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Qualité des eaux superficielles et souterraines en France - État des connaissances en 2025

Environnement
Publié le 04/03/2026
Les eaux superficielles et souterraines subissent des pressions environnementales constantes, compromettant leur qualité et leurs usages. Ces ressources, essentielles à l’alimentation en eau potable, à la préservation des écosystèmes aquatiques et au développement des activités économiques, sont exposées à des pressions diverses : les rejets industriels, les résidus de pesticides et d’engrais agricoles, ainsi que les déchets domestiques mal traités. La pollution des nappes phréatiques, souvent diffuse et persistante, pose un défi particulier en raison de sa détection et de son traitement complexes.
Les données récentes révèlent une amélioration progressive, mais insuffisante, de l’état des masses d’eau. En 2022, l’état écologique était bon ou très bon pour 44 % des masses d’eau de surface (contre 41 % en 2010) et l’état chimique était bon pour 68 % des masses d’eau superficielles et souterraines (contre respectivement 51 % et 59 % en 2010).

Pas d'amélioration de la qualité des eaux en nitrates

Les milieux aquatiques accumulent les surplus résultant de la fertilisation minérale et organique des cultures. Malgré les plans d’aide aux agriculteurs, les actions mises en œuvre dans les zones vulnérables et les mesures visant à mieux valoriser les effluents d’élevage et à lutter contre le lessivage des nitrates, les teneurs en nitrates dans les eaux de surface restent globalement stables. Aucune évolution notable n’est détectable, que ce soit sur le long terme (entre 2000 et 2023) ou sur la période récente (entre 2014 et 2023). Les concentrations oscillent autour de 3 milligrammes d’azote par litre (mg(N)/L). Les valeurs les plus élevées s’observent sur une grande moitié nord de la France métropolitaine, notamment en Bretagne et en Normandie.
Pour les eaux souterraines, après avoir augmenté de manière significative jusqu’en 2013, l’évolution des concentrations en nitrates ne présente aucune tendance depuis. Sa moyenne nationale est de l’ordre de 29 mg de nitrates par litre. Toutefois, le niveau de contamination des nappes par les nitrates présente de fortes disparités territoriales, la moitié nord de la France étant comme pour les eaux de surface la plus exposée à cette pollution.


Concentration en nitrates dans les eaux souterraines d’horizon 1 sur la période 2021-2023

© SDES

Note : l’horizon 1 correspond aux masses d’eau les plus proches de la surface terrestre.
Champ : réseau de surveillance RCS/RCO/AEP ; seules les stations de surveillance reliées aux masses d'eau les plus proches de la surface sont prises en compte dans ce calcul.
Source : système d'information sur l'eau, base de données ADES. Traitements : SDES, 2025

Net progrès pour le phosphore et le phosphate dans les eaux

Entre les périodes 2000-2002 et 2021-2023, la concentration moyenne du phosphore total dans les eaux de surface a diminué de 36 % passant de 0,19 à 0,12 mg(P)/L. Le phosphate suit une trajectoire similaire avec une réduction de 32 % sur l’ensemble de la période (de 0,10 à 0,069 mg(P)/L).

Ces évolutions sont le résultat d’actions visant à réduire les apports phosphorés. L’analyse temporelle fine pour ces deux paramètres identifie l’année 2014 comme année de rupture, avec une forte diminution suivie d’une stabilisation. Comme dans le cas des nitrates, la plupart des zones les plus atteintes sont situées au Nord.


Évolution des indices phosphore total et phosphate dans les eaux de surface
En indice base 100 en 2000

© SDES

Champ : France métropolitaine ; réseau de surveillance RCS/RCO.
Source : système d'information sur l'eau, base de données Naïades. Traitements : SDES, 2025

Contamination des eaux de surface par les pesticides

L’indice des pressions toxiques cumulées (IPTC) mesure l’exposition des cours d’eau aux pesticides. Un IPTC supérieur à 1 indique un risque avéré pour les écosystèmes aquatiques. Entre 2021 et 2023, les disparités sont marquées entre les grands bassins hydrographiques, avec trois profils principaux.

En Artois-Picardie et Seine-Normandie, certains sous-bassins présentent plus de 80 % de cours d’eau avec un IPTC supérieur à 1. En Rhin-Meuse, la part de cours d’eau impactés est modérée mais non négligeable. En Rhône-Méditerranée-Corse, elle est globalement faible (< 20 % sur la Durance, l’Isère ou le Gard), sauf sur la Saône (66 %).

