Plus de 30 % de l'Hexagone avec des conditions favorables aux milieux humides
À ce jour, aucun inventaire national exhaustif ne permet d’évaluer avec précision la surface totale des milieux humides et aquatiques continentaux sur l’ensemble du territoire français. En France métropolitaine, ces milieux sont localisés de façon précise sur environ 60 % du territoire, tandis que les données cartographiques récentes indiquent qu’environ 33,3 % du territoire présente des conditions favorables à leur présence.
L’analyse des images satellites met en évidence qu’en 2020, 18,7 % de l'Hexagone était couvert par des milieux humides, soit 102 458 km² (85 836 km² de milieux humides naturels et 16 623 km² de milieux humides artificiels).
Prélocalisation des zones humides en 2023
Champ : France hors DROM.
Sources : LETG-UMR 6554 CNRS-Université de Rennes 2 ; PatriNat (OFB-MNHN) ; Institut Agro Rennes-Angers ; Inrae ; Agence de l'eau RMC ; Tour du Valat. Traitements : PatriNat, février 2023
51 % des milieux humides naturels dégradés par l'agriculture intensive et l'urbanisation
Abritant près de 45 % des espèces menacées en France métropolitaine, les milieux humides et aquatiques continentaux français font partie des écosystèmes les moins bien conservés à l’échelle nationale, ce qui les place au cœur des enjeux de conservation. Entre 1960 et 1990, on estime qu’environ la moitié des zones humides françaises a disparu, en grande partie à cause de l’urbanisation et des nombreux drainages agricoles (amélioration des cultures céréalières, conversion des prairies en grandes cultures, etc.).
Sur une période plus récente, ce déclin préoccupant se confirme encore (- 7 % en moyenne entre 1990 et 2020). Cette régression observée des surfaces en milieux humides s’accompagne d’une dégradation de leur état.
Ainsi, en 2020, environ la moitié (51 %) de la superficie des milieux humides était dégradée par l’intensification agricole et l’artificialisation des territoires. Dans le bassin-versant Rhône-Méditerranée-Corse, la pression exercée par les pratiques agricoles concernait 21,3 % des milieux humides, tandis que 11,3 % étaient menacés par l’artificialisation. La part des milieux humides dégradés dans les aires protégées (réserves naturelles intégrales, zones de nature sauvage, parcs nationaux, monuments naturels, aires de gestion des habitats/espèces, paysages terrestres/marins protégés, zones de gestion de ressources protégées, etc.) est plus faible qu’elle ne l’est dans le reste du territoire (10 %).
État de conservation des milieux humides et des aires protégées en 2020
Champ : France hors DROM.
Source : Panhelleux, L., Rapinel, S., & Hubert-Moy, L. (2024). A 10 m dataset of wetland loss and degradation across mainland France (2021) (version 1). Traitements : SDES, février 2026
La dernière évaluation de l’état de conservation des habitats d’intérêt communautaire conduite au titre de la directive Habitats-Faune-Flore (période 2019-2024) confirme ces dires d’experts sur une diversité d’habitats remarquables des écosystèmes humides et aquatiques de l’Hexagone. Sur les 75 habitats de milieux humides et aquatiques évalués (habitat côtier et végétation halophytique, dune maritime, habitat d'eau douce, tourbière, marais, etc.), seuls 5 % d’entre eux sont dans un état de conservation favorable et 54 % dans un état de conservation mauvais. Avec 17 % d’habitats favorables, les milieux humides alpins semblent les mieux préservés.
État de conservation des habitats humides et aquatiques d’intérêt communautaire, par région biogéographique (N = 156)
En %
Note : N désigne le nombre d’évaluations.
Champ : France hors DROM.
Source : évaluation DHFF 2019-2024, PatriNat (OFB-CNRS-MNHN), février 2026. Traitements : PatriNat ; SDES, 2026
Environ 56 % des masses d'eau dans un état écologique moyen à mauvais
Les milieux aquatiques (cours d’eau, masses d’eau, deltas, etc.) sont des milieux intimement liés aux milieux humides dans le sens où ils contribuent à les alimenter et forment un continuum écologique (lit majeur inondable, berges humides, annexes hydrauliques, etc.).
