Depuis 2024, l’estimation de l’empreinte carbone est coproduite par l’Insee et le SDES selon une méthodologie fondée en particulier sur l’exploitation de données économiques internationales (les tableaux internationaux entrées-sorties – TIES) fournies par Eurostat. En 2025, ces données ont fait l’objet de révisions importantes par Eurostat, en particulier pour la production agricole de certains pays étrangers, ce qui entraîne une révision à la baisse des résultats d’empreinte pour la France. Cette révision est de l’ordre de - 7 % sur l’ensemble de la période et n’affecte pas significativement les évolutions interannuelles. La révision concernant l’année 2023 est toutefois plus importante (- 9,5 %), avec 583 Mt (8,5 t CO2 éq par personne) estimée cette année contre 644 Mt CO2 éq (9,4 t CO2 éq par personne) en novembre 2024, première année d’estimation pour 2023. La dernière année d’estimation de l’empreinte est en effet plus fragile compte tenu de l’indisponibilité de certaines données sources.
La publication Émissions de gaz à effet de serre et empreinte carbone de la France en 2024 : une baisse plus faible qu'en 2023 analyse plus précisément l’évolution des émissions des unités résidentes et de l’empreinte carbone au regard de l’activité économique.
L’empreinte carbone estimée à 8,2 t CO2 éq par personne
En 2024, l’empreinte carbone est estimée à 563 millions de tonnes équivalent CO2 (Mt CO2 éq), soit en moyenne 8,2 tonnes équivalent CO2 par personne.
Les émissions associées aux importations représentent la moitié de l’empreinte (50 %, soit 284 Mt CO2 éq). Parmi celles-ci, 110 Mt CO2 éq (19 %) sont associées à des biens et services destinés à la demande finale intérieure et 174 Mt CO2 éq (31 %) à des importations de matières premières ou des produits semi-finis pour répondre aux besoins de l’appareil productif en France.
Les émissions intérieures (50 %) se composent de 99 Mt CO2 éq émises directement par les ménages (18 %) via l’équipement de chauffage de leur logement ou la combustion de carburants de leurs véhicules et de 180 Mt CO2 éq (32 %) associées à la production intérieure de biens et services destinés à la demande finale française.
L’empreinte carbone est 39 % plus élevée que les émissions des unités résidentes (404 Mt CO2 éq). Ces dernières intègrent les émissions liées aux exportations (125 Mt CO2 éq) mais pas celles liées aux importations (284 Mt CO2 éq), plus de deux fois supérieures.
L’empreinte carbone et les inventaires de GES en 2024
En Mt CO2 éq
Note : en 2024, l’empreinte carbone de la demande finale intérieure est de 563 Mt CO2 éq. Elle se décompose en 284 Mt CO2 éq d’émissions importées, 180 Mt CO2 éq d’émissions intérieures et 99 Mt CO2 éq d’émissions directes des ménages.
Champ : France et Saint-Martin ; GES (CO2 + CH4 + N2O + gaz fluorés).
Sources : Insee ; Eurostat ; Douanes ; Citepa ; OCDE. Traitements : Insee et SDES, 2025
L’empreinte carbone d’un pays correspond aux émissions de gaz à effet de serre (GES) associées à sa demande finale intérieure. Celle-ci est constituée de la consommation des ménages, des administrations publiques, des organismes à but non lucratif, ainsi que des investissements, qu’ils proviennent de biens et services produits sur le territoire national ou importés. Elle inclut également les émissions directes des ménages liées à l’usage de leur logement ou de leur véhicule.
