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Pressions de l'agriculture sur l'environnement en France - État des connaissances en 2025

Environnement
Publié le 27/03/2026
L’agriculture joue un rôle central pour nourrir les Français mais également dans l’aménagement du territoire, l’économie rurale et la gestion des ressources naturelles. Ce secteur est source de production alimentaire, de biomasse et de services écosystémiques. Cependant, il est également générateur de pressions sur l’environnement via la consommation de ressources naturelles (eau, sol, etc.), les émissions de polluants (utilisation d’intrants, labourage), les émissions de gaz à effet de serre, et la destruction d’habitats naturels.

La France, 1er pays producteur agricole européen

En 2023, la France, avec 26,8 millions d’hectares (ha) de surface agricole utile (SAU), représente 18 % de la SAU de l’Union européenne (UE). Elle occupe le 1er rang de la production agricole européenne avec 18 % en valeur de la production de l’UE (86,7 milliards d’euros). En volume produit, la France est le 1er pays pour la production de céréales, de viande, de sucre, de vin ou de lin, le 3e pays pour les légumes frais et les volailles et le 5e pays pour les fruits frais de table.

La production de biomasse issue de l’agriculture croît de 7 % entre les moyennes annuelles des périodes 1990-1994 et 2013-2018 puis se contracte de 6 % entre la période 2013-2018 et 2019-2023. Cette évolution est marquée par de fortes variations, principalement liées aux conditions météorologiques. Entre 1990-1994 et 2019-2023, la production de céréales a augmenté de 13 %, celle de cultures sucrières de 3 % et celle de paille de 16 %. En revanche, entre ces deux mêmes périodes, la production de légumineuses a chuté de 74 %, tandis que celle des fruits a diminué de 22 %. Les céréales et la biomasse pâturée demeurent les principales sources de production domestique, représentant chacune 28 % du total sur l’ensemble de la période.

 
Extraction domestique de biomasse issue de l’agriculture sur la période 1990-2023
En millions de tonnes

© SDES

Notes : « culture annuelle » regroupe céréales, cultures oléagineuses, légumineuses, légumes, cultures fourragères, paille, fibres, racines et tubercules, cultures sucrières ; « Culture permanente » regroupe fruits et noix ; « Autres » regroupe tabac, houblon, plantes aromatiques et médicinales.
Champ : France.
Source : Agreste. Traitements : SDES, 2025

 
Le volume des importations de biomasse issue de l’agriculture progresse de façon régulière, doublant quasiment entre les périodes 1990-1994 et 2019-2023, de 11 millions de tonnes (Mt) à 20 Mt par an. En ce qui concerne les exportations, leur évolution dépend étroitement de la production domestique, ce qui les rend sensibles aux variations annuelles dues aux conditions météorologiques. Entre les deux mêmes périodes quinquennales, on constate toutefois une légère hausse de 42 Mt à 45 Mt.

La moitié du territoire hexagonal consacré à l'agriculture

Entre 1982 et 2023, la part des terres agricoles en France métropolitaine est passée d’environ 55 % à 50 %, soit une perte de près de 2,4 millions d’hectares (Mha), selon l’enquête Teruti. En moyenne, cela équivaut à une baisse d’environ 60 000 ha chaque année à la suite de l’artificialisation, induite par l’étalement urbain, l’essor des infrastructures (routes, parkings, etc.) et des zones commerciales ou résidentielles et à la déprise agricole.

Malgré la perte générale de surfaces agricoles entre 1982 et 2023 (- 8 %), les cultures annuelles et de légumes continuent de s’étendre (+ 14 %) et occupent 51 % des sols agricoles en 2023. En revanche, les surfaces toujours en herbe, les « prairies temporaires et jachères » et les cultures permanentes qui représentent respectivement 33 %, 10 % et 5 % des sols agricoles en 2023, ont reculé respectivement de - 19 %, - 36 % et - 20 %. Les autres sols agricoles représentent, quant à eux, toujours moins de 1 %.


