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L'empreinte matières de la France en 2023 : un indicateur de notre consommation effective de matières premières

Environnement
Publié le 08/06/2026
À l’instar d’autres empreintes comme l’empreinte carbone, l’empreinte matières est un indicateur qui permet de rendre compte de l’ensemble des matières premières mobilisées pour satisfaire la consommation finale d’un pays. Elle reflète l’impact de la demande intérieure de la France sur l’utilisation des ressources, extraites du territoire national ainsi que celles mobilisées directement et indirectement hors de nos frontières pour produire et transporter les produits importés. En 2023, elle est estimée à 12,2 tonnes par habitant (t/hab.) en France, et au-dessous de la moyenne européenne (13,7 t/hab.). Entre 2008 et 2023, l’empreinte matières par habitant de la France a diminué de 29 %.

Périmètre et définitions

L’empreinte matières, Material Footprint ou RMC (Raw Material Consumption), comptabilise l’ensemble des quantités de matières premières mobilisées pour satisfaire la consommation finale d’un pays, y compris les flux indirects (matières premières utilisées lors de la production à l’étranger, lors du transport). Cet indicateur est ainsi plus complet que la consommation intérieure apparente de matières pour la France (DMC, Domestic Material Consumption) qui capture les flux physiques visibles mais n’intègre pas l’ensemble des matières mobilisées pour la fabrication des biens importés, en particulier l’énergie utilisée pour les fabriquer et les transporter jusqu’à la frontière.

L’écart entre consommation intérieure de matières et empreinte matières en baisse

En 2023, la France a extrait sur son territoire 627 millions de tonnes (Mt) de matières premières, soit 9,2 tonnes par habitant (t/hab.). Cette extraction intérieure se compose presque en totalité de minéraux non métalliques (environ 60 %) et de biomasse (près de 40 %). Elle a augmenté de 1,5 % par rapport à 2022. La hausse de la biomasse (+ 10,7 %), après une année 2022 marquée par un déficit pluviométrique important, a plus que compensé la baisse des minéraux non métalliques (- 4,2 %).

L’extraction intérieure de matières, augmentée des importations (majoritairement des ressources énergétiques fossiles et des minerais métalliques) et diminuée des exportations (notamment des produits agricoles) constitue la consommation intérieure apparente de matières de la France (DMC, Domestic Material Consumption). En 2023, elle s’élève à 729 Mt (10,7 t/hab.), un niveau quasi stable par rapport à 2022, la hausse de l’extraction intérieure de matières étant compensée par la baisse des importations nettes des exportations. En 2019, elle atteignait 780 Mt, avant de chuter à 708 Mt en 2020.

Une fois pris en compte l’ensemble des matières premières mobilisées pour la fabrication et le transport des biens importés et exportés, l’empreinte matières (RMC) se situe à 835 Mt (12,2 t/hab.) en 2023. Cette empreinte est supérieure de 15 % à la consommation intérieure apparente de matières, reflétant l’externalisation d’une partie de la production industrielle ou encore la consommation de biens transformés à forte intensité matière. Elle était supérieure de 20 % à la consommation intérieure apparente en 2022. Cet écart s’est réduit sous l’effet de la baisse des importations nettes des exportations en équivalent matières premières.


Comparaison entre l’empreinte matières et la consommation intérieure de matières en France en 2023

© SDES

Lecture : la consommation de matières en France s’élève à 10,7 t/hab., tandis que son empreinte matières atteint 12,2 t/hab.
Note : les données sur l’extraction domestique et la consommation de matières ont été révisées par rapport à l’article web sur la consommation de matières.
Champ : France.
Sources : Eurostat (RME tool ) ; SDES. Traitements : SDES, 2026


En revanche, à l’échelle de l’Union européenne à 27, l’empreinte matières s’élève à 13,7 t/hab., légèrement au-dessus de la consommation apparente de matières (13,5 t/hab.).

Pour presque la moitié des États européens, l’empreinte matières est nettement plus élevée que la consommation apparente (pays à droite sur le graphique ci-dessous). C’est le cas notamment du Luxembourg, dont l’empreinte matières atteint 27,9 t/hab. contre 21,4 t/hab. pour sa consommation apparente, de la Suisse (15,0 t/hab. contre 9,6 t/hab.). L’Italie, l’Autriche se situent dans cette configuration.

Les Pays-Bas, l’Allemagne, la Lituanie, la Suède ou le Danemark présentent des niveaux très proches de consommation apparente et d’empreinte matières. Enfin, la Belgique, l’Irlande, la Bulgarie, la Serbie, la Pologne, l’Estonie ou la Finlande affichent une empreinte matières inférieure à leur consommation apparente (pays à gauche sur le graphique ci-dessous). Ces pays disposent souvent de secteurs extractifs importants et sont exportateurs de matières premières.
 

