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Environnement

DONNÉES DE SYNTHÈSE SUR LA BIODIVERSITÉ

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Évolution des populations de grands prédateurs : le loup gris, le lynx boréal et l’ours brun

À retenir

Ces espèces ont vu leurs populations s’effondrer, voire disparaître de France continentale au cours du XXe siècle. Les mesures de protection réglementaires ont mis fin aux pratiques visant leur éradication. La dynamique de la population de loup est globalement positive, mais avec des variations inter-annuelles liées au bilan reproduction - mortalité (dont les tirs de prélèvement). Le lynx connaît une tendance positive sous l’effet de la consolidation de son noyau jurassien mais la population vosgienne, réintroduite, est proche de l’extinction. La viabilité à long terme de la population d’ours brun, très isolée dans les Pyrénées, est incertaine.

Contexte

Les aires de distribution naturelle de ces trois espèces carnivores couvrent une grande partie de l’hémisphère nord. En Europe, au fil des siècles le développement agricole et l’exploitation du bois réduisent les espaces forestiers, habitats typiques de ces grands mammifères. Les massifs boisés sont, en outre, fragmentés par les infrastructures de transport, ce qui contraint la dispersion des individus (surtout pour l’ours et le lynx) et donc les possibilités de colonisation et les échanges (démographiques et génétiques) entre noyaux de population. Enfin, ces carnassiers se trouvent en concurrence avec l’Homme qui prélève, par la chasse, une partie de leurs proies. L’effondrement des populations de loup, de lynx et d’ours résulte des effets conjoints de la dégradation des conditions d’habitat, de la raréfaction de leurs ressources alimentaires et de l’amélioration des techniques de lutte contre ces espèces considérées nuisibles et dangereuses.

La disparition ou la régression des grands prédateurs puis le développement de la Politique agricole commune ont favorisé l’implantation d’un pastoralisme extensif, peu surveillé, dans des secteurs conquis par exemple sur la moyenne montagne. Les espaces ouverts de pâturages sont fréquemment considérés comme constitutifs d’une mosaïque variée d’habitats, elle-même favorable à une forte diversité biologique. Toutefois, l’élimination des animaux les plus élevés dans les chaînes alimentaires peut déséquilibrer le fonctionnement de l’ensemble de l’écosystème par un effet de cascade. Elle peut bénéficier, en particulier, aux grands herbivores, dont les effectifs croissent actuellement fortement en France, causant d’importants préjudices à l’agriculture et à la sylviculture. Ceux-ci ont représenté 40 millions d’euros d’indemnisation en 2010-2011.

Loup, lynx et ours ne sont pas considérés comme menacés à l’échelle mondiale selon la liste rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), mais la viabilité à long terme de leurs populations dans l’hexagone, avec des effectifs modestes, voire faibles (ours), n’est pas assurée. En France, le loup est classé « vulnérable », le lynx « menacé » et l’ours « en danger critique ». Les trois espèces sont protégées à l’échelle européenne par la Convention de Berne et la Directive « Habitats faune flore ». Au plan national elles figurent à l’arrêté du 23 avril 2007 « fixant la liste des mammifères terrestres protégés sur l'ensemble du territoire ».


Loup gris

Écologie et distribution de l’espèce

Le loup (Canis lupus) a été l’un des mammifères les plus répandus sur la planète. Très adaptable, il peuple une large gamme d’habitats, depuis la toundra arctique jusqu’aux déserts tropicaux.
Les principales populations de loup en Europe dépassent le millier d’individus. Elles sont localisées dans les Balkans, les Carpates et le nord-ouest de la péninsule ibérique. Les effectifs en Italie et dans les pays baltes sont de l’ordre du millier.
À l’exception des individus en dispersion ou isolés, la structure sociale est la meute. Celle-ci compte typiquement 4 à 6 individus, un couple reproducteur et sa descendance. Dans des conditions optimales, une population de loups connaît un taux de croissance qui permet son doublement en seulement 4 ans. La dynamique de la population est essentiellement gouvernée par la mortalité des louveteaux et la dispersion des jeunes adultes quittant la meute. La population croît en occupant de nouvelles zones et non en augmentant localement sa densité. La consommation quotidienne de viande d’un adulte varie de 2 à 5 kg. Quand les grandes proies, comme les ongulés sauvages, viennent à manquer, le régime alimentaire peut comprendre de petits animaux, des baies et des charognes.

Histoire en France

Présent sur la quasi-totalité du territoire il y a deux siècles, le loup a disparu de France à la fin des années 1930. Outre les causes citées dans le paragraphe introductif, l’espèce a fait l’objet d’une lutte technique, avec une amélioration de l’efficience des armes à feu, des pièges et des dispositifs d’empoisonnement, mais aussi d’une lutte institutionnelle comprenant le versement de primes à l’abattage.
À partir de 1992, des animaux de la population relictuelle italienne sont repérés dans le Mercantour. Suite à ce retour naturel, des jeunes ont essaimé dans chacun des massifs montagneux de France continentale.

