Sols et aménagement
En France, 8,3 % des terres sont artificialisées avec des sols imperméabilisés (infrastructures, parking, constructions) ou fortement anthropisés (extraction de matériaux, décharges, espaces verts artificialisés, équipements sportifs) – (voir graphique Répartition de l’occupation physique des sols, en 2023). Cette superficie ne cesse d’augmenter, même si le rythme de l’artificialisation ralentit par rapport au début de la décennie 2010.
Répartition de l’occupation physique des sols, en 2023
En %
Champ : France (dont les cinq DROM) – moyenne 2022-2023-2024.
Source : Agreste-Teruti.
Sols et agriculture
Les sols fournissent une base pour la production de biomasse. Les matières provenant de l’agriculture (blé, canne à sucre, fruits, fourrage, paille, etc.), destinées à une utilisation humaine (consommation, semences, usages industriels, transformation) ou animale (alimentation, litière), constituent le deuxième flux de matières extraites du territoire, avec 258 Mt, soit 3,7 tonnes par habitant extraites en 2023. Or, chaque année, les sols perdent en moyenne 1,5 tonne de terre par hectare en raison du ruissellement des eaux. Cette situation est aggravée par l’intensification de l’agriculture, le surpâturage, la déforestation ou l’imperméabilisation. L’érosion perturbe la biodiversité du sol, diminue les rendements, dégrade la qualité de l’eau et peut générer des coulées d’eau boueuse. Le service écosystémique rendu par la végétation pour stabiliser les sols et contrôler leur érosion est quasi nul dans les régions de très faible relief (Landes, Beauce, plaine d’Alsace), faible dans les régions de grandes cultures ou de cultures permanentes, élevé dans les grandes régions herbagères (Bretagne, Basse-Normandie, Massif central, Alpes, Jura, etc.) et maximal dans les zones les plus sensibles à l’érosion (nord et est du Bassin parisien, piémont pyrénéen, certaines zones de Midi-Pyrénées, du Languedoc, du Lyonnais) – (voir carte Stabilisation des sols et contrôle de l’érosion par petite région agricole).
Stabilisation des sols et contrôle de l’érosion par petite région agricole
En tonnes par hectare et par an
Notes : PRA = petite région agricole ; quantité de sol stabilisé correspondant au différentiel du taux d’érosion entre la situation « couverture végétale actuelle » et des situations de référence (sol nu / couvert permanent).
Champ : France métropolitaine.
Source : MTE, Projet Efese (Inra Les services écosystémiques rendus par les sols, 2017 ; Inra/UR Sol modèle aléa d’érosion Mesales). Traitements : SDES, 2022
En 2021, les grandes cultures (hors maïs fourrage) couvrent 43 % de la surface agricole utilisée (SAU), dont un tiers semé au printemps. Si le labour aère le sol et en améliore la fertilisation, il affecte sa structure et sa biodiversité, accélère le déstockage de carbone et le lessivage de l’azote. Des techniques de conservation du sol, telles que le non-labour (51 % de la surface en grandes cultures), limitent ces impacts, mais favorisent le tassement du sol, la prolifération de mauvaises herbes et des insectes ravageurs, impliquant un recours éventuel aux pesticides. En 2021, la part des surfaces de grandes cultures laissées totalement nues pendant l’hiver est de 9 % (contre 14 % en 2017) – (voir graphique Part des surfaces de grandes cultures restant nues en hiver ou sans labour, en 2021). L’implantation d’un couvert végétal hivernal, que ce soit par une culture d’hiver, une culture intermédiaire, dérobée ou de repousses significatives, limite l’érosion et le lessivage des nitrates et peut faire l’objet de valorisations énergétiques.
Part des surfaces de grandes cultures restant nues en hiver ou sans labour, en 2021
En %
Champ : surfaces de grandes cultures en France métropolitaine.
Source : Agreste, Pratiques culturales en grandes cultures en 2021
Rôle des sols dans le stockage du carbone
Puits de carbone, le sol contribue à atténuer le changement climatique. Les sols de France métropolitaine (hors Corse) renferment 6,91 gigatonnes (Gt) de carbone organique, dont plus de la moitié dans la partie superficielle (soit 3,56 Gt) et seulement 12 % au-delà de 1 m. Ce stock varie selon l’affectation du sol. Certains changements d’usage (conversion des cultures en prairies ou en forêts) ou de pratiques agricoles (apports de boues urbaines ou d’effluents d’élevage, non-labour) favorisent le stockage. Les stocks sont très faibles dans les vignobles (34 t/ha) et cultures très intensives, moyens dans les grandes plaines cultivées (environ 60 t/ha), élevés dans les prairies, forêts, pelouses et pâturages naturels (plus de 80 t/ha) – (voir graphique stock de carbone organique moyen par occupation du sol).
Stock de carbone organique moyen par occupation du sol
En tonnes/hectare
Note : cette répartition s’appuie sur des données de 2012 dont l’évolution est très faible dans le temps.