Comparaison européenne de l’empreinte matières et de la consommation intérieure des pays en 2023
En tonne par habitant

Lecture : la consommation de matières dans l’UE (27) s’élève à 13,5 t/hab., l’empreinte matières à 13,7 t/hab.
Note : Les valeurs d’empreinte matières des pays, mises à disposition par Eurostat, sont imputées à ce stade. Le SDES a réalisé la mise à jour dans le cas français pour la consommation et l’empreinte.
Champ : Union européenne à 27, Serbie et Suisse.
Source : Eurostat (cei_pc020  - env_ac_mfa). Traitements : SDES, 2026

Une baisse de 5 % de l’empreinte matières entre 2022 et 2023

En 2023, l’empreinte matières de la France recule pour la deuxième année consécutive : elle diminue de 5 %, après - 4 % en 2022, passant de 917 Mt en 2021 à 879 Mt en 2022 et 835 Mt en 2023. Cette évolution s’explique principalement par la chute de 24 % de l’empreinte des énergies fossiles (- 42 Mt entre 2022 et 2023) en lien avec la baisse de la consommation finale à usage énergétique, dans un contexte de prix élevés de l’énergie et d’appels à la sobriété. Elle résulte aussi, dans une moindre mesure, du recul des minéraux non métalliques (- 5 %, - 21,6 Mt) et des minéraux métalliques (- 12 %, - 9,7 Mt) alors que la biomasse rebondit nettement (+ 14 %, + 29,3 Mt).

Les énergies fossiles et les minéraux métalliques étant quasi exclusivement importés, cette baisse reflète essentiellement la diminution des importations nettes des exportations. Lors de la crise sanitaire de 2020, l'empreinte matières avait chuté du fait de l’arrêt de l’activité économique et de la réduction des déplacements (853 Mt soit 12,7 t/hab.) entrainant le net recul de l'utilisation des matières premières, avant un rebond en 2021 qui avait ramené l’indicateur un peu au-dessous de son niveau de 2019.

En 2023, l'empreinte matières est nettement inférieure à son niveau de 2008 (1 102 Mt, 17,2 t/hab.), première année de disponibilité de l’indicateur. Après la crise financière de 2008, la consommation de matières et l’empreinte ont reculé bien plus que le produit intérieur brut (PIB) et sont restées orientées à la baisse jusqu’en 2015. Après le début de la reprise post-Covid, un découplage plus marqué avec le PIB apparait de nouveau, notamment, pour l’empreinte sur la fin de la période.


Évolutions de la consommation intérieure de matières, de l’empreinte matières et du PIB en France
En base 100 en 2009

Lecture : les valeurs sont exprimées en base 100 en 2009, ce qui signifie que l'année 2009 sert de référence, et toutes les valeurs des années suivantes sont exprimées par rapport à cette année de base.
Champ : France.
Sources : SDES Eurostat (cei_pc020  - env_ac_mfa) ; INSEE (comptes nationaux – base 2020, population au 1er janvier). Traitements : SDES, 2026


Sur la période 2008-2023, l’empreinte matières de la France présente des dynamiques contrastées selon les grandes catégories de matières.

Ainsi, l’empreinte liée aux combustibles fossiles, à son plus bas niveau en 2023, a diminué de 44 % (- 105 Mt) depuis 2008, avec une baisse particulièrement marquée à partir de 2020 (- 61 Mt entre 2019 et 2023). L’empreinte des minéraux métalliques a été réduite de moitié entre 2008 et 2009 (- 64 Mt), essentiellement du fait de la baisse des importations (- 134 Mt)). Après un rebond en 2010 (+ 35 Mt), l’empreinte fluctue depuis autour de sa moyenne entre 2011 et 2019 (84 Mt). En 2023, elle recule pour la deuxième année consécutive atteignant son plus bas niveau depuis 2010. L’empreinte des minerais non métalliques recule franchement entre 2008 et 2009 (‑ 51 Mt, - 10 %), passant de 490 à 438 Mt. Elle baisse globalement jusqu’en 2015 à 367 Mt son plus bas niveau de la période. Elle se redresse entre 2016 et 2019, du fait de la reprise de l’activité dans le secteur de la construction, avec un pic en 2019 (433 Mt). Après une chute en 2020 (- 7 %), partiellement effacée par le rebond en 2021 (+ 6 %), l’empreinte des minerais non métalliques diminue à nouveau en 2022 et 2023, pour atteindre 396 Mt en fin de période.
 

