Le 8e programme d’action pour l’environnement (8e PAE) est le cadre général d’action de la politique environnementale de l’UE jusqu’en 2030. Ce programme comprend un objectif prioritaire à long terme consistant à vivre dans les limites de la planète d’ici 2050, et six objectifs thématiques prioritaires pour 2030 en lien avec le Pacte vert pour l’Europe. Adopté en 2022, le 8e PAE constitue un cadre de suivi des progrès réalisés dans l’atteinte de ces objectifs, à partir de 28 indicateurs disposant d’une cible. Un aperçu de la situation française, comparée à celle de l’Europe, est présenté ci-après à partir d’une sélection de 7 des 28 indicateurs.
Aires terrestres protégées : la France dépasse l'objectif européen de 30 %
En France, la part du territoire couvert par des espaces protégés n’a cessé de croître depuis 2016. Grâce à la mise en œuvre d’arrêtés de protection des habitats naturels et à l’adoption en 2021 de la stratégie nationale pour les aires protégées, 28,3 % du territoire métropolitain est couvert par des aires protégées en 2023. Cette valeur augmente encore, notamment si on inclut les outre-mer. Ainsi début 2025, la France dépasse l’objectif européen de 30 % avec 31,2 % d’espaces terrestres protégés. En Europe, 26,4 % des aires terrestres sont protégées en 2023. La tendance à la hausse observée depuis 2012 ne semble toutefois pas suffisante pour atteindre l’objectif de 30 % fixé par la stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030.
Concernant les aires marines protégées, en 2024, à l’échelle mondiale, 11,8 % d’entre elles sont françaises et sont majoritairement situées dans les territoires d’outre-mer (95 %). L’objectif fixé est de protéger au moins 30 % de la superficie maritime de l’UE d’ici 2030. En 2023, la France (35,7 %) occupe la troisième place, derrière l’Allemagne (45,4 %) et la Belgique (38,0 %).
Évolution de la part des aires terrestres protégées en France et en Europe
En %
Source : AEE, 2025. Designated terrestrial protected areas in Europe
Réduction de la production de déchets : la France en bonne voie
La France enregistre une diminution de 7 % de sa production de déchets entre 2010 et 2022. Cette production a baissé de manière continue jusqu’en 2016, puis est remontée en 2018 avant de retomber en 2020, en raison principalement du ralentissement de l’activité économique dû à la pandémie de Covid-19. En 2022, la production de déchets a de nouveau augmenté, portée en grande partie par la reprise de l’activité de construction. La France, l’Allemagne et l’Italie produisent 41 % des déchets de l’UE à 27. La France se situe dans la moyenne européenne (5,1 t/hab.) en matière de production totale de déchets par habitant.
Production totale de déchets et PIB* par habitant en France et en Europe
En indice base 100 en 2010
* Produit intérieur brut.
Source : AEE, 2025. Waste generation in Europe
La loi relative à la lutte anti-gaspillage pour une économie circulaire introduit un objectif de réduction de 5 % des quantités de déchets d’activités économiques par unité de valeur produite en 2030 par rapport à 2010. Entre 2010 et 2022, le PIB par habitant est resté stable. La production de déchets est passée de 166 kg par millier d’euros de valeur ajoutée en 2010 à 138 kg par millier d’euros de valeur ajoutée en 2022, soit une diminution de 16 %.
Émissions nettes de gaz à effet de serre, consommation finale d'énergie : une réduction à intensifier
Entre 1990 et 2024, les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la France ont diminué de 32 % (hors émissions du secteur de l’utilisation des terres, du changement d’affectation des terres et de la foresterie – UTCATF). Pour atteindre la cible européenne, la France s’est donnée pour objectif de réduire ses émissions de 50 % en 2030 par rapport à 1990. Pour y parvenir, les taux annuels moyens de réduction des émissions observés entre 1990 et 2024 devront être multipliés par un facteur d’environ 4 entre 2024 et 2030.