Part des terres agricoles en France métropolitaine de 1982 à 2023
Surfaces en millions d’hectares

© SDES

Note : données rétropolées.
Champ : France métropolitaine.
Source : enquête Teruti (2021-2023), service de la statistique et de la prospective (SSP), ministère de l’Agriculture. Traitements : SDES, 2025

24 % des exploitations agricoles ont des superficies irrigables

En 2023, en France métropolitaine, la surface agricole irrigable (équipée pour pouvoir irriguer), hors micro-exploitations, s’élève à 2,7 Mha, selon l’enquête sur la structure des exploitations agricoles. Elle représente 11 % de la surface agricole utile (SAU), contre 9 % environ en 2000 et 2010. En 2023, 24 % des exploitations hors micro-exploitations en France métropolitaine ont des superficies irrigables dont 42 % à partir d’un réseau collectif et 18 % d’un réservoir d’eau ou retenue collinaire. L’aspersion est la technique prédominante (89 %), suivie de la micro-irrigation (8 %) puis l’irrigation gravitaire (3 %). En 2023, environ 6 % des surfaces agricoles utilisées en France, soit près de 1,5 Mha, ont été effectivement irriguées, moins qu’en 2020 (7 %).

 
Volume de prélèvements d’eau douce par l’agriculture en 2023

© SDES

Sources : Office français de la biodiversité (OFB) ; Banque nationale des prélèvements quantitatifs en eau (BNPE). Traitements : SDES, 2026


Les prélèvements pour les usages agricoles, essentiellement liés à l’irrigation, représentent 10 % des volumes d’eau prélevés en 2023 en France métropolitaine, soit 2,8 milliards de m3. Plus que tous les autres, les prélèvements agricoles sont soumis aux aléas des précipitations et concernent surtout la moitié sud du pays et, dans une moindre mesure, le Centre-Ouest. Cette eau est en majorité puisée en eaux de surface (61 % en 2023), avec cependant une situation contrastée entre le Sud, où les eaux de surface sont majoritaires (plus de 85 % des volumes prélevés), et les bassins du Centre et de l’Ouest, où la proportion est inverse (plus de 85 % de prélèvements en eaux souterraines). Les prélèvements particulièrement importants dans les Bouches-du-Rhône correspondent à de l’irrigation de surface pour les prairies permanentes (pâturages et prés) qui représentent 35 % des surfaces irriguées de ce département et pour la culture du riz, qui représente 18 % des surfaces irriguées.


Surface agricole irrigable et part des surfaces irriguées en 2023

© SDES

Source : enquête sur la structure des exploitations agricoles 2023. Traitements : SDES, 2025

Des progrès dans la consommation d'intrants agricoles

L’agriculture utilise de nombreux intrants pour produire notre alimentation : carburants, engrais, produits pharmaceutiques (pour les animaux ou les végétaux). Certains engrais comme les engrais azotés sont produits à partir de gaz naturel (méthane) ; d’autres sont extraits dans les sols comme le phosphore ou la potasse. L’azote, le phosphore et le potassium sont les trois fertilisants indispensables à la croissance des végétaux. Toutefois, si leurs apports sont supérieurs aux besoins des végétaux, les surplus peuvent nuire à la qualité des milieux (nitrates dans l’eau, ammoniac dans l’air, phénomène d’eutrophisation).

Après avoir beaucoup augmenté entre les années 1970 et 1990, la quantité totale d’azote vendue atteint 2,6 millions de tonnes (Mt) durant la campagne 1991-1992, puis diminue pour passer en dessous de la barre des 2 Mt en 2020-2021 et atteindre 1,9 Mt en 2023-2024. Les plans d’aide aux agriculteurs, les actions mises en œuvre dans les zones vulnérables et les mesures visant à mieux valoriser les effluents d’élevage permettent progressivement de lutter contre le lessivage des nitrates. En 2022, les surplus bruts d‘azote atteignent 30 kg par hectare (kg/ha), l’un des niveaux les plus faibles enregistrés depuis 2010, juste au-dessus de celui de 2021 (28 kg/ha). Les livraisons de phosphore sont également en nette diminution. Elles passent de 2,2 Mt en 1972-1973 à 0,3 Mt en 2022-2023. Le bilan 2022 s’établit à 2,2 kg/ha, un niveau stable, comparable aux moyennes des périodes 2010 2014 et 2017-2021.


Évolution des livraisons de phosphore et d’azote et des surplus d’azote
En milliers de tonnes (à gauche) et en kg/ha de SAU totale (à droite)

© SDES

Champ : France hors DROM.
Source : Agreste


Depuis le début des années 2010, la quantité totale de produits phytopharmaceutiques, appelés plus communément « produits phytosanitaires », vendues en France fluctue autour de 68 000 t (substances actives), avec des variations annuelles marquées, liées aux conditions climatiques et aux comportements de stockage. La tendance est à la baisse depuis deux ans.