Évolution de la consommation intérieure de matières et de l’empreinte matières par principales catégories de matières en France  
En tonne par habitant

Lecture : en France en 2023, l’empreinte matières s’élève à 12,2 t/hab. dont 3,5 t/hab. de biomasse, 1,0 t/hab. de minerais métalliques, 5,8 t/hab. de minéraux non métalliques et 1,9 t/hab. de combustibles fossiles. La consommation apparente de matières est de 10,7 t/hab. cette même année.
Champ : France.
Sources : SDES ; Eurostat (rme tool,  env_ac_mfa). Traitements : SDES, 2026

Une empreinte française sous la moyenne européenne mais 38 % au-dessus de l’empreinte mondiale

L’UNEP-IRP* calcule des empreintes matières par pays pour l’ensemble des pays du monde selon une méthodologie légèrement différente de celle d’Eurostat, ce qui conduit à une empreinte matières de la France supérieure (17,7 t/hab. pour la France en 2023, contre 12,2 t/hab. selon la méthodologie Eurostat). Ces estimations présentent toutefois l’intérêt de positionner la France par rapport aux pays non européens.

Au niveau mondial, l’empreinte matières est fortement tirée par les pays développés. En 2023, la France affiche une empreinte matières 38 % au-dessus de la moyenne mondiale (12,8 t/hab.), soit un écart proche de celui observé en 2022. À titre de comparaison, l’Inde atteint 5,2 t/hab., la Russie 11,7 t/hab., tandis que la Chine dépasse 20 t/hab. L’Australie et les États-Unis se situent au niveau le plus élevé (31,5 t/hab.).


Si les pays développés tendent à découpler partiellement leur croissance économique de la consommation de matières premières, l’empreinte matières des pays en développement et des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) a fortement augmenté depuis les années 1990, en raison de leur rattrapage en matière de niveau de vie et de leur dynamique démographique.

L’extraction mondiale a ainsi plus que triplé depuis 1970 et continue de s’accroître. D’après les projections de l’UNEP-IRP, si les tendances passées se poursuivent, l’empreinte matières moyenne mondiale pourrait atteindre près de 20 t/hab. en 2050, soit le double du niveau actuel.


*United Nations Environment Programme - International Resource Panel, groupe international d’experts sur les ressources du programme pour l’environnement de l’Organisation des Nations unies.


Comparaison internationale de l’empreinte matières et de la consommation intérieure des pays du monde
En tonne par habitant

 


Note : les calculs de l’UNEP ne donnent pas les mêmes résultats qu’Eurostat pour la DMC et l’empreinte matières des pays européens.
Sources : International Resource Panel ; Global Material Flows Database, 2026. Traitement : SDES, 2026

Méthodologie

Au niveau européen, les comptes de flux de matières font l’objet d’un rapportage obligatoire auprès d’Eurostat (office statistique de l’Union européenne) depuis 2013. Le manuel Economy-wide material flow accounts handbook d’Eurostat présente les fondements théoriques et conceptuels des comptes des flux de matières à l’échelle de l’économie (EW – MFA, « Economy-wide material flow account »). Eurostat utilise les données issues de ce rapportage pour ensuite calculer l’empreinte matières de chaque pays européen.

Pour établir des estimations au niveau national, Eurostat met à disposition des pays un outil nommé « RME-Tool » (Raw Material Equivalent) , accompagné d’un manuel et d’un ensemble de fichiers de données d’entrée. Cette documentation, l’outil ainsi que les informations complémentaires sont également disponibles sur la page méthodologique de la section en ligne dédiée à l’Environnement sur le site d’Eurostat.

Des révisions de séries sont réalisées chaque année. Les principales sources de modifications entre les publications d‘avril 2025 et mai 2026 concernant les séries de consommation matières et d’empreintes matières sont détaillés dans la notice méthodologique.

Entre la publication en avril 2025 de l’article « L’empreinte matières de la France en 2022 » et celui-ci, un changement de source a été opéré pour les données relatives aux flux internationaux (importations et exportations). Cette évolution constitue la principale origine des révisions observées sur l’ensemble de la série couvrant la période 2008-2023. Les importations ont ainsi été revues à la baisse d’environ 10 % sur une grande partie de la période, tandis que la révision est de l’ordre de - 7 % pour les exportations, ces deux révisions se compensant pour partie. Ce changement de source a pour effet de réviser à la baisse la consommation intérieure de matières (DMC) de 3 % ainsi que l’empreinte matières (RMC) de 4 %.  

Eurostat procède régulièrement à l’intégration de données imputées dans ses bases. Concernant l’empreinte matières, c’est le cas pour les valeurs des années 2023 et 2024, diffusées sur le site européen. Or, dans le cadre de cet article, le SDES a consolidé la donnée 2023 pour la France qui sera prochainement publiée par Eurostat. S’agissant de la consommation de matières, l’imputation pour 2024 réalisée par le service statistique européen est également disponible dans les bases de données d’Eurostat.

Auteure : Lise COLARD, SDES

Données

Données associées à l'article sous forme de tableaux et graphiques.

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