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Milieux forestiers en France – État des connaissances en 2025

Environnement
Publié le 27/03/2026
Avec près d’un tiers du territoire métropolitain couvert par des bois et forêts, la France est le quatrième pays européen en matière de boisement derrière la Suède, la Finlande et l’Espagne. Elle abrite une forêt riche et diversifiée en essences (feuillus, résineux), en types de peuplement (pur ou mélangé) et en structures (futaie régulière ou irrégulière, taillis) qui participent à l’équilibre de cet écosystème. Au-delà des services d’approvisionnement (ressources en bois, champignons, etc.), récréatifs et culturels qu’elle procure, la forêt joue un rôle majeur dans la régulation du climat, du cycle de l’eau, des sols (réservoir de biodiversité, puits de carbone, lutte contre l’érosion, etc.).

La forêt française, un écosystème diversifié en développement

La déprise agricole engagée au XIXe siècle a libéré les terres les moins productives pour l’agriculture, lesquelles se sont boisées progressivement et génèrent, avec un temps de décalage, des volumes de bois supplémentaires. La déprise rurale et l’émergence des énergies fossiles ont abaissé la pression sur le bois de chauffage, ce qui a entraîné l’abandon des traitements en taillis et taillis sous futaie et un allongement des durées des révolutions : les arbres de ces peuplements grossissent et leur volume s’accroît. La forêt a ainsi progressé de plus de 20 % depuis 1985 pour atteindre 17,6 millions d’hectares (Mha) en 2024, soit une couverture de 32 % du territoire métropolitain. Le taux de couvert boisé est particulièrement fort en Corse, dans le massif vosgien, le Jura, les Cévennes et dans les départements de la Gironde et des Landes. En outre-mer, 8,2 Mha de forêt sont recensés (dont 97,4 % sur le seul territoire de la Guyane).

La forêt métropolitaine est constituée majoritairement de forêts privées (environ 13,2 Mha), mais également de forêts domaniales (1,55 Mha) et d’autres forêts publiques (2,8 Mha). Regroupant 190 essences (3 250 essences en outre-mer), elle se partage entre des peuplements dits « purs » à essence exclusive (7,1 Mha) et des peuplements mélangés (7,5 Mha). Le massif landais, quasi exclusivement composé de pins maritimes, se distingue des forêts du nord-est de la France et du Massif central qui constituent les forêts les plus diversifiées.

 

Taux de boisement par département en France métropolitaine, en 2024

© SDES

Source : IGN, inventaire forestier national 2024. Traitements : SDES, 2026

Entre 1985 et 2024, le volume de stock de bois sur pied, tel que publié par l’IGN, est passé de 137 m³/ha à 173 m³/ha en moyenne, pour atteindre 2,9 milliards de mètres cubes (Mm³) en 2023. Les feuillus (principalement des chênes) représentent 65 % de ce stock. La production biologique annuelle de bois brute est d’environ 87,8 Mm³, sur la période 2015-2023, soit 5,3 m³/ha (59 % de feuillus et 41 % de résineux). Les régions ayant une production annuelle moyenne par hectare inférieure à la moyenne nationale sont principalement les régions du pourtour méditerranéen. Dans le même temps, la forêt française est confrontée à une amplification de la mortalité de ses arbres du fait des crises sanitaires liées à des conditions climatiques de plus en plus difficiles (stress hydrique, prolifération d’insectes xylophages). Sur la période 2015-2023, elle s’élève à 16,7 Mm³ par an contre 7,4 Mm³ par an sur la période 2005-2013.

La forêt française héberge de nombreuses espèces animales et végétales (72 % de la flore métropolitaine), dont certaines remarquables. Essentiels à la biodiversité forestière, le bois mort sur pied et les chablis (159 Mm³) et le bois mort au sol (300 Mm³) constituent des habitats pour les espèces à enjeu de conservation. Bien que la forêt soit l’écosystème le moins impacté par les activités humaines, de nombreuses espèces de plantes, mammifères et oiseaux sont menacées. Sur les 281 espèces et habitats remarquables des écosystèmes forestiers évalués par la directive Habitats-Faune-Flore (2019-2024), seuls 30 % sont dans un état de conservation favorable.