En 2023, les ventes s’établissent à 65 600 t, en baisse de 3,3 % par rapport à 2022 et - 6,3 % par rapport à 2021. On distingue les substances dites « conventionnelles », provenant souvent de l’industrie chimique et pétrochimique de synthèse et, celles utilisables en agriculture biologique (UAB) et en produits de biocontrôle dont l’usage est amené à se développer en remplacement des substances de synthèse grâce à la réglementation et aux recherches de substitution. Les ventes de substances conventionnelles reculent, passant de 52 200 t (2010-2019) à 42 900 t (2020-2023), tandis que celles des substances UAB/biocontrôle atteignent 23 800 t en 2023 (contre 10 300 t en 2010). Elles représentent plus de 36 % des ventes en 2023, contre 17 % en 2010.

9 % des sols agricoles restent nus en hiver

Le maintien de la couverture végétale du sol, notamment en hiver, est reconnu comme un moyen efficace de limiter l’érosion des sols. C’est également un moyen efficace de restituer des éléments nutritifs comme l’azote et d’augmenter le taux de matière organique du sol. Dans les zones vulnérables aux nitrates, le maintien d’un couvert végétal permanent des parcelles est obligatoire.

En 2021, la part des surfaces en sol nu en hiver est en moyenne de 9 % avec de fortes variations selon les cultures : 42 % durant l’hiver précédant l’implantation de soja à 4 % pour la betterave sucrière pour des surfaces d’environ 125 000 ha et 379 000 ha. Le maïs fourrage et le maïs grain, qui occupent de grandes surfaces (2,4 Mha totaux), gardent respectivement 24 et 35 % de leur surface nue en hiver avant implantation. Cette part importante tend à s’expliquer en partie par une durée souvent très courte entre l’enlèvement tardif du maïs et la nouvelle culture de printemps.


Part des sols de grandes cultures nus pour l’hiver 2020-2021 selon le type de cultures implantées au printemps 2021 et part d’implantation réalisée sans labour
En % des surfaces implantées

© SDES

Champ : parcelles semées à partir du 1er février 2021.
Source : Agreste, Enquête pratiques culturales en grandes cultures, 2021

21 % des gaz à effet de serre émis en France proviennent de l'agriculture

L’agriculture contribue pour une part significative aux émissions nationales de gaz à effet de serre (GES), ainsi qu’à celles de certains polluants atmosphériques.

En 2024, avec 75,5 millions de tonnes équivalentes CO2 (Mt CO2 éq), dont 42,5 Mt CO2 éq de CH4, 21,8 Mt CO2 éq de N2O et 11,1 Mt CO2 éq de CO2, les rejets de l’agriculture et de la sylviculture représentent 20 % des émissions nationales de GES, soit le deuxième secteur d’activité le plus émetteur après les transports (34 %).

L’agriculture est le principal contributeur aux émissions nationales de N2O (81 %) et de CH4 (71 %). Les rejets de N2O, qui représentent 29 % des émissions de GES de l’agriculture, résultent des réactions de nitrification dénitrification de l’azote provenant de l’épandage d’engrais minéraux ou organiques sur les sols pour leur fertilisation et des déjections des animaux. Les émissions de CH4 (56 % des émissions de GES de l’agriculture) proviennent de l’élevage de ruminants, principalement bovins (86 %). Ces animaux disposent d’une digestion particulière qui leur fait éructer du CH4 (fermentation entérique). La gestion, en fumier ou en lisier, des déjections des animaux, riches en matières organiques, émet également du CH4 lors de leur fermentation. Les émissions de l’agriculture ont diminué de 19 % depuis 1990, principalement en raison de la réduction de 22 % du cheptel de bovins et de la baisse de la fertilisation minérale des sols.

S’agissant des polluants atmosphériques, en 2024, l’agriculture contribue à la quasi-totalité  (96 %) des émissions nationales d’ammoniac (NH3). Cette substance provient essentiellement de l’épandage de fertilisants minéraux et organiques, de la gestion des déjections animales en bâtiment et à leur stockage, des animaux à la pâture. Depuis 1990, les émissions de NH3 de l’agriculture ont diminué de 26 %, avec une baisse notable entre 2018 et 2022. Ces progrès récents s’expliquent en grande partie par la réduction du cheptel bovin et des quantités d’engrais azotés minéraux épandus en lien notamment avec la hausse des prix des engrais.