L’inventaire national des unités résidentes (compte d’émissions dans l’air, également dénommé AEA pour Air Emissions Accounts) comptabilise, pour sa part, les émissions de GES directement générées par les activités des unités économiques résidentes en France. Il inclut donc les émissions associées aux exportations, mais pas celles associées aux importations. L’inventaire de GES des unités résidentes reprend les informations de l’inventaire « Secten » sur les GES émis sur le territoire national par les activités économiques et les ménages, mais applique, pour le transport uniquement, le principe de résidence : les émissions des étrangers en France sont exclues alors que les émissions des Français à l’étranger sont incluses. Les émissions au format AEA sont légèrement supérieures aux émissions au format « Secten » (404 Mt CO2 éq contre 369 Mt CO2 éq en 2024).
Pour plus de détails, consulter l'article du SDES : Inventaire national de gaz à effet de serre et empreinte carbone : quelles différences ?
Une baisse de 20 % entre 1990 et 2024
En 2024, l’empreinte diminue de 3,4 % (- 20 Mt CO2 éq) par rapport à 2023. Les émissions importées se replient de 4,6 % (- 14 Mt), expliquant ainsi près des trois quarts de la baisse totale de l’empreinte carbone. Les émissions de la production intérieure, hors celles associées aux exportations, diminuent de 2,9 % (- 5 Mt), principalement en raison de la décarbonation de la production d’électricité. Les émissions des ménages sont, quant à elles, quasi stables (- 0,6 Mt CO2 éq).
Au cours des cinq dernières années, l’empreinte carbone a connu des évolutions contrastées. Après une baisse historique de l’empreinte entre 2019 et 2020 (- 8,9 %) dans le contexte de la crise sanitaire, celle-ci s’est redressée en 2021 avec la reprise de l’activité (+ 6,8 % par rapport à 2020) puis stabilisée en 2022 (+ 0,2 % par rapport à 2021), avant de repartir à la baisse (- 6,1 % en 2023).
Sur longue période, l’empreinte carbone a connu une hausse sensible au cours des années 2000, avant de se réduire quasi continûment depuis la crise financière de 2008 (- 2,0 % par an en moyenne entre 2010 et 2024). En 2024, l’empreinte carbone de la France est 20 % inférieure à son niveau de 1990. Sur la période, les émissions directes des ménages et celles des activités économiques intérieures hors exportations ont nettement baissé (- 24 % et - 39 % respectivement), alors que les émissions importées augmentaient de 2 %. Plusieurs facteurs ont contribué à cette hausse comme la délocalisation de certaines productions ou l’augmentation de la demande finale française pour des biens principalement produits à l’étranger.
Compte tenu de l’augmentation de la population, la baisse de l’empreinte carbone rapportée au nombre d’habitants est plus marquée : - 32 % entre 1990 (12,1 t CO2 éq/personne) et 2024 (8,2 t CO2 éq/personne).
Évolution de l’empreinte carbone selon l’origine des émissions de 1990 à 2024
En Mt CO2 éq
Lecture : en 2024, les émissions de GES associées aux importations s’élèvent à 284 Mt CO2 éq.
Note : pour l’empreinte carbone, les données de 1990 à 2009 sont rétropolées à partir du calcul de l’année 2010, et les données de l’année 2024 sont provisoires.
Champ : France et Saint-Martin ; GES (CO2 + CH4 + N2O + gaz fluorés).
Sources : Insee ; Eurostat ; Douanes ; Citepa ; OCDE. Traitements : Insee et SDES, 2025
74 % des GES de l’empreinte carbone sont du CO2
L’empreinte carbone peut être ventilée sous différentes formes, pour répondre aux questions suivantes :
- quelles sont les parts des différentes substances gazeuses dans l’estimation de l’empreinte ?
- dans quels pays sont émis les GES de l’empreinte de la France ?
- quelles branches d’activité dans le monde émettent les GES de l’empreinte de la France ?
- dans quels biens et services de la demande finale intérieure française sont incorporées les GES ?
- quels sont les secteurs institutionnels qui induisent les émissions de l’empreinte ?
- quels sont les grands postes de consommation de l’empreinte ?