En Adour-Garonne, des sous-bassins peu touchés (Dordogne : 9 %) contrastent avec d’autres fortement exposés (Adour : 57 % ; Garonne : 47 %). Le bassin Loire-Bretagne présente des zones critiques (Monts du Lyonnais : 70 % ; Loire aval : 55 %) et d’autres plus préservées (Loire amont : 18 % ; côtiers bretons : 22 %). En outre-mer, les écarts sont encore plus marqués : la Guadeloupe et la Martinique dépassent 80-100 %, contre 0-20 % en Guyane, à La Réunion et à Mayotte, reflétant des contextes agricoles et climatiques distincts.


Part des cours d’eau surveillés dont l’IPTC-pesticides dépasse 1 sur la période 2021-2023

© SDES

Note : le cumul des pressions toxiques exercées par les pesticides est considéré comme élevé lorsque l’IPTC (indice des pressions toxiques cumulées) dépasse 1. Résultats provisoires.
Sources : Eaufrance ; Ineris. Traitements : SDES, 2025

Eaux souterraines : un large panel de micropolluants à l'origine de dépassements des seuils

Les eaux souterraines sont également affectées par les pesticides, que ce soit en France métropolitaine ou dans les DROM. Comme pour les eaux de surface, la moitié nord de la France est la plus exposée à la contamination des eaux souterraines par les pesticides, en particulier dans les bassins Seine-Normandie, Rhin-Meuse et Artois-Picardie. Le bassin Loire-Bretagne l’est également, principalement dans sa partie Est, avec des zones de grandes cultures (Beauce, Berry).


Répartition surfacique des masses d’eau souterraines de niveau 1 selon le nombre de pesticides à l’origine de dépassements des seuils de qualité, sur la période 2021-2023, par bassin hydrographique
En %

© SDES

Lecture : dans le bassin Adour-Garonne, 59 % de la surface des masses souterraines du niveau 1 ne font l’objet d’aucun dépassement de valeurs de seuils de qualité, contre un peu plus de 30 % pour lesquelles entre 1 et 5 substances sont à l’origine de dépassements.
Note : seules les analyses issues des réseaux de surveillance des agences et offices de l’eau et du réseau du contrôle sanitaire de l’eau destinée à la consommation humaine sont prises en compte. Seules les substances recherchées dans plus de 10 % des prélèvements sont prises en compte. Par masse d’eau de niveau 1, on entend les masses d’eau dont au moins 25 % de leur surface se trouve dans l’horizon le plus proche de la surface terrestre.
Source : BRGM/ADES - Extraction 2025. Traitements : SDES, 2025


Sur la période 2021-2023, les principaux dépassements de normes sont le fait de substances interdites depuis de nombreuses années ou de leurs métabolites. C’est notamment le cas de la chlordécone (interdite en 1993), de l’atrazine (2003), de la chloridazone (2020), du mancozèbe (2021), ou du bentazone (2022). Par ailleurs, près de la moitié des masses d’eau souterraines voit leur concentration totale en pesticides dépasser le seuil de qualité de 0,5 µg/l.

La surveillance des eaux souterraines porte également sur d’autres micropolluants comme les solvants, les HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques), les PFAS (per- et polyfluoroalkylées), les résidus pharmaceutiques, les métaux ou d’autres composés physico-chimiques. Les analyses conduites sur la période 2021-2023 révèlent également leur présence dans les eaux souterraines.


Répartition surfacique des masses d’eau souterraines de niveau 1 selon le nombre de micropolluants autres que les pesticides à l’origine de dépassement des seuils de qualité, sur la période 2021-2023, par bassin hydrographique
En %

© SDES

Lecture : 88,7 % de la surface des masses d'eau du niveau 1 du bassin Adour-Garonne ne fait l'objet d'aucun dépassement de valeurs seuil pour les micropolluants autres que les pesticides.
Note : seules les analyses issues des réseaux de surveillance des agences et offices de l'eau et réseau du contrôle sanitaire de l'eau destinée à la consommation humaine sont prises en compte. Seules les substances recherchées dans plus de 10 % des prélèvements sont prises en compte. Par masse d’eau de niveau 1, on entend les masses d’eau dont au moins 25 % de leur surface se trouve dans l’horizon le plus proche de la surface terrestre.
Source : BRGM/ADES - Extraction 2025. Traitements : SDES, 2025

Fermeture des captages liée à la dégradation de la qualité de l'eau

En 2025, la France compte 37 788 captages actifs et destinés à la production d’eau potable (adduction collective publique : 32 508, adduction collective privée : 3 392 ; activité agroalimentaire : 1 383, eau conditionnée : 276 ; usage thermal : 229). 36 207 d’entre eux prélèvent l’eau dans les eaux souterraines.