L’agriculture rejette également des particules dans l’air, de manière directe et indirecte (formation de particules par réactions chimiques entre des polluants déjà présents dans l’air dont le NH3). Les activités liées aux cultures émettent de grosses particules, alors que les particules les plus fines et le carbone suie proviennent de phénomènes de combustion. Les activités agricoles rejettent également des composés organiques volatils non méthaniques (COVNM) – (40 % en 2024), principalement par la gestion du fumier, la fermentation des fourrages et le fonctionnement biologique des cultures.


Principales contributions de l’agriculture aux émissions nationales de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques en 2024(e)
En %

© SDES

(e) : estimation préliminaire.
Note : TSP : particules totales en suspension ; BC : carbone suie ; HCB : hexachlorobenzène.
Champ : pour les GES (CO2 éq, CH4 et N2O) : France métropolitaine et outre-mer appartenant à l’UE ; pour les polluants atmosphériques (NH3, TSP, COVNM, NOx, PM10, BC et HCB) : France métropolitaine.
Source : Citepa, inventaire au format Secten, avril 2025

Moins de 1 % des déchets provient de l'agriculture

En 2022, le secteur agricole français (agriculture, pêche et sylviculture) a produit 2,5 Mt de déchets, soit une part relativement faible de la production nationale (0,7 %), avec des contributions significatives pour certains types de déchets spécifiques.

Les déchets non minéraux non dangereux générés par le secteur agricole représentent 86 % des déchets agricoles et 2,3 % du total national pour cette catégorie. Au sein de ces déchets, les déchets végétaux dominent largement : ils comptent pour 53 % des déchets non minéraux non dangereux agricoles, soit 13 % des déchets végétaux produits à l’échelle nationale. Ils sont suivis par les déchets animaux et alimentaires en mélange qui forment 23 % des déchets agricoles non minéraux non dangereux, correspondant à 16 % du total national. Les effluents d’élevage (fèces, urines et fumiers) ne constituent que 14 % des déchets agricoles non minéraux non dangereux mais représentent à eux seuls 39 % des effluents produits à l’échelle nationale. La présence de déchets plastiques (6 % des déchets plastiques nationaux) s’explique par l’usage de bâches agricoles, de filets, de gaines d’irrigation ou d’emballages plastiques pour les produits phytosanitaires. Quant aux déchets de caoutchouc, ils sont essentiellement constitués de pneus usagés, utilisés pour maintenir les bâches d’ensilage ou sur les engins agricoles.

Les déchets dangereux générés par le secteur agricole représentent 14 % des déchets agricoles et 3 % du total national de cette catégorie. Parmi eux, les véhicules retirés de la circulation représentent 16 % du total national en raison du remplacement périodique des tracteurs et autres engins agricoles (moissonneuses-batteuses, machines à vendanger…). Les piles et accumulateurs usagés, ainsi que les équipements électriques ou électroniques hors d’usage reflètent la mécanisation et la digitalisation du secteur.


Volumes et part relative des déchets agricoles en 2022

© SDES

Champ : France.
Source : SDES, règlement statistique déchets, juin 2025

L'agriculture biologique, plus respectueuse des ressources et de l'environnement

Les principes fondamentaux de l’agriculture biologique reposent sur la non-utilisation de produits chimiques de synthèse et d’organismes génétiquement modifiés, le recyclage des matières organiques, la rotation des cultures, la lutte biologique et dans le respect du bien-être animal. Ces pratiques réduisent significativement les externalités négatives en matière de préservation des ressources naturelles, du climat et de la santé humaine par rapport à l’agriculture conventionnelle. Pour être certifiés en agriculture biologique, les agriculteurs engagés doivent respecter des cahiers des charges rigoureux, définis par des réglementations européenne et nationale.

En 2024, près de 62 000 exploitations agricoles sont engagées en agriculture biologique pour une SAU de 2,71 Mha, dont environ 280 000 ha en conversion, soit 10,1 % de la SAU totale en France. Après avoir connu une forte hausse, notamment depuis le milieu des années 2010, les surfaces cultivées selon le mode biologique se rétractent légèrement depuis 2023 du fait de la baisse des surfaces en conversion.

L’agriculture biologique est préconisée dans les aires d’alimentation de captage afin de limiter la quantité de pesticides dans les eaux brutes et, par voie de conséquence, dans l’eau potable. Selon l’Agence Bio, les aires d’alimentation de captage ne comptent en moyenne que 9 % de surfaces agricoles en bio. Seules 4 aires sur 1 378 ont 100 % de surfaces agricoles en bio.

Données

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