Émissions nettes de gaz à effet de serre en France et en Europe
En indice base 100 en 1990
Source : EEA greenhouse gases – data viewer, février 2026
La situation française, tant pour l’évolution historique des émissions que pour les efforts de réduction qui restent à accomplir, est similaire à celle de l’Europe (- 36 % entre 1990 et 2023). Cette baisse demeure toutefois insuffisante pour atteindre l’objectif de réduction de 55 % de l’UE d’ici 2030 par rapport à 1990. La France représente avec l’Allemagne, l’Italie, la Pologne et l’Espagne, les deux tiers des émissions de l’UE en 2023. Elle contribue à hauteur de 10 % à la baisse des émissions de l’UE, et l’Allemagne à 33 %.
En 2023, le secteur de l’UTCATF a absorbé 37,4 millions de tonnes équivalentes CO2 (Mt CO2 éq) en France (contre 198 Mt CO2 éq en Europe) et a ainsi compensé 10 % du total des émissions brutes de CO2. La capacité des forêts à séquestrer le CO2 diminue toutefois, sous l’effet du changement climatique, des maladies et de l’intensification des récoltes. La France se classe, aux côtés de la Roumanie, de la Suède, de l’Espagne, de l’Italie et de la Pologne, parmi les pays ayant contribué le plus fortement aux absorptions de GES du secteur de l’UTCATF au cours des dix dernières années. L’objectif de l’UE est d’atteindre, d’ici 2030, des absorptions nettes de GES de - 310 Mt CO2 éq dans le secteur de l’UTCATF.
Durant la période 2000-2024, en France, la consommation finale d’énergie a diminué à un rythme annuel moyen de 0,5 %, tandis que le PIB augmentait de 1,3 % et la population de 0,3 % par an en moyenne. Cela s’explique par des gains d’efficacité énergétique dans tous les secteurs, la tertiarisation de l’économie et une croissance de la demande des ménages plus lente que celle du PIB.
En Europe, la consommation finale d’énergie a diminué de 0,9 % en 2024 par rapport à 2023, grâce aux progrès réalisés en matière d’efficacité énergétique. Si le taux de réduction observé au cours des trois dernières années se maintient jusqu’à la fin de la décennie, l’objectif fixé pour 2030 pourrait être atteint. La France fait partie des 19 États membres de l’UE ayant diminué leur consommation finale d’énergie entre 2022 et 2023.
Consommation finale d’énergie en France et en Europe
En indice base 100 en 2005
Source : Eurostat, Bilans énergétiques simplifiés, février 2026
En France, la part des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie représente 23 % en 2024, mais elle devra atteindre 33 % en 2030 pour respecter les objectifs de la loi énergie-climat. Cette part a augmenté de 0,6 point en 2024, contre 1,8 point en 2023. Cela s’explique par une moindre croissance de la production des filières éolienne et photovoltaïque, tandis que la consommation finale brute d’énergie, qui connaissait une baisse tendancielle, augmente légèrement (+ 0,7 %).
En Europe, la part des énergies renouvelables représente 25,4 % dans la consommation finale d’énergie en 2024, en hausse de 0,8 point par rapport à 2023. Cette progression s’explique principalement par un approvisionnement accru en énergies renouvelables, mais également par une légère baisse de la consommation d’énergies non renouvelables. Toutefois, l’atteinte de l’objectif européen de 42,5 % à l’horizon 2030 impliquera de doubler le rythme de développement des énergies renouvelables observé au cours de la dernière décennie, et de transformer en profondeur le système énergétique européen.
L'empreinte carbone de la France légèrement inférieure à la moyenne européenne
En 2024, l’empreinte carbone de la France est estimée à 563 Mt CO2 éq, soit une baisse de 3,4 % par rapport à l’année 2023. Elle est composée d’émissions importées (284 Mt CO2 éq), d’émissions intérieures (180 Mt CO2 éq) et d’émissions directes des ménages (99 Mt CO2 éq). Rapportée à la population, l’empreinte carbone représente 8,2 t de CO2 éq par personne en 2024, soit une baisse de 32 % par rapport à 1990.