Abondance

Sur ces dernières années, le nombre de loups présents en France a augmenté. Durant l’hiver 2014-2015, l’effectif minimum retenu (EMR) dans les zones de présence permanentes (ZPP) est toutefois inférieur à celui de l’hiver précédent (129 individus contre 138). Il s’agit d’une estimation basse des effectifs, car l’EMR correspond à un dénombrement minimal des seuls animaux sédentarisés. Il ne comprend pas ceux en dispersion. L’effectif total est estimé à 282 individus, avec une fourchette entre 206 et 358.

Graphe : variations du nombre de groupes de loups, période 1993-2015

Quarante-deux ZPP sont dénombrées à la fin de l’hiver 2014-2015, dont 30 abritent des meutes. Depuis l’hiver 2005-2006, le nombre de ZPP a doublé. En complément, des zones de présence temporaire témoignent d’avancées de la colonisation. La progression des indicateurs géographiques et démographiques montre une dynamique encore positive.

En France, l’essentiel des effectifs est concentré dans les Alpes du sud (carte de l’article «Les grands prédateurs»). La dispersion à partir de ce noyau a, d’une part, conduit à une extension de l’aire de présence de proche en proche, et, d’autre part, à la colonisation de territoires distants. Le loup est aujourd’hui présent dans une partie des Préalpes ainsi que dans des îlots situés dans l’arrière-pays provençal, le Massif central, les Pyrénées, les Vosges et l’Est du bassin parisien.


Impact et perception

La prédation sur les troupeaux a crû avec la taille de la population de loups. En 2015, on dénombre en France 2 500 attaques pour un total de 9 000 bêtes tuées, en grande majorité des brebis et des agneaux. Ce chiffre ne représente que 0,2 % des 4,2 millions d’ovins abattus en France en 2015, et 0,1 % du cheptel . Le loup ne fait donc pas peser de menace majeure sur la filière ovine nationale. En revanche, il est porteur d’enjeux territoriaux car les attaques sont très localisées. Le seul département des Alpes-maritimes, avec 3 500 animaux victimes de la prédation, concentre 40 % des dommages recensés au niveau national. Rapporté au cheptel ovin départemental, hors transhumants (53 000 têtes au 31 décembre 2014), c’est environ 7 % des bêtes qui ont été tuées sur l’année.
Le gardiennage adapté des troupeaux ne s’est pas généralisé, même si le déploiement de chiens de protection et les mesures associées (filets électrifiés, gardiennage renforcé, regroupement nocturne) ne peuvent conduire à un risque nul de prédation. Un système d’indemnisation a été instauré pour compenser les pertes infligées aux éleveurs par la prédation, accompagné d’aides pour le financement des mesures de protection.
Faute de solution satisfaisante pour les éleveurs, l’État autorise, à titre dérogatoire puisque l’espèce est protégée, l’abattage d’un nombre limité de loups dont le plafond est réévalué chaque année. Les premières dérogations comprenaient un cadre très strict, qui contenait le nombre des abattages à un niveau modeste. L’arrêté du 30 juin 2015 a nettement assoupli ce cadre. Pour la période de juillet 2015 à juin 2016, le nombre de loups abattus (autorisations et braconnage avéré) a ainsi atteint le plafond autorisé de 36 individus (soit 13 % de l’effectif estimé en 2015).

 

Graphe : abattages de loups, période 2005-2016

L’efficacité de ces abattages fait l’objet de débats scientifiques . Elle est aussi contestée par les défenseurs du loup, qui soulignent que les dérogations contreviennent aux engagements internationaux de la France à protéger l’espèce. Par ailleurs, selon un sondage IFOP datant de 2013 les trois quarts des Français jugent que le loup a « toute sa place dans la nature en France ». Logiquement, 80 % des personnes interrogées sont opposées à l’éradication de l’espèce. Ce plébiscite dépasse les spécificités régionales ainsi que les clivages politiques.


Conclusion

Une partie des menaces qui ont conduit à l’extinction de l’espèce en France continentale au XXe siècle pèse toujours. Outre les abattages autorisés, la population lupine subit une pression de braconnage difficile à estimer dans sa globalité.

En conclusion, la longévité et la fécondité de l’espèce, associées à sa capacité d’adaptation et de dispersion, permettent au loup, maintenant qu’il est protégé au plan réglementaire, de reconquérir une partie de son territoire. L’avenir de la population dépendra de la capacité de la société française à cohabiter avec un animal porteur de symboles mais perturbant certaines activités d’élevage.