74 % des GES de l’empreinte carbone sont du CO2 provenant principalement de la combustion d’énergie fossile (pétrole, gaz, charbon) et de procédés industriels. 18 % de l’empreinte carbone est constituée de méthane (CH4) issu de la fermentation entérique des ruminants, de la décomposition organique des déchets et de l’extraction de produits fossiles. Le protoxyde d’azote (N2O), principalement lié aux utilisations d’engrais azotés dans l’agriculture, représente 5 % de l’empreinte.
Le solde des GES est constitué des gaz fluorés utilisés dans l’industrie, dans les aérosols ou pour la réfrigération. Comme pour les inventaires, les émissions liées à l’utilisation des terres, au changement d’affection des terres et à la foresterie (UTCATF) ne sont pas comptabilisées.
Décomposition de l’empreinte carbone de la France en 2023
* FBCF = formation brute de capital fixe.
** APU = administrations publiques.
Lecture : chaque barre représente l’empreinte carbone 2023 de la France décomposée différemment.
Champ : France et Saint-Martin ; GES (CO2 + CH4 + N2O + gaz fluorés).
Sources : Insee ; Eurostat ; Douanes ; Citepa ; OCDE. Traitements : Insee et SDES, 2025
13 % des GES de l’empreinte carbone ont été émis dans l’Union européenne (UE) – (hors France) en 2023. Si l’UE27 est à l’origine d’un quart des émissions importées, c’est toutefois moins que la part que représentent les produits de l’UE dans les importations françaises (54 %). En effet, les biens produits dans l’UE et importés en France incorporent en partie des émissions extra-européennes (matières premières, énergie, etc.). En 2023, la Chine (11 % des GES de l’empreinte carbone de la France), les États-Unis (3 %) et la Russie (3 %) sont les principaux pays non européens de provenance des GES de l’empreinte carbone.
L’industrie (22 %), la production et la distribution d’électricité (15 %), de chaleur et de gaz (15 %), l’agriculture (15 %) et les activités extractives (8 %) sont à l’origine de 59 % des émissions comptabilisées dans l’empreinte carbone. Ces branches d’activité, situées partout dans le monde, contribuent à la production de biens ou de services destinés à la demande finale intérieure française. Les services de transport (fret et déplacements des personnes) émettent 10 % de l’empreinte (sans compter les émissions provenant des véhicules des ménages français qui représentent 11 % de l’empreinte).
Plus des deux tiers des émissions de l’empreinte carbone sont incorporées dans des biens industriels manufacturés (34 %), des services marchands ou publics (21 %) et des biens et services de la construction (11 %) consommés par les Français. Les émissions de la construction incorporent notamment les émissions originelles de la production d’acier, de ciment ou de verre mobilisée comme matières premières.
63 % des GES de l’empreinte carbone sont associés à la consommation finale, 20 % aux investissements des acteurs économiques et 17 % aux émissions directes des ménages, via le chauffage de leur logement ou la combustion de carburant de leurs véhicules. 61 % des émissions associées aux investissements sont allouées aux entreprises, 21 % aux ménages et 17 % aux administrations publiques.
Les émissions associées aux biens et services consommés peuvent être affectées à de grands « postes de consommation » afin de mieux identifier l’impact sur le climat de nos modes de vie. Les déplacements, l’habitat et l’alimentation concentrent 68 % de l’empreinte carbone, en proportions pratiquement équivalentes. Les services publics représentent 13 % des émissions de l’empreinte carbone.
L’empreinte carbone moyenne d’un français supérieure de 42 % à la moyenne mondiale
Les comparaisons internationales d’empreinte carbone, estimées à partir des tableaux internationaux entrées-sorties développés par Eurostat, montrent une grande variabilité selon les pays.
En 2022, l’empreinte carbone moyenne mondiale est de 6,4 t CO2 éq par personne. Certains pays (Amérique du Nord, Moyen-Orient) ont des empreintes carbone de près de 20 t CO2 éq par personne, alors que d’autres présentent des empreintes carbone inférieures à 3 t CO2 éq par personne.