À l’échelle mondiale, l’empreinte carbone moyenne est estimée à 6,4 t de CO2 éq par personne en 2022. Dans certains pays (Amérique du Nord, Moyen-Orient), elle s’élève à environ 20 t CO2 éq par personne, alors que dans d’autres elle se situe à moins de 3 t de CO2 éq par personne. L’empreinte carbone moyenne d’un Français dépasse de 42 % la moyenne mondiale, mais reste légèrement inférieure à la moyenne de l’UE à 27 (10,7 t de CO2 éq par personne). Elle demeure cependant très éloignée du niveau qui doit être atteint en 2050 pour limiter le réchauffement climatique à moins de 2 °C de plus que l’ère préindustrielle d’ici 2100.
Comparaison internationale de l’empreinte carbone en 2022
Champ : GES (CO2 + CH4 + N2O + gaz fluorés).
Sources : pour les données françaises : estimations Insee-SDES et Insee pour la taille de la population ; pour les autres pays : estimations Eurostat (FIGARO) et Eurostat ou ONU pour la taille de la population
Les décès prématurés dus à l'exposition aux PM2,5 diminuent entre 2005 et 2023
Durant la période 2005-2023, le nombre de décès prématurés dus à l’exposition aux particules fines (PM2,5) a diminué de 66,4 % en France et de 57 % en Europe. L’objectif de réduction de 55 % fixé d’ici 2030 par rapport à 2005 dans le cadre du plan d’action « Zéro pollution » est donc atteint en 2023.
Impacts de la pollution atmosphérique sur la santé
En indice base 100 en 2005
Note : l’objectif de l’UE de - 55 % ne s’applique pas au niveau national.
Source : AEE, Premature deaths due to exposure to fine particulate matter in Europe, novembre 2025
Cette baisse du nombre de décès prématurés est cohérente avec l’évolution des émissions et des concentrations de PM2,5 à l’échelle française : - 53 % pour les émissions sur la période 2005-2023 et - 47 % pour les concentrations de fond urbain* sur la période 2009-2023. Ces progrès font suite à la mise en œuvre de stratégies et de plans d’action dans divers secteurs (résidentiel et industriel).
* Zone éloignée de sources de pollution importantes, en milieu urbain.
La part de l'agriculture biologique inférieure à la moyenne européenne
Depuis 1995, la mise en œuvre de plans de soutien a permis d’accroître la part des terres consacrées à l’agriculture biologique (certifiées et en conversion) de 0,4 % à 10,1 % en 2024.
La croissance a été stable jusqu’en 2022, puis s’est arrêtée avec même des baisses annuelles des surfaces en 2023 (- 1,9 %) et 2024 (- 2,2 %), principalement due à la réduction des surfaces de cultures arables. La France se situe en dessous de la moyenne européenne (10,8 % en 2023). Cette tendance demeure insuffisante pour atteindre l’objectif de 25 % fixé d’ici 2030 par la stratégie « De la ferme à la table » du Pacte vert pour l’Europe. La France vise par ailleurs 18 % d’ici 2027 dans son plan stratégique national.
En 2020, l’UE compte 9,1 millions d’exploitations agricoles. Avec 393 000 exploitations, soit 4 % du total européen, la France métropolitaine occupe la sixième place. En 2024, avec une part de 16,2 % de la production en valeur de l’UE, la France est le premier producteur agricole européen.
Part de l’agriculture biologique en France et en Europe
En %
Source : Eurostat, décembre 2025
Des défis à relever pour la France
D’après le dernier « Examen de la mise en œuvre de la politique environnementale » (EIR) publié par la Commission européenne en 2025, la France doit relever trois principaux défis majeurs :
- en matière de gestion des déchets, améliorer la collecte séparée à la source en vue de la réutilisation et du recyclage de déchets municipaux ;
- en matière de biodiversité, désigner des sites Natura 2000 avec des mesures de conservation spécifiques à chacun d’entre eux, renforcer les actions ciblant les habitats et les espèces en état de conservation défavorable ;
- en matière de pollution, mettre en place des mesures pour réduire les émissions de polluants atmosphériques, ainsi que les rejets industriels dans l’eau, et mettre en œuvre des plans d’actions pour la gestion du bruit, etc.
Données
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