 

État de conservation des espèces et habitats remarquables sélectionnés pour l’écosystème forestier sur la période 2019-2024
En %

© SDES

Note : analyse faite à partir de 281 évaluations (espèces et habitats) portant sur l’écosystème forestier.
Source : PatriNat (OFB-CNRS-MNHN), 4e rapportage DHFF, 2025. Traitements : PatriNat ; SDES, 2025

De nombreux services rendus par les écosystèmes forestiers

Parmi les nombreux services rendus par les milieux forestiers, la régulation du climat en est l’un des plus importants. En 2024, les forêts de France métropolitaine participent à la rétention du carbone par les écosystèmes, avec 2,8 milliards de tonnes (Mdt) de carbone stocké, répartis dans la biomasse ligneuse (1,36 Mdt), dans la biomasse morte (0,04 Mdt) et dans le sol (1,4 Mdt). Elles constituent l’un des plus grands puits de carbone, avec 170 tonnes de carbone stockées par hectare, près de trois fois plus que les autres écosystèmes du territoire national (62 t/ha). Les forêts contribuent également à l’élimination du carbone de l’atmosphère, avec 33,3 millions de tonnes de carbone séquestrées par des processus écologiques naturels (photosynthèse – respiration des plantes et décomposition) au cours de l’année 2022.

 

Stock de carbone dans la biomasse ligneuse, en 2024
En %

© SDES

Champ : France métropolitaine.
Source : IGN, 2025

La forêt fournit également des ressources naturelles dont tire profit l’économie française. En 2023, la forêt métropolitaine française compte ainsi près de 3,1 Mdm³ de bois sur pied disponibles pour la production, dont la valeur dépasse les 115 Md€. Le service de fourniture de bois bénéficie à l’économie avec 50 millions de m³ de bois prélevés en 2023, incluant les pertes de récoltes. Une part de ce prélèvement revient directement aux ménages afin d’alimenter leur consommation personnelle en bois de chauffage.

Entre 2012 et 2022, les services de fourniture de bois et de séquestration du carbone rendus par les forêts ont diminué de respectivement 19 % et 8 %. En raison de conditions climatiques plus difficiles (stress hydrique, incendie) couplées à la crise des scolytes, les pertes liées à la mortalité font plus que doubler sur la période et la production biologique diminue. En revanche, le carbone stocké par les forêts continue d’augmenter sur la période (+162,3 MtC, soit + 6 %). La séquestration du carbone par les écosystèmes forestiers (+ 374,0 MtC sur la période) et l’afforestation (+ 19,6 MtC) l’emportent effet sur les prélèvements opérés par les récoltes (+ 223,3 tC) et sur les émissions générées par des perturbations (feux) d’origine naturelle ou anthropique (+ 8,0 MtC).

 

Évolution des services de fourniture de bois et de régulation climatique mondiale rendus par les écosystèmes forestiers entre 2012 et 2022
En indice base 100 en 2012

© SDES

Notes : régulation climatique mondiale – élimination du carbone : carbone de l’atmosphère séquestré annuellement par l’écosystème
Régulation climatique mondiale – rétention du carbone : carbone stocké dans l’écosystème en fin période
Fourniture de bois : contribution de l’écosystème à la croissance des arbres et des autres biomasses ligneuses
Champ : France métropolitaine
Source : SDES, compte satellite de l’environnement – comptes d’écosystèmes, 2025
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Des écosystèmes fragiles menacés par les aléas climatiques et biologiques

Les conditions météorologiques (sécheresse, température et vent) ont une forte influence sur la sensibilité des végétaux au feu et sur la propagation des incendies. Avec ses nombreux massifs forestiers, la France est particulièrement exposée au risque d’incendies notamment en Corse, sur le pourtour méditerranéen, les Cévennes, les piémonts alpins et pyrénéens ou encore les Landes.

À la suite des efforts engagés ces dernières années dans la lutte opérationnelle et stratégique contre les incendies, les feux de forêt impliquant des destructions de surfaces d’un hectare ou plus ont diminué. En 2024, 1 367 incendies de forêt se sont déclarés en France sur plus de 2 769 ha. Parmi ces incendies, 217 concernent une surface d’un hectare ou plus (contre 472 en 2023). Les départements de l’Hérault (685 ha) et de Haute-Corse (626 ha) concentrent à eux deux près de la moitié de la surface nationale détruite en 2024. Grâce à la mise en place des dispositifs de prévention et de lutte contre les incendies, les surfaces parcourues annuellement par les incendies de forêt décroissent en zone méditerranéenne. Sur les 810 feux dont les causes de départ sont attribuées de façon certaine en 2024, 57 % sont involontaires ou accidentels, 31 % malveillants et 12 % d’origine naturelle.

