Protéger l’environnement des générations futures
En 2024, pour un Français sur trois, la volonté de « laisser aux générations futures un environnement de qualité » est la principale raison d’agir à l’échelle individuelle en faveur de l’environnement.
Les enquêtés sont de plus en plus nombreux (+ 8 points en deux ans) à évoquer la protection de leur santé et celle de leurs proches comme étant leur principale motivation. Assez stable, la volonté de préserver la nature et la biodiversité est un facteur d’implication individuelle pour un Français sur cinq. Enfin, la proportion des enquêtés agissant en priorité pour limiter les conséquences du changement climatique baisse légèrement depuis deux ans (14 %).
Comme en 2023, les cadres supérieurs évoquent plus fréquemment la question du climat, tandis que les ouvriers privilégient davantage les enjeux sanitaires. Les ménages composés de trois personnes ou plus se montrent plus soucieux d’agir au profit des générations futures, alors que les personnes vivant seules citent davantage la préservation de la nature.
Motivation principale à agir en faveur de l’environnement
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Source : SDES, plateforme Environnement de l’enquête de conjoncture auprès des ménages (Camme) réalisée par l’Insee, 2020-2024
S’impliquer en fonction de ses capacités
Pour protéger l’environnement, 49 % des Français ont le sentiment d’en faire autant qu’ils le peuvent. 16 % des enquêtés jugent même en faire déjà beaucoup. À l’inverse, 32 % des personnes interrogées estiment qu’elles pourraient en faire davantage et 2 % ne jugent pas utile d’agir à l’échelle individuelle.
Chez les plus de 70 ans, le sentiment d’en faire déjà beaucoup (21 %) ou autant que possible (57 %) est particulièrement marqué, en comparaison des moins de 40 ans (12 % et 39 %). Les enquêtés de moins de 50 ans répondent plus fréquemment qu’ils pourraient en faire davantage (44 %, soit deux fois plus que les personnes âgées de 60 ans et plus).
De même, une grande partie des ménages constitués de trois personnes ou plus reconnaissent aussi qu’ils auraient la capacité d’agir plus en faveur de l’environnement (40 %, soit 12 points de plus que les ménages composés d’une ou deux personnes).
Parmi les catégories d’enquêtés qui jugent faire le plus qu’ils peuvent, les ruraux (54 %) se distinguent par ailleurs des urbains (45 %).
Évaluation personnelle de la façon d’agir en faveur de l’environnement
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Source : SDES, plateforme Environnement de l’enquête de conjoncture auprès des ménages (Camme) réalisée par l’Insee, 2020-2024
Agir individuellement : une forme d’évidence
Plus de deux Français sur trois considèrent que chacun doit s’investir le plus possible pour protéger l’environnement. Ce résultat encourageant ne saurait toutefois dissimuler le fait que la part des enquêtés répondant ainsi a diminué de 5 points en l’espace de cinq ans.
14 % des enquêtés estiment qu’ils ne disposent pas des moyens nécessaires pour agir à leur échelle et 8 % semblent attendre qu’il leur soit expliqué pourquoi ils devraient s’impliquer individuellement. Enfin, une faible minorité des Français (6 %) jugent que les problèmes environnementaux sont exagérés.
Alors que trois quarts des cadres supérieurs et professions libérales jugent que « chacun doit s’investir le plus possible », les ouvriers semblent un peu moins convaincus (- 15 points) et indiquent plus fréquemment qu’ils n’ont pas les moyens d’agir à leur niveau (17 %) et que « les problèmes environnementaux sont exagérés » (11 %). Les employés et les trentenaires ont par ailleurs un peu plus tendance à indiquer qu’ils ne disposent pas des informations qui les inciteraient à agir davantage.
Enfin, moins nombreux à être convaincus de l’intérêt d’agir autant que possible (62 %), les habitants de l’agglomération parisienne se distinguent de la majorité des enquêtés en invoquant davantage un manque de moyens ou d’informations.
Opinions sur l’engagement individuel en faveur de l’environnement
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Source : SDES, plateforme Environnement de l’enquête de conjoncture auprès des ménages (Camme) réalisée par l’Insee, 2020-2024
Le prix, un frein à l’achat de produits respectueux de l’environnement
Comme les années précédentes, les Français attendent surtout d’être convaincus que le prix des produits respectueux de l’environnement n’est pas plus élevé avant d’en acheter davantage. La part des enquêtés souhaitant en savoir au préalable davantage sur ces produits et leurs conditions d’utilisation est stable en 2024, tandis que la proportion des consommateurs attendant un élargissement de l’offre disponible baisse un peu. En dernière position, les attentes relatives à une meilleure signalétique sur ces produits restent assez rares.
