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Milieux agricoles et enjeux environnementaux en France – État des connaissances en 2025

Environnement
Publié le 03/04/2026
En France, les milieux agricoles font face à de nombreux enjeux environnementaux. Les surfaces cultivées diminuent, tandis que l’état des sols se détériore sous l’effet de l’érosion, de la baisse de la matière organique et de la pollution liés aux intrants chimiques. La biodiversité y est en fort déclin, notamment chez les oiseaux des champs. Les écosystèmes agricoles rendent des services essentiels comme la production de biomasse ou la régulation du climat, mais leur capacité à les fournir tend à stagner, voire à diminuer.

Des paysages agricoles de moins en moins favorables à la biodiversité

Depuis les années 1950, la surface agricole en France ne cesse de reculer, sous l’effet combiné de l’artificialisation des sols et de la déprise agricole. En 2024, la surface agricole utile (SAU) couvre 28,4 millions d’hectares, soit 52 % du territoire métropolitain (y compris la Corse), contre 63 % en 1950. Avec 68 % du territoire occupé par la SAU, le Grand Ouest (Bretagne, Pays de la Loire et Normandie) est la zone la plus agricole alors que l’arc méditerranéen présente le taux d’occupation agricole le plus bas.

En 2024, les prairies s’étendent sur près de 13 millions d’hectares, soit 45,6 % de la SAU. Après plusieurs années à la baisse avec une perte de 3,8 millions d’hectares entre 1950 et 2020, la superficie augmente légèrement d’environ 1,5 % entre 2020 et 2024. Cette hausse s’explique par la stabilisation des surfaces toujours en herbe et par l’augmentation des prairies artificielles et temporaires liée à une recherche accrue d’autonomie fourragère. La répartition des prairies reste néanmoins très contrastée selon les départements, en fonction du poids de l’élevage. Ainsi, les départements où la proportion de prairies dépasse 90 % de la SAU sont le Cantal, la Lozère et la Corse du Sud.


Évolution de la surface en prairie de 1950 à 2024
En milliers d’hectares

© SDES

Champ : France hors DROM.
Source : Agreste, Statistiques agricoles annuelles, 2025


Le linéaire de haies en France a fortement reculé depuis le milieu du XXe siècle, avec une perte estimée à environ 70 % depuis 1950. Cette disparition est étroitement liée aux mutations de l’agriculture (remembrement, mécanisation) et à l’urbanisation. Toutefois, certains territoires bocagers ont mieux résisté, notamment la Normandie, le nord de la Bretagne et le bocage mayennais.

L’érosion s’est poursuivie jusqu’à une période récente : entre 2017 et 2021, le linéaire a encore reculé d’environ 6 %. Néanmoins, le linéaire total semble se stabiliser depuis autour de 1,5 million de kilomètres (source : BD Haies), dans un contexte de mise en œuvre de politiques publiques visant des replantations avec un soutien financier des agriculteurs et collectivités. Au-delà de l’objectif de replantation (environ 7 000 km de haies par an dans le plan Haies), ces programmes mettent l’accent sur la qualité écologique des haies : diversité d’essences locales, gestion durable, création de corridors écologiques pour relier deux milieux naturels et assurer ainsi la continuité écologique.

La biodiversité souterraine, une ressource essentielle mais vulnérable

Les sols agricoles constituent un important réservoir de biodiversité. Ils abritent une multitude d’organismes vivants qui protègent le sol contre l’érosion et le tassement, améliorent sa fertilité et dégradent les contaminants. Selon les estimations, un hectare cultivé peut contenir jusqu'à 1,5 tonne de faune (vers de terre, insectes, etc.), 2,5 tonnes de bactéries et 3,5 tonnes de champignons microscopiques. Dans l’Hexagone*, les sols concentrent 261 vers de terre/m2 en moyenne, avec de fortes variations selon les usages agricoles : 421 vers/m2 dans les prairies, 223 vers/m2 dans les cultures et seulement 163 vers/m2 dans les vignes.

Cette abondance, essentielle à la fertilité des sols et au cycle du carbone, dépend étroitement des pratiques agricoles et du degré d’intensification. La biomasse microbienne associée varie ainsi entre 27 microgrammes d'ADN par gramme de sol (µg/g) dans les vignes et vergers, des milieux généralement davantage traités, à 81 µg/g dans les prairies.

L’équilibre de ces écosystèmes peut également être menacé par des espèces invasives. Parmi elles, le ver plat exotique Obama nungara s’attaque aux invertébrés du sol (vers de terre, escargots, limaces) et pourrait altérer la fertilité des sols. Il est désormais signalé dans plus de 70 départements de France métropolitaine.