Les tempêtes, bien que peu fréquentes, peuvent provoquer également de nombreux dommages. En 1999, 6 % de la surface forestière (968 000 ha) était touchée par les tempêtes Lothar et Martin. Les épisodes répétés de sécheresse (cas de l’est de la France, par exemple) participent aussi à affaiblir les forêts, notamment les résineux, qui se retrouvent impactés par les scolytes, insectes ravageurs, nécessitant la coupe précoce des bois. Le réchauffement climatique et la densification des échanges commerciaux peuvent, par ailleurs, menacer les forêts françaises en facilitant l’émergence de pathogènes et ravageurs comme cela est le cas en France depuis quelques années avec l’apparition du capricorne asiatique des agrumes (impacts sur les chênes et les érables) ou du nématode du pin (impacts sur les conifères). La progression significative des populations d’ongulés sauvages (cerfs, chevreuils, sangliers) peut nuire aussi aux régénérations forestières en détruisant les pousses et bourgeons.

Ces conditions de plus en plus défavorables aux arbres conduisent à une altération directe de leur état physiologique. Ainsi sur la période 2021-2024, la France compte 8 % de ses arbres forestiers altérés (vivants ou morts sur pied depuis moins de cinq ans). Ce taux est identique en termes de volume. Bien que présents sur tout le territoire, il existe de fortes disparités géographiques sur le taux d’altération. Ainsi, le secteur le plus impacté est le nord-est de la France, à cause principalement des essences qui composent ses forêts : le frêne et le châtaignier dont le taux d’altération est respectivement de 26 % et de 21 %.

 

Nombre d’incendies de forêt et de végétation, par département, en 2024
de moins de 1 ha (carte de gauche) et de plus de 1 ha (carte de droite)

© SDES

Source : BDIFF, extraction au 15 décembre 2025

Des écosystèmes à préserver

En 2025, 2,3 % des surfaces forestières hexagonales étaient couvertes par un dispositif de protection forte au sens de la stratégie nationale des aires protégées. En ne considérant que les forêts domaniales, le taux de protection forte est de 10,4 %. Parmi les dispositifs mis en place figurent:

  • les zones cœur de parcs nationaux. Leur surface en forêt a fortement augmenté depuis 2019, à la suite de la création du parc national de forêts dont le cœur de parc couvre 56 614 ha de forêts ;
  • les arrêtés de protection (biotope, géotope et habitats naturels). Au sein de ces dispositifs, la forêt couvre plus de la moitié des surfaces terrestres ;
  • le réseau des réserves naturelles (nationales, régionales et de Corse). Les forêts couvrent près de 47 % des 201 645 ha des réserves naturelles terrestres métropolitaines ;
  • les réserves biologiques (intégrales et dirigées) ;
  • les réserves nationales de chasse et faune sauvage.

Ces différentes surfaces ont vocation à augmenter via la création de 50 réserves biologiques (intégrales ou dirigées) d’ici 2030 pour atteindre l’objectif de couverture de 10 % du territoire national. Par ailleurs, plus de 19 % des forêts intègrent le dispositif Natura 2000.

 

Surface de forêt par type d’aire protégée sous statut de protection réglementaire, en 2025
En ha

© SDES

Champ : France métropolitaine.
Sources : BD Forêt V2, IGN, 2023 ; Base des espaces protégés, INPN, PatriNat 2025

Les réserves biologiques sont des outils réglementaires protégeant des espèces et des habitats considérés comme remarquables ou représentatifs des milieux forestiers. En 2024, la France compte 246 réserves biologiques, dont 95 réserves biologiques intégrales couvrant 104 395 ha de forêts et 181 réserves biologiques dirigées couvrant 32 059 ha de forêts. Dans les réserves biologiques intégrales, les interventions humaines y sont réduites au strict minimum : l’exploitation forestière, ainsi que la chasse au petit gibier, y sont interdites et l’accès public y demeure souvent possible sous conditions. Dans réserves biologiques dirigées, la gestion y est interventionniste et ciblée sur des enjeux patrimoniaux forts.

 

Surface des réserves biologiques intégrales et dirigées en France, en 2025
En ha

© SDES

Champ : France.
Source : PatriNat, INPN, 2025

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