Logiquement, les ouvriers se montrent nettement plus soucieux du prix (52 %) que les cadres supérieurs (33 %). Ces derniers se préoccupent moins de l’éventuel surcoût à payer, mais voudraient être mieux informés sur ces produits (27 %, contre 19 % chez les ouvriers) et pouvoir les repérer plus aisément (19 %, soit 11 points de plus que les ouvriers).
De même, plus de la moitié des enquêtés âgés de moins de 40 ans se soucient d’abord du prix, contre un tiers de ceux âgés de 70 ans ou plus. Les plus âgés se montrent davantage en attente d’informations sur ce type de produits (27 %, soit 8 points de plus que chez les plus jeunes).
Motivations pour acheter des produits plus respectueux de l’environnement
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Source : SDES, plateforme Environnement de l’enquête de conjoncture auprès des ménages (Camme) réalisée par l’Insee, 2012-2024
Une vigilance plus marquée pour les produits alimentaires
Pour 25 % des Français, la provenance géographique des produits alimentaires est un point de vigilance important lorsqu’ils font leurs courses. Ce souci de réduire la distance entre producteurs et consommateurs se révèle cependant moins marqué quand il s’agit d’acquérir des vêtements ou du mobilier. La part des Français déclarant faire systématiquement attention à la quantité de déchets induits par leurs achats reste stable au cours des dix dernières années (13 %).
Points de vigilance en matière de consommation
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Source : SDES, plateforme Environnement de l’enquête de conjoncture auprès des ménages (Camme) réalisée par l’Insee, 2024
Plus de la moitié des Français (55 %) déclarent en 2024 se soucier toujours ou souvent de la distance parcourue par les produits alimentaires qu’ils achètent, soit 9 points de plus qu’en 2010, mais en recul de 2 points par rapport à 2020. Cette attention à la provenance se révèle plus marquée chez les cadres supérieurs et professions libérales (63 %, soit 16 points de plus que chez les ouvriers), chez les enquêtés âgés de plus de 70 ans (60 %, contre 47 % chez les moins de 40 ans) et en milieu rural (59 %, contre 45 % dans l’agglomération parisienne).
Concernant les autres produits (vêtements, chaussures, meubles), la part des enquêtés déclarant consulter « toujours » ou « souvent » les étiquettes de ces marchandises, afin de connaître leur origine géographique, fluctue autour de 35 % tout au long de la décennie écoulée. Près d’un tiers des enquêtés reconnaissent ne « jamais » y prêter attention. Comme pour les produits alimentaires, une différence générationnelle et socioprofessionnelle s’observe sur ce sujet : les enquêtés âgés de plus de 60 ans et les cadres supérieurs déclarent presque deux fois plus que les enquêtés de moins de 40 ans et les ouvriers faire toujours attention à l’origine géographique de ces produits.
En 2024, 62 % des enquêtés déclarent ne pas faire régulièrement attention aux quantités de déchets générés par leur consommation. Cette forme de désintérêt pour le sujet s’avère plus élevée chez les hommes (64 %, soit 7 points de plus que chez les femmes).
Évolution des niveaux de vigilance entre 2010 et 2024
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Note : ce graphique est une déclinaison du précédent, centrée sur l’évolution des réponses « Toujours » et « Souvent ».
Source : SDES, plateforme Environnement de l’enquête de conjoncture auprès des ménages (Camme) réalisée par l’Insee, 2010-2024
Plus d’un Français sur deux déclare avoir acheté récemment un produit bio
En 2024, 56 % des Français déclarent avoir récemment acheté des produits bio, soit 23 points de plus qu’en 2008 mais en retrait de 12 points par rapport à 2020. Ce constat fait écho à la baisse des ventes (- 5 % entre 2020 et 2024) observée par l’Agence Bio. Un phénomène équivalent s’observe concernant l’achat de produits portant un label écologique. Après deux années de progression (+ 8 points entre 2018 et 2020), cet indicateur a depuis reculé de 6 points.
Réalisée au même moment, la dernière édition du baromètre des produits biologiques de l’Agence Bio montre que 40 % des enquêtés ne consommant pas de bio expliquent leur choix par le prix de ces produits. 17 % expriment par ailleurs des « doutes sur le fait qu’ils soient totalement bio » et 16 % n’y voient pas d’intérêt. Parmi les principales réserves exprimées par les enquêtés qui n’achètent pas ou peu de produits bio, il y a notamment le fait que les enquêtés ne sont pas convaincus qu’il soit vraiment possible de produire du bio de manière industrielle (16 %). Ils pensent également que les normes du bio sont trop différentes d’un pays à l’autre (16 %), que les produits bio sont forcément contaminés par les champs qui les entourent (15 %) ou que leur traçabilité est sujette à caution (14 %).
Achats de produits bio et/ou écolabellisés
Source : SDES, plateforme Environnement de l’enquête de conjoncture auprès des ménages (Camme) réalisée par l’Insee, 2008-2024
La catégorie socioprofessionnelle et le lieu de vie influent significativement sur la consommation de produits bio ou écolabellisés : 72 % des cadres supérieurs et professions libérales déclarent ainsi acheter régulièrement des produits bio, soit 31 points de plus que les ouvriers. De même, les enquêtés de l’agglomération parisienne achètent bien plus fréquemment des produits titulaires d’un label écologique que ceux vivant en milieu rural (61 % contre 49 %).
Des pratiques plus ou moins difficiles à mettre en œuvre
Afin de saisir les actions individuelles que les Français jugent les plus efficaces pour protéger l’environnement, celles qu’ils mettent en œuvre le plus fréquemment et celles qu’ils ont le plus de difficultés à intégrer dans leur quotidien, il est demandé à un échantillon représentatif de Français de citer les deux actions les plus importantes dans chacun de ces registres.
Efficacité présumée de quelques pratiques environnementales
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Note : libellé de la question posée : « Selon vous, quelles sont les deux actions individuelles les plus efficaces pour protéger l’environnement ? ».
Source : Sciences Po - SDES, baromètre Elipss Environnement, 2024
S’imposant de longue date comme la pratique environnementale incontournable, le tri des déchets ménagers reste en 2024 l’action individuelle la plus fréquemment réalisée par les Français. Levier simple à mettre en œuvre du fait de la diffusion élargie de dispositifs de tri à l’échelle municipale, cette pratique environnementale est aussi perçue comme la moins difficile à mettre en œuvre au quotidien.
Si cette action est plutôt considérée comme efficace pour protéger l’environnement, c’est toutefois la réduction de la consommation d’énergie qui arrive en tête des actions jugées les plus efficaces, même si elle est moins fréquemment mise en œuvre.
L’efficacité de ces actions individuelles est différemment perçue selon les enquêtés. Les enquêtés ayant un faible niveau de vie jugent plus favorablement la réduction des déchets (17 %, contre 6 % chez les personnes les plus aisées) mais sont peu convaincus par l’achat de produits écolabellisés (0,4 %, soit douze fois moins que les répondants les plus favorisés). De même, les ouvriers ont plus tendance que les cadres supérieurs à considérer que le tri des déchets pour le recyclage est l’action la plus efficace pour protéger l’environnement (19 %, contre 7 %).
Par ailleurs, 10 % des enquêtés les plus diplômés jugent que la façon d’agir la plus efficace consiste à consommer moins de viande, soit huit fois plus que les personnes n’ayant pas ou peu de diplômes. Enfin, les hommes répondent deux fois plus souvent que les femmes qu’aucune de ces actions n’est vraiment efficace pour protéger l’environnement.
Fréquence de mise en œuvre de quelques pratiques environnementales
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Note : libellé de la question posée : « Au quotidien, quelles sont les deux actions que vous mettez le plus fréquemment en œuvre pour protéger l’environnement ? ».
Source : Sciences Po - SDES, baromètre Elipss Environnement, 2024
L’achat de produits écolabellisés est l’action la moins souvent réalisée. Rarement citée parmi les actions les plus efficaces, elle est également considérée comme l’une des plus difficiles à mettre en œuvre. Peu citée également parmi les actions les plus efficaces et jugée très difficile, la limitation des déplacements en voiture est aussi rarement mise en application.
À l’inverse, même s’il n’est pas toujours simple pour les Français de choisir un mode de déplacement plus respectueux de l’environnement (marche, vélo ou transports en commun), cette façon d’agir est perçue comme l’une des plus efficaces et se trouve plus fréquemment mise en œuvre.
D’autres actions individuelles sont jugées plutôt aisées et efficaces, mais leur fréquence diverge : l’achat de produits locaux est ainsi plus régulièrement mis en œuvre que la réduction des déplacements en avion.