Lynx boréal

Écologie et distribution de l’espèce

Le lynx boréal est le plus grand des félins d’Europe de l’Ouest. Les quatre principales populations européennes sont situées sur la péninsule scandinave, en Finlande, dans les pays baltes et dans les Carpates. Chacune compte environ 2 000 individus. Les populations plus petites sont soit en déclin, soit stables, à l’exception du noyau jurassien en expansion. Elles sont isolées les unes des autres et leur habitat est généralement restreint et fragmenté.

Chaque année, la plupart des femelles adultes donnent naissance à une portée de 1 à 4 chatons. Seuls 20 % d’entre eux atteignent l’âge adulte. Le lynx est un prédateur qui affectionne particulièrement les ongulés comme les chevreuils et les chamois.


Histoire en France

La chasse et la réduction des surfaces forestières ont été les principales causes de la régression du lynx, autrefois largement répandu en France. Disparu du bassin parisien et des Vosges au cours du XVIIe siècle, du Massif central et du Jura dans la seconde moitié du XIXe siècle, il s’est néanmoins maintenu dans les Alpes jusqu’au début des années 1940. Dans la chaîne pyrénéenne, l’espèce semble s’être éteinte dans les années 1950. Suite à la réintroduction du lynx dans le Jura suisse au début des années 1970, l’espèce a recolonisé le versant français du massif à partir de 1974.


Abondance et distribution

 Graphe : aire de présence régulière du lynx, par massif

L’aire de présence régulière du lynx s’est étendue entre 1988 et 2001. Depuis, elle continue de croître, grâce à la consolidation du noyau jurassien, mais à un rythme moins soutenu. Entre 2001 et 2014, l’aire de présence régulière a diminué des deux tiers dans le massif vosgien, d’un tiers dans les Alpes, mais elle a progressé de moitié dans le massif jurassien. Le noyau alpin est dispersé sur la partie nord du massif et en connexion démographique avec le noyau jurassien dont il est issu (carte de l’article «Les grands prédateurs»). L’espèce est désormais présente sur une grande partie de la façade est de la France. Un projet de réintroduction dans la forêt allemande du Palatinat, contigüe aux Vosges, a reçu le soutien financier de la Commission européenne. Les trois premiers animaux, originaires de Slovaquie, ont été réintroduits en juillet 2016.


Impact et perception

En 2015, 98 attaques de lynx sur des troupeaux ont été recensées, essentiellement dans le massif jurassien. La mortalité associée varie d’année en année, mais sans qu’aucune tendance de long terme se dégage. L’extension de l’aire de présence de l’espèce n’a donc pas été accompagnée d’une augmentation des dégâts sur le cheptel.


Conclusion

La population française reste vulnérable, dépendante du dynamisme du noyau jurassien. Les causes de mortalité ne sont que partiellement connues. Tous âges confondus, sur 127 cadavres retrouvés entre 1974 et 2008, les collisions routières et ferroviaires sont la première cause de mortalité des adultes (58 %), suivies des pathologies (16 %) et du braconnage (12 %). Ces deux dernières causes sont très probablement sous-estimées car elles sont peu détectables. Chez les jeunes, ce sont les pathologies et la disparition de la mère (par exemple suite à collision routière ou braconnage) qui sont souvent fatales.


L'ours brun

Écologie et distribution de l’espèce

La « problématique ours brun » se rapproche de celles associées au lynx et, dans une moindre mesure, au loup en termes de controverse. Cependant l’ours n’est pas un prédateur comme les deux précédents. Son régime alimentaire est opportuniste et diversifié : l’animal est omnivore, majoritairement végétarien.

Les femelles ne donnent naissance à une portée, typiquement de 2 ou 3 oursons, qu’une année sur 2 ou 3.

Les principales populations européennes d’ours brun, stables ou en augmentation, sont localisées dans les Carpates, en Scandinavie et sur les reliefs dominant la côte nord de la mer Adriatique. Chacune compte plusieurs milliers d’individus. Les populations d’Europe de l’ouest sont restreintes à quelques centaines (Monts Cantabriques en Espagne), voire dizaines (Pyrénées, Alpes, Apennins en Italie) d’individus.


Histoire en France

Destruction des habitats et abattage des individus ont fortement réduit les effectifs d’ours en France. Dans les années 1940, la population relictuelle était restreinte aux Pyrénées, avec 100 à 150 individus. Inférieure à 70 individus dans les années 1960, cette population s’est fragmentée en deux noyaux. Seuls 7 à 8 individus subsistaient dans le noyau occidental au début des années 1990.

Une première réintroduction a eu lieu en 1996-1997 dans les Pyrénées centrales, avec un mâle et deux femelles adultes issus d’une population sauvage de Slovénie. Après la mort de la dernière femelle de souche pyrénéenne, 4 femelles et 1 mâle ont été lâchés en 2006, à nouveau dans les Pyrénées centrales.


Abondance et distribution

En 2014, l’effectif minimal retenu est de 33 individus : 2 dