Des prélèvements en eau douce en diminution de 12 % entre 2013 et 2023
Depuis le milieu des années 2000, les prélèvements d’eau douce en France métropolitaine affichent une baisse modérée et régulière. Alors qu’ils s’élevaient à 34,4 milliards de mètres cubes (Mdm3) par an dans les années 2000, ils se situent à 29 Mdm3 en 2023 (hors production hydroélectrique), soit une diminution d’environ 16 % sur vingt ans. Les prélèvements proviennent majoritairement d’eaux de surface (environ 23,7 Mdm3, soit 82 % des volumes totaux).
La répartition sectorielle des usages évolue peu : le refroidissement des centrales de production d’électricité concentre la majorité des prélèvements avec 13,1 Mdm3, soit 45 % en 2023. Cette part peut entraîner de forts impacts locaux même si l’eau ainsi prélevée est ensuite largement restituée au milieu naturel (on estime que la consommation réelle liée à ce secteur est limitée à 0,4 Mdm3). Par ailleurs, l’irrigation agricole représente environ 10 % des prélèvements (2,8 Mdm3), mais une proportion bien plus élevée de la consommation (par évaporation ou intégration dans la biomasse). L’alimentation en eau potable, destinée aux ménages et aux entreprises, mobilise 17,5 % des volumes (5,1 Mdm3), tandis que l’industrie hors énergie en prélève 7,5 % (2,2 Mdm3). Enfin, l’alimentation des canaux destinés à la navigation prélève 20 % (5,8 Mdm3).
Les usages de l’eau douce varient selon les régions. L’agriculture mobilise des volumes surtout dans le sud du pays, l’industrie prélève davantage à l’est et au nord, tandis que le refroidissement des centrales électriques concerne quelques grands sites très localisés, comme sur le Rhin ou le long des vallées du Rhône et de la Loire, qui concentrent une très grande partie des prélèvements.
Prélèvements d’eau douce par usage de 2008 à 2023
En milliards de m3
Champ : France métropolitaine.
Sources : agences de l’eau ; OFB, Banque nationale des prélèvements quantitatifs en eau. Traitements : SDES, 2026
En 2023, 83 % de l’eau prélevée en France métropolitaine (hors canaux et hydroélectricité) est restituée au milieu. L’eau non restituée, dite consommée, représente 3,8 Mdm3, soit 58 m3/habitant. L’agriculture représente à elle seule 61 % de l’eau consommée, loin devant la production d’eau potable (24 %), le refroidissement des centrales électriques (11 %) et l’industrie (4 %). Cette répartition varie d’un bassin à l’autre : la consommation agricole atteint jusqu’à 83 % en Adour-Garonne, 58 % en Loire-Bretagne, tandis que la part de l’eau potable est prédominante en Seine-Normandie (52 %).
Prélèvements et consommations par secteur et bassin hydrographique en 2023
En millions de m3
Note : prélèvements d’eau douce, hors hydroélectricité et alimentation des canaux de navigation, les prélèvements en estuaires et en mer sont exclus. L’eau consommée mesure les prélèvements d’eau nets des restitutions aux milieux aquatiques.
Champ : France métropolitaine.
Sources : OFB, Banque nationale des prélèvements quantitatifs en eau (volumes prélevés) ; EDF (données de consommation d'eau pour les centrales électriques) ; Observatoire des services publics d'eau et d'assainissement (taux de rendement des réseaux de distribution d'eau potable). Traitements : SDES, 2026
L’utilisation de l’eau en France métropolitaine présente une forte saisonnalité : les mois de juin à août concentrent environ 60 % de la consommation annuelle d’eau en lien avec les besoins d’irrigation agricole. Or la disponibilité de la ressource est plus faible durant cette période : l’eau douce transitant dans les cours d’eau ne représente alors que 15 % du volume annuel. Ce décalage saisonnier crée une pression sur les écosystèmes aquatiques et les réserves d’eau, d’autant que pour garantir une gestion durable, une part de l’eau doit être préservée pour les milieux naturels. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime ainsi qu’un minimum de 97 Mdm3 par an pour la France métropolitaine, soit 46 % de la ressource annuelle, doit être maintenu pour assurer le bon fonctionnement des écosystèmes aquatiques. Par ailleurs, le cadre des limites planétaires préconise, à l’échelle des bassins-versants, de maintenir les prélèvements en période de basses eaux dans les cours d’eau et les nappes libres en deçà d’un seuil de 25 % du débit naturel – seuil dit de « frontière locale » - et de ne pas dépasser 55 %, « limite locale » au-delà de laquelle les dommages écologiques deviennent irréversibles.
Bien qu'en 2023 les écoulements estivaux restent au-dessous des moyennes, avec un déficit de 17 %, revenir sur 2022 permet de comprendre l’ampleur des tensions que la France peut connaître. En effet, l’année 2022 a été particulièrement critique : la France a subi un étiage record de mai à décembre, conséquence de la sécheresse hivernale et de vagues de chaleur. Les écoulements estivaux de la France métropolitaine n’ont totalisé que 14,5 Mdm3, soit environ 50 % de moins que la moyenne sur la période de référence 1991-2020. Dans 4 sous-bassins-versants sur les 31 étudiés, les prélèvements en période estivale ont excédé la « frontière locale », comme chaque année depuis 2008.
La vulnérabilité des milieux aquatiques est encore accentuée lors des sécheresses estivales, nécessitant parfois des mesures de restriction et un arbitrage entre usages pour préserver l’alimentation en eau, la production agricole et le bon fonctionnement des écosystèmes. En 2022, la sécheresse prolongée a entraîné l’instauration de restrictions dans la quasi-totalité des départements métropolitains.
Le plan Eau, lancé en 2023, a pour objectif de mieux protéger la ressource en eau face à la sécheresse. Il vise à économiser la ressource, réduire les fuites, encourager la réutilisation et accompagner les secteurs les plus consommateurs. L’un des objectifs est de réduire les prélèvements de 10 % d’ici 2030 par rapport à la moyenne annuelle entre 2018 et 2020. Entre 2018 et 2020, les prélèvements totaux pour l’alimentation en eau potable, l’industrie et l’irrigation s’élevaient à 10,9 Mdm3 en moyenne annuelle. Une baisse de 10 % fixerait cette valeur à 9,81 Mdm3 en 2030.
L'empreinte matières décroît légèrement depuis 2 ans pour atteindre 13,3 t/hab par an
En 2023, la France a extrait 701 millions de tonnes (Mt) de matières premières. En ajoutant les quantités importées corrigées des exportations, la consommation apparente de matières s’élève à 803 Mt, soit 11,8 tonnes par habitant (t/hab). L’empreinte matières se situe elle à 913 Mt (13,3 t/hab). Elle excède ainsi de 14 % la consommation apparente, reflétant la consommation de biens transformés à forte intensité matière. En effet, si les importations totales atteignent 4,3 t/hab en comptabilisant les flux physiques directs, elles sont 2,2 fois plus élevées une fois exprimée en « équivalent matières premières », en intégrant les flux indirects de matières.
Composition de l’empreinte matières et de la consommation matières de la France en 2023
En Millions de tonnes
Lecture : la consommation de matières en France s’élève à 11,8 t/hab., tandis que son empreinte matières s’élève à 13,3 t/hab.
Champ : France.
Sources : SSP, Agreste ; Douanes françaises ; Eurostat. Traitements : SDES, 2025
En France, les minéraux non métalliques constituent 63 % de l’extraction, soit 6,5 t/hab, suivis par la biomasse (34 %). Les importations restent limitées pour ces deux catégories, ce que traduit une faible dépendance économique aux approvisionnements extérieurs. La situation est très différente pour les combustibles fossiles et les minerais métalliques, entièrement importés, avec une dépendance de 100 %. Les importations d’énergies fossiles s’élèvent à 1,8 t/hab en flux physiques directs, soit 40 % du total des importations. Exprimées en « équivalent matières premières », elles augmentent à 3,3 t/hab. De ce fait, leur empreinte est 50 % plus élevée que leur consommation apparente. C’est six fois plus pour les minéraux métalliques.
Extraction domestique et dépendance à l’importation de matières de la France
Extraction en millions de tonnes (axe des abscisses) et taux de dépendance en %
Lecture : en 2008, la France a extrait 1,8 Mt d’énergies fossiles sur son territoire, la dépendance aux importations est de 99 %.
Note 1 : les besoins apparents en matière de l’économie représentent l’ensemble des matières entrant physiquement dans l’économie, c’est-à-dire l’extraction et les importations.
Note 2 : la dépendance de l’économie à l’importation de matières correspond au rapport entre les importations et les besoins apparents de matières.
Champ : France.