Abondance lombricienne selon le type d’occupation du sol entre 2005 et 2015
En individus/m2

© SDES

Note : le nombre de sites analysés est indiqué entre crochets. Au total, 731 sites ont été analysés.
Champ : France hors DROM.
Source : Université de Rennes1, 2015.Traitements : SDES, 2026

 

*Situation observée entre 2005 et 2015.

La population des oiseaux spécialistes des milieux agricoles diminue

Les oiseaux jouent un rôle clé dans les écosystèmes en participant à la régulation des populations d’insectes, à la dispersion des graines et au bon fonctionnement général des milieux naturels. Depuis 1989, l’indice STOC permet de suivre l’évolution des populations d’oiseaux communs, véritables indicateurs de l’état de la biodiversité. Parmi eux, les espèces spécialistes, plus sensibles aux perturbations environnementales, réagissent rapidement aux dégradations de leur habitat. Leur déclin signale des perturbations concrètes : diminution des ressources alimentaires, augmentation du dérangement ou raréfaction des sites de nidification.

Les oiseaux spécialistes des milieux agricoles subissent un déclin marqué, principalement en raison des pratiques agricoles intensives, de la perte d'habitats et des effets du changement climatique. En 35 ans, l’indice moyen des 24 espèces agricoles étudiées (Alouette des champs, Bruant ortolan, Pie-grièche écorcheur, Vanneau huppé, etc.) a chuté de 63 points. À l’inverse, l’indice des espèces dites généralistes a progressé de 6 points, traduisant un appauvrissement global au profit d’espèces plus opportunistes.

Face à ce déclin, le règlement européen sur la restauration de la nature (adopté le 24 juin 2024) fixe des objectifs contraignants pour inverser la tendance : restauration des habitats, réduction de l’usage des pesticides, évolution des pratiques agricoles. Pour la France, il prévoit une augmentation minimale de l'indice des oiseaux des milieux agricoles de 10 % entre 2025 et 2030, puis 20 % d'ici 2040 et 30 % d'ici 2050.


Évolution de l’abondance des populations d’oiseaux spécialistes des milieux agricoles
En indice base 100 en 1989

© SDES

Note : les oiseaux communs « spécialistes » correspondent aux espèces communes des milieux agricoles, forestiers et bâtis.
Source : Programme STOC de Vigie Nature. Traitements : CESCO - PatriNat (OFB-CNRS-MNHN), décembre 2025

Les écosystèmes agricoles menacés par le changement climatique

Les écosystèmes agricoles désignent des milieux organisés ou fortement transformés par l’activité humaine afin de produire des ressources biologiques. Ils regroupent à la fois les zones dédiées à la production de ressources biologiques et celles dominées par une végétation herbacée, comme les prairies naturelles. En France métropolitaine, près des trois quarts de ces écosystèmes correspondent à des espaces fortement façonnés par les pratiques agricoles ou par l’influence humaine. Le quart restant correspond à des agroécosystèmes présentant une couverture importante de végétation naturelle, notamment les mosaïques agricoles mêlant parcelles cultivées et des espaces non cultivés comme les haies, bosquets, plans d’eau, ainsi que les prairies naturelles ou semi-naturelles.

Lorsqu’ils sont en bon état, ces écosystèmes rendent de nombreux services à l’économie et à la société. Ils contribuent notamment à la quasi-totalité de la croissance des plantes cultivées destinées à être récoltées. En moyenne triennale 2020-2022, seuls 2 % de la biomasse issue de l’agriculture en France métropolitaine proviennent d’écosystèmes urbains (cultures sous serre, jardins potagers). Les écosystèmes agricoles jouent également un rôle important dans la régulation du climat puisqu’ils stockent 1,3 milliard de tonnes de carbone principalement sous forme de carbone organique dans les sols, soit 41 % du carbone contenu dans l’ensemble des écosystèmes. Par ailleurs, au sein de ces écosystèmes, les prairies contribuent à l’élimination durable du carbone atmosphérique, à hauteur de 2 millions de tonnes par an, ce qui représente 6 % du carbone séquestré par les écosystèmes entre 2020 et 2022.

Cependant, les épisodes de sécheresse récents (2015, 2018-2020, 2022) ont réduit la capacité des écosystèmes agricoles à produire de la biomasse, avec une diminution de 13 % entre la moyenne triennale 2020-2022 et la moyenne 2012-2014. La baisse est plus forte pour les prairies (- 24 %), d’autant que les besoins en pâturage sont également moindres du fait de la réduction des cheptels. En revanche, sur la même période, le volume de carbone séquestré et le stock de carbone des écosystèmes agricoles demeurent relativement stables.

Données

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