Enfin, les enquêtés trouvent assez difficile et peu efficace de réduire leur consommation d’eau ou de viande, ce qui explique probablement pourquoi ils sont peu à déclarer agir en ce sens.
Alors que les enquêtés les plus âgés mentionnent plus fréquemment réduire leur consommation d’énergie (16 %) ou d’eau (6 %), les enquêtés les plus jeunes ont davantage tendance à opter pour des modes de déplacement plus respectueux de l’environnement (23 %) ou une limitation de leur consommation de viande (13 %).
De même, les hommes citent deux fois plus souvent que les femmes la réduction de leur consommation énergétique. À l’inverse, les femmes sont deux fois plus nombreuses à modérer leur consommation de viande.
La densité des territoires de vie influe par ailleurs sur la fréquence à laquelle les enquêtés recourent aux transports en commun et aux modes de déplacements actifs : 21 % dans les grandes agglomérations contre 6 % en milieu rural.
Difficultés de mise en œuvre de quelques pratiques environnementales
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Note : libellé de la question posée : « Au quotidien, quelles sont les deux actions que vous avez le plus de difficultés à mettre en œuvre pour protéger l’environnement ? ».
Source : Sciences Po - SDES, baromètre Elipss Environnement, 2024
Logiquement, réduire l’usage de la voiture est considéré comme plus compliqué pour les enquêtés en zone rurale (40 %) que pour les personnes résidant dans l’agglomération parisienne (13 %). À l’inverse, il est jugé moins difficile d’acheter des produits locaux par les enquêtés ruraux (4 %, contre 14 % dans l’agglomération parisienne). De même, les ruraux jugent bien moins difficiles que les habitants de la région parisienne le fait de réduire ses déchets (2 % contre 9 %) ou ses consommations d’eau (4 % contre 11 %).
Si les cadres supérieurs ont davantage tendance à trouver compliqué de moins prendre l’avion (8 % contre 3 % des employés), les enquêtés les moins diplômés se distinguent de ceux qui ont atteint un haut niveau d’études en évoquant onze fois plus souvent les difficultés induites par le tri des déchets en vue de leur recyclage.
Enfin, les femmes estiment plus compliqué d’effectuer leurs trajets quotidiens en privilégiant la marche, le vélo et les transports en commun (13 % contre 6 % pour les hommes), mais elles ont moins tendance à considérer qu’il est difficile de limiter son utilisation de la voiture (25 %, soit 7 points de moins que les hommes).
Méthodologie
Les données présentées ici s’appuient sur deux dispositifs d’enquête du service statistique (SDES) du pôle ministériel :
- La plateforme Environnement est un dispositif de suivi barométrique initié par le SDES en 2008. Adossée à l’enquête mensuelle de conjoncture auprès des ménages de l’Insee (dispositif Camme), cette plateforme comprend une série de 20 questions posées chaque année (au mois de novembre) à un échantillon de 1 800 individus environ représentatif de la population résidant en France métropolitaine âgée de 18 ans et plus. Les questions visent à suivre l’évolution des préoccupations et des pratiques environnementales dans la société française.
- Le baromètre Écologie Environnement est un nouvel outil de suivi longitudinal des préoccupations et pratiques environnementales des Français. Il est piloté par le Centre des données socio-politiques (CDSP) de Sciences Po. Les données sont collectées sur internet dans le cadre du panel Elipss, auprès d’un échantillon représentatif de 1 800 personnes de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine. Ce nouveau dispositif succède depuis 2024 au baromètre bisannuel que le Crédoc réalisait précédemment à la demande du SDES.
Par nature, les pratiques recueillies dans le cadre de cette enquête sont des pratiques déclarées. Elles sont donc susceptibles d’être surévaluées par rapport aux pratiques effectives des ménages, compte tenu du mécanisme dit de « désirabilité sociale » fréquemment observé dans les enquêtes d’opinions centrées sur des sujets comme l’environnement pour lesquels il existe souvent une adhésion consensuelle. L’individu interrogé tend ainsi à répondre en adéquation avec ce qu’il juge être une valeur ou une attitude socialement valorisée.
Pour cette raison, plus que les niveaux, ce sont les évolutions des réponses au fil du temps ou les disparités entre catégories qui sont les plus riches d’enseignements. Des modifications ayant été apportées au questionnaire en 2012 et en 2020 pour améliorer les connaissances sur ces sujets, la profondeur temporelle des analyses varie selon les items.
Auteur : Éric PAUTARD, SDES
Données
Données des graphiques associés à la publication.