Source : SDES. Traitements : SDES, 2025
Après avoir culminé à 17,2 t/hab en 2008, l’empreinte matières de la France s’est repliée jusqu’en 2015. Elle atteint son point le plus bas à 12,8 t/hab en lien avec la contraction de l’activité du secteur de la construction consécutive à la crise de 2008 prolongée par celle des dettes souveraines en Europe. Puis l’empreinte a rebondi, revenant en 2019 quasiment à son niveau de 2009. Lors de la crise sanitaire de 2020, l'empreinte matières a chuté du fait de l’arrêt de l’activité économique (13,6 t/hab.). Après un rebond en 2021, elle décroît de nouveau pour revenir en 2023 au-dessous de son niveau de 2020. Au total, l’empreinte matières a diminué de 17 % depuis 2008. Cette évolution s’explique notamment par la réduction de l’empreinte des combustibles fossiles (- 56 % entre 2008 et 2023) qui représente à elle seule 55 % de la baisse totale toutes matières confondues, en lien avec les efforts entrepris pour limiter la dépendance aux énergies fossiles.
Composition de l’empreinte matières de 2008 à 2023
En tonnes par habitant
Lecture : en France en 2023, l’empreinte matière s’élève à 13,3 t/hab. dont 6,9 t/hab. de minéraux non métalliques.
Champ : France.
Sources : SDES ; Eurostat (RME tool), Traitements : SDES, 2025
Si l’extraction intensive de matières premières non renouvelables épuise les milieux et suppose le recours à des procédés dommageables pour l’environnement, la production de ressources renouvelables telles que la biomasse n’est pas non plus sans enjeu.
Les usages de la biomasse excèdent déjà largement la dimension alimentaire et sont amenés à s’étendre. Ainsi, la biomasse est déjà la première des énergies renouvelables avec une production primaire de 168 TWh en 2024 .Or, sa disponibilité n’est pas illimitée, notamment face à la concurrence des usages entre alimentation, énergie et construction. En parallèle, la production de biomasse peut être remise en cause à la suite du changement climatique. Ainsi la forêt française, malgré une expansion de sa surface, voit son taux de mortalité doubler (16,7 Mm3/an pour 2015-2023 contre 7,4 Mm3/an pour 2005-2013), entravant sa capacité de renouvellement.
La consommation d'espace naturel, agricole ou forestier est à son plus bas niveau en 2023
L’artificialisation des sols entraîne des effets négatifs tant sur le plan écologique comme la perte de biodiversité, l’augmentation du risque de ruissellement ou la réduction des capacités de stockage du carbone, que sur le plan socio-économique avec notamment la baisse du potentiel de production agricole ou l’allongement des temps de déplacements du fait de l’étalement urbain.
En 2023, selon le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema), 19 263 hectares (ha) d’espaces naturels, agricoles et forestiers (ENAF) ont été consommés, le plus bas niveau depuis le début du suivi en 2009, en baisse pour la deuxième année consécutive, de 8 % au total par rapport à 2022. La consommation d’espaces est passée de près de 31 000 ha en moyenne annuelle entre 2009 et 2011, à environ 20 000 ha/an durant la période 2019-2023.
Consommation d’espaces par usage, au niveau national, entre 2009 et 2023
En nombre d’hectares
Source : Cerema, analyse de la consommation d'espaces du 1er janvier 2009 au 1er janvier 2024
La consommation d’ENAF concerne majoritairement les communes littorales et les aires urbaines des métropoles. À l’échelle nationale, ce sont surtout l’Ouest et le sud de la France, ainsi que les périphéries des grandes métropoles comme Lyon, Marseille ou Nantes qui absorbent une grande part de ces espaces. Le phénomène est par ailleurs très localisé : en 2022, 5 % des communes concentrent 37 % de la consommation totale d’espaces (source : Cerema). Les utilisations de ces espaces diffèrent assez largement selon les territoires.
Dans les départements du nord-est de la France, y compris l’Île-de-France, où la densité d’habitat est déjà élevée, la part destinée à l’habitat est relativement plus faible. À l’inverse, la consommation à des fins d’activités économiques (logistiques, commerces, industrie, bâtiments agricoles) est relativement plus importante.
La loi Climat et Résilience de 2021 fixe un objectif de « zéro artificialisation nette des sols » en 2050, avec un objectif intermédiaire de réduction de moitié de la consommation d’espaces pour la période 2021-2031, par rapport à la décennie 2011-2021. Au rythme actuel, le Cerema note que le palier observé reste au-dessus de la trajectoire nécessaire avec le risque de non atteinte de l’objectif intermédiaire si la baisse ne s’accélère pas.
Consommation normalisée d’ENAF* entre 2009 et 2023 à l’échelle départementale
En % de la surface départementale
* Espaces naturels, agricoles et forestiers.
Source : Cerema, fichiers fonciers 2009-2023
Données
Données associées à l'article sous forme de tableaux et graphiques.