Tous les trois ans, l’état écologique des masses d’eau de surface (rivières, plans d'eau, lagunes, estuaires et mers côtières) est évalué en France dans le cadre de la directive-cadre sur l’eau (DCE). Fondé sur l’analyse de paramètres de qualité physico-chimique et biologique (IBGN, macrophytes, diatomées, etc.) sur un réseau comptant plus de 11 400 sites de surveillance, l'état des écosystèmes dulçaquicoles et aquatiques littoraux est décrit. En 2021, 56,4 % de ces eaux est considéré en état moyen, médiocre ou mauvais (dont 90,7 % des masses d’eau naturelles, 7,5 % artificielles et 1,7 % fortement modifiées).
Parmi ces masses d’eau, les lacs sont évalués selon 15 critères représentatifs des cinq catégories réglementaires correspondant à l'aménagement de la zone littorale, la naturalité du substrat, les caractéristiques des flux d’eau, le temps de séjour de l'eau et la connexion aux eaux souterraines. Si leur qualité hydromorphologique n'est que peu considérée pour l'évaluation réglementaire de leur état écologique global, elle reflète de nombreuses pressions d'origine humaine s'exerçant sur ces milieux. En 2023, 61 % des lacs français présentent une qualité hydrologique et morphologique moyenne à mauvaise au regard des objectifs de la DCE. Les obstacles à l’écoulement, la suppression de la végétation aquatique constituent les deux principales altérations à l’origine de la dégradation de la qualité des habitats lacustres.
État écologique des masses d’eau de surface en 2021
Champ : France.
Source : agences et offices de l'eau, directions de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DOM), office français de la biodiversité. (rapportage DCE 2022). Traitements : OFB, 2026
Les milieux humides rendent de nombreux services écosystémiques
Les milieux humides rendent de multiples services indispensables à la fois pour l’environnement et la société. Questionnés lors de l’évaluation nationale des sites humides emblématiques 2010-2020, les enquêtés jugent ces milieux d’une importance majeure sur 92 % des sites où ils sont présents. Ils agissent comme des zones tampon naturelles, participant à la régulation des crues, à la recharge des nappes phréatiques et à l’épuration de l’eau en filtrant les polluants. Ces fonctions de régulation sont considérées comme importantes sur une majorité de sites, notamment pour la qualité de l’eau ou encore la régulation des débits.
Réservoirs de biodiversité, les milieux humides fournissent aussi des ressources exploitées par les populations (poissons, crustacés, mollusques, amphibiens et gibiers d’eau).
En plus de leur rôle écologique, ils jouent un rôle essentiel dans la régulation climatique, notamment par le stockage de carbone. Les tourbières en sont l’exemple parfait avec un stock important estimé à près de 160 millions de tonnes de carbone. Les émissions de gaz à effet de serre qu’elles seraient susceptibles de libérer en cas de dégradation ou destruction (assèchement, retournement) représentent l’équivalent de 31 millions de tonnes de carbone.
Entre 2012 et 2022, la capacité des zones humides intérieures (un type particulier de milieux humides) à retenir le carbone a poursuivi sa diminution dans l’Hexagone. Le carbone stocké de façon superficielle a diminué de 24 % (6,1 Mt en 2012 à 4,6 Mt en 2022). La surface occupée par les zones humides intérieures demeure stable (49 000 ha). Malgré leur faible contribution du fait d’une présence réduite sur le territoire (0,1 % du service écosystémique de l’ensemble des écosystèmes), les zones humides intérieures demeurent le deuxième type d’écosystème à assurer le stockage du carbone (108,4 tonnes de carbone/ha – t C/ha) derrière les forêts (158,4 t C/ha).
Les services écosystémiques rendus par les zones humides demeurent fragiles car ils reposent sur des équilibres hydrologiques et écologiques facilement perturbés par les activités humaines (urbanisation, drainage, intensification agricole, aménagements hydrauliques, etc.). Entre 2010 et 2020, l’évolution des milieux humides a conduit à une remise en cause notable des services écosystémiques fournis par les sites humides emblématiques, en particulier sur le littoral (59 % des milieux de Méditerranée, 50 % des milieux de l’Atlantique, de la Manche et de la mer du Nord).
Données
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