Champ : France métropolitaine.
Source : Gis Sol, 2013, Meersmans et al., 2012. A high-resolution map of French soil organic carbon. Agron. Sustain. Dev. DOI 10.1007/s13593-012-0086-9. Traitements : SDES, 2013
Biodiversité des sols
La biodiversité des sols (animaux, champignons, bactéries, végétation) structure les sols, minéralise la matière organique, nourrit les plantes, dépollue les sols et lutte contre les pathogènes. Les sols de France métropolitaine abritent en moyenne 260 vers de terre par m2 : 421 vers/m2 dans les prairies, 223 dans les cultures et 163 dans les vignes. La biomasse microbienne représente en moyenne 61 microgrammes d’ADN par gramme de sol (µg/g). Plus abondante dans les sols argileux alcalins et riches en carbone organique, elle dépend des pratiques agricoles : elle varie entre 27 µg/g dans les vignes et vergers, généralement davantage traités, et 81 µg/g dans les prairies. Les communautés bactériennes représentent un million d’espèces et un milliard de bactéries par gramme de sol, les plus diversifiées se situant dans les territoires agricoles.
Pollution des sols
La pollution des sols par les produits phytosanitaires dépend de leur toxicité, de leur persistance et de la capacité des sols à les retenir ou à les dégrader. En France métropolitaine, le sol des zones de culture ou d’élevage intensifs renferme des taux élevés de lindane (insecticide ou antiparasitaire), alors que cette substance est interdite depuis 1998. La pollution chronique du sol des bananeraies et la contamination des écosystèmes naturels par la chlordécone, insecticide interdit de vente depuis 1993 dans les Antilles françaises, affectent encore 25 % de la SAU en Guadeloupe et 40 % en Martinique, en raison de leur persistance dans le sol, exposant la population par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés.
De nombreux herbicides et fongicides, et plus rarement des insecticides ou acaricides, ont été détectés dans le cadre d’une campagne de mesure conduite en France et portant sur la partie supérieure de 47 stations en majorité cultivées. Les sols concernés par l’agriculture conventionnelle et ceux supportant des vergers présentent les teneurs moyennes en pesticides les plus élevées. Parmi les substances les plus fréquemment retrouvées figurent trois herbicides (83 % des stations présentent un sol contenant de l’AMPA, métabolite du glyphosate, 70 % du glyphosate et 51 % du diflufenican) et trois fongicides (69 % du fluopyram, 68 % du fluxapyroxad, 47 % du epoxiconazole).
L’usage des pesticides peut également induire des teneurs en métaux élevées dans certains sols, du fait notamment de traitements fongicides récurrents à base de sulfates de cuivre (bouillie bordelaise) en viticulture et arboriculture. Les teneurs totales en cuivre mesurées dans la partie superficielle des sols varient ainsi localement de 1 mg/kg à 508 mg/kg en France métropolitaine, 53 % des teneurs de plus de 100 mg/kg se situant dans des zones occupées à plus de 20 % par des vignes ou des vergers. La Gironde et le Languedoc-Roussillon rassemblent 62 % des teneurs en cuivre de plus de 100 mg/kg.
L’agriculture n’est pas seule à l’origine des pollutions diffuses. Ainsi plus de 90 % des contaminations diffuses par le plomb proviennent du trafic automobile.
En décembre 2025, 11 607 sites et sols pollués (ou potentiellement pollués) appelant une action des pouvoirs publics sont recensés en France en raison de son passé industriel : les anciennes régions minières en concentrent la moitié. Ces pollutions résultent soit de rejets de polluants non maîtrisés, soit d’accidents ou de mauvais confinements.
Des moyens alloués à la protection des sols et des eaux
En France, la protection des sols et des eaux est principalement financée par les entreprises, l’État et des collectivités locales contribuant dans une moindre mesure. En 2023, 2,3 milliards d’euros ont été alloués à différentes actions de protection. Près des deux tiers de ce montant (61 %) ont été consacrés à la prévention des infiltrations de substances polluantes, suivis par la dépollution des sites et sols pollués, y compris en cas de marée noire (30 %). Une part plus restreinte a été dédiée à la surveillance de l’état des sols et des milieux aquatiques et marins (4 %), à la lutte contre l’érosion des sols (3 %), ainsi qu’à des actions transversales menées par des associations (2 %).
Depuis la crise sanitaire, les dépenses en faveur de la protection des sols et des eaux ont légèrement augmenté en euros courants (+ 2 % par an depuis 2020) – (voir graphique Évolution des dépenses de protection des sols et des eaux) mais diminuent en euros constants (- 1 %), l’inflation progressant de 3 % par an en moyenne sur la période.
Évolution des dépenses de protection des sols et des eaux
En millions d'euros courants
Champ : France.
Source : SDES, comptes économiques de l'environnement, 2025