Ainsi, en moyenne, le mode de vie d’un Américain a un impact sur le climat 7,5 fois plus important que celui d’un Indien. En 2022, l’empreinte carbone moyenne d’un Français est supérieure de 42 % à la moyenne mondiale, mais un peu inférieure à la moyenne de l’UE27 (10,7 t CO2 éq par personne) et à l’empreinte carbone d’un Chinois (10,2 t CO2 éq par personne).
Comparaison internationale d’empreintes carbone en 2022
En t CO2 éq par personne
Champ : GES (CO2 + CH4 + N2O + gaz fluorés).
Sources : pour les données françaises : estimation Insee/SDES ; pour les autres pays : estimations Eurostat pour l’empreinte et Eurostat ou ONU pour les populations
Par construction, l’estimation de l’empreinte carbone conduit à attribuer les émissions de GES au consommateur final. Pour autant, le consommateur ne peut être seul responsable de son empreinte carbone. Si les comportements individuels sont un levier de réduction d’empreinte, les politiques publiques et les conditions de production des biens et services peuvent également contribuer à réduire les GES de l’empreinte carbone.
Auteurs : Manuel BAUDE, SDES et Sylvain LARRIEU, Insee
Méthodologie
L'empreinte carbone de la France est un indicateur calculé par le Service des données et études statistiques (SDES) et l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Le calcul de l’empreinte carbone d’un pays n’est pas encadré par des normes ou des règles internationales ou nationales. Il existe différentes approches méthodologiques. La modélisation macroéconomique (calcul « input-output ») est la méthodologie privilégiée par les organismes statistiques internationaux et la communauté scientifique. C’est également l’approche méthodologique retenue par le SDES et l’Insee.
Les modalités de calcul sont détaillées dans la note méthodologique « Estimation de l’empreinte carbone de la France entre 1990 et 2024 » (octobre 2025).
L’indicateur de l'empreinte carbone est calculé :
- pour l’ensemble de la demande finale intérieure (consommation des ménages, Formation brute de capital fixe, consommation des administrations publiques, des institutions sans but lucratif au service des ménages) ;
- pour l'ensemble des GES : CO2, CH4, N2O et gaz fluorés (GF) ;
- pour la France et les outre-mer (Martinique, Guadeloupe, Guyane, La Réunion, Mayotte et Saint-Martin), soit le « périmètre de Kyoto ».
Pour l’année 2024 : l’empreinte carbone fait l’objet d’une « estimation provisoire ». Les émissions intérieures sont estimées à partir de données provisoires mais exhaustives alors que les contenus unitaires des importations prolongent les tendances passées.
Pour les années 2010 à 2023 : l'empreinte carbone est calculée selon la méthode SNAC simplifiée fondé sur le modèle « Figaro » développé par Eurostat. Les contenus unitaires en GES des importations résultent de l'exploitation du tableau international entrées-sorties (MRIO) « Figaro ». Les données nationales utilisées (demande finale, production, commerce international) sont tirées des comptes nationaux diffusés par l'Insee. Les émissions de GES au format Air Emissions Account (AEA ou comptes d'émissions dans l'air) sont estimées par Eurostat ou le Citepa pour la France. Les données d'émissions et les données économiques sont présentées dans la nomenclature NACE en 64 positions.
Pour les années 1990 à 2009 : l’empreinte carbone est rétropolée depuis l'année 2010. Les émissions intérieures sont estimées en fonction de l’évolution de l’intensité en GES de la production nationale (correspondant au contenu unitaire en émissions des exportations) et leur volume. Les émissions importées sont estimées en fonction de l'évolution de l'intensité en GES du PIB de la production mondiale et du volume des importations.
Données
Les données diffusées sont afférentes aux émissions nationales et aux émissions contenues dans l’empreinte carbone.






