l’autoconsommation d’électricité des établissements en cogénération thermique. Entre 2020 et 2024, les parts sectorielles dans l’autoconsommation des installations en cogénération restent stables.
Dans la filière thermique hors cogénération, le secteur industriel reste également prédominant (96 % en 2024). En particulier, les industries agroalimentaires représentent 14 % de l’autoconsommation des établissements thermiques hors cogénération, contre 53 % pour les autres industries manufacturières et 29 % pour les installations de collecte et de traitement de déchets.
Répartition de l’autoconsommation par secteur d’activités pour les établissements thermiques en 2024
En pourcentage
Source : enquête annuelle sur la production d’électricité (EAPE), calculs SDES
Une répartition homogène sur le territoire français mais des différences marquées selon les filières
La France métropolitaine concentre 98 % de l’autoconsommation d’électricité en 2024. Cela s’explique principalement par un nombre d’installations et des capacités installées plus importants en France métropolitaine que dans les DROM.
Sur le territoire métropolitain, les niveaux d’électricité autoconsommées sont répartis de manière homogène entre le Nord de la France (Hauts-de-France, Normandie et Grand Est représentent 35 % de l’autoconsommation d’électricité en 2024, soit 1,9 TWh) et le Sud de la France (Occitanie, Nouvelle-Aquitaine et Provence-Alpes-Côte-d'Azur en représentent 34 %, soit 1,8 TWh). La répartition géographique de l’autoconsommation varie cependant selon la filière.
L’autoconsommation photovoltaïque se concentre dans le Sud, notamment en Occitanie qui à elle seule représente 20 % de l’autoconsommation photovoltaïque en 2024, soit 0,4 TWh. Les régions Occitanie, Nouvelle-Aquitaine et Provence-Alpes-Côte-d'Azur totalisent ensemble 50 % de l’autoconsommation photovoltaïque en 2024, soit 0,9 TWh.
L’autoconsommation thermique, elle, se concentre dans le Nord de la France. Les régions Hauts-de-France, Normandie et Grand Est représentent 48 % de l’autoconsommation d’électricité thermique en 2024, soit 1,7 TWh. Elle diminue de 12 % en moyenne annuelle par rapport à 2021. Ce recul reflète la tendance baissière de l’autoconsommation thermique, particulièrement marquée dans ces régions fortement industrialisées.
Répartition régionale de l’autoconsommation d’électricité en 2024
En gigawattheures
Sources : enquête annuelle sur la production d’électricité (EAPE) et bilan de l’énergie, SDES
Méthodologie
Source et calculs
Pour les secteurs autres que le photovoltaïque, les données utilisées sont issues de l’Enquête annuelle sur la production d’électricité (EAPE) du SDES qui a pour but de collecter les données de production d’électricité auprès des producteurs d’électricité en France.
La quantité autoconsommée est calculée, à partir des données collectées, comme étant la différence entre la production nette totale d’électricité et la production nette vendue (décomposée comme étant la somme de la production nette d’électricité injectée dans le réseau national d’électricité et de la production nette d’électricité injectée hors réseau). Cette variable a fait l’objet d’un suivi et d’un traitement particulier (corrections et validations des données de production) auprès des principaux contributeurs à l’autoconsommation.
Pour le secteur photovoltaïque, la production d’électricité des installations qui autoconsomment totalement ou partiellement est prédite à partir d’un modèle d’apprentissage automatique prenant en compte des données de puissance installée et d’ensoleillement. L’autoconsommation d’électricité est déduite de la différence entre cette production prédite et la quantité d’électricité injectée sur le réseau.
Définitions
- Autoconsommation : différence entre ce que produit l’installation électrique et ce que cette dernière vend (au réseau d’électricité français ou hors réseau) Toute production d’électricité non vendue est ainsi considérée comme de l’autoconsommation.
- Production nette d’électricité : différence entre la production totale de l’établissement et l’électricité éventuellement consommée pour la produire, soit la consommation des auxiliaires ainsi que les pertes.
- Production nette d’électricité injectée hors réseau : production nette d’électricité vendue à un tiers ou injectée dans un réseau d’électricité étranger.
- Producteur principal : établissements ayant comme activité principale la production d’électricité.
- Cogénération thermique : processus de production de l’électricité à partir de combustibles thermiques (nécessitant une combustion) tout en produisant de la chaleur (qui pourra être autoconsommé ou vendue).
- Unité de valorisation énergétique : établissement industriel dans lequel les déchets sont incinérés pour produire de l'énergie. Ce type d'installation permet de transformer les déchets non recyclables en électricité, en chaleur ou en vapeur.
Auteur : Jawad MAHRAOUI*, SDES
* en poste au moment de la rédaction de cet article
Données
Données associées à l'article sous formes de tableaux et graphiques.