Chaque année, ce patrimoine se réduit du fait de l’abandon de certains équipements. Ainsi, sur la période 1980-2025, près de 14 640 captages ont été fermés.

La première cause d’abandon sur cette période incombe à la dégradation de la qualité de la ressource en eau (31,9 % des situations). Les autres motifs concernent la rationalisation des réseaux de production et de distribution (27 %), des problématiques administratives (15,2 %), des débits de production trop faibles (8,6 %), des dégradations ou une vétusté trop importante des équipements (7 %) ou l’impossibilité d’assurer la protection de la ressource (5,3 %). La cause de l’abandon n’est pas connue pour 5 % des cas.

Parmi les captages abandonnés en raison de la dégradation de la qualité de la ressource sur la période 1980-2025, 41,6 % le sont du fait de teneurs excessives en nitrates et/ou pesticides, 23,1 % pour des raisons de microbiologie, 7,1 % du fait de présence d’arsenic, 6,5 % pour des excès de turbidité de l’eau et 21,7 % à cause d’autres paramètres en excès (hydrocarbures, sulfates, solvants, fer, manganèse, sélénium, fluorures et fluor, etc.).

Depuis le milieu des années 2010, la part des fermetures de captage pour cause de pollution excessive ou de qualité dégradée avoisine 20 %, la rationalisation des réseaux, la vétusté des installations, les problèmes liés au débit étant dorénavant à l'origine des principales causes de fermeture des captages d'eau.


Évolution du nombre de captages d’alimentation en eau potable fermés sur la période 1980-2025 et leurs principaux motifs d’abandon
En nombre de captages

© SDES

(p) = provisoire.
Note : par simplification, le motif d'abandon « Qualité autres paramètres » regroupe l’arsenic, les hydrocarbures et les autres paramètres non cités ; le motif d’abandon « Rationalisation ou assimilé » regroupe les motifs Rationalisation, Administratif, Débit, Technique, Vétusté, Dégradé, Captage improtégeable.
Champ : France entière. Captages eaux souterraines et superficielles.
Source : BRGM/ADES, extraction au 15 juillet 2025. Traitements : SDES, 2025

L'assainissement des eaux usées : premier poste de dépenses dans la lutte contre la pollution

En France, un large éventail de mesures est financé par les acteurs économiques (ménages, entreprises, administrations publiques, associations) pour lutter contre la pollution des eaux, qu’elles soient superficielles ou souterraines. L’assainissement des eaux usées, la prévention et la surveillance des pollutions des sols et des masses d’eaux, ainsi que la dépollution des sites et sols pollués, sont autant d’initiatives visant à éviter ou à réduire cette pression sur les milieux naturels.

En 2023, un montant de 18,4 milliards d’euros a été alloué à ces objectifs, excluant la protection des eaux marines. L’assainissement des eaux usées apparaît comme le principal domaine de dépenses dans la lutte contre la pollution des eaux en France, représentant 88 % du montant total alloué à cette cause.

La crise sanitaire de 2020 a induit une baisse de 3,9 % des moyens financiers déployés pour lutter contre la pollution des eaux, en raison principalement d’une baisse de l’utilisation du service public d’assainissement des eaux usées par les entreprises (- 350 M€) et les collectivités locales (- 500 M€) pendant les périodes de confinement cette année-là.

Malgré cela, d’une manière plus globale, les moyens financiers déployés pour lutter contre la pollution des eaux ont augmenté de 3,0 % par an en moyenne, sur les sept dernières années (2016-2023). Cette évolution est légèrement inférieure à celle du PIB dont l’augmentation à prix courant est de 3,4 % par an sur la même période.


Évolution des dépenses engagées dans la lutte contre les pollutions des eaux superficielles et souterraines (hors eaux marines)
En milliards d’euros courants

© SDES

Note : les données excluent les dépenses consacrées à la surveillance et à la dépollution des eaux marines, à l'exception des efforts déployés pour lutter contre la prolifération des algues vertes, ainsi que les dépenses associées à la connaissance et la surveillance des sols.
Champ : France.
Source : SDES, comptes économiques de l'environnement, 2025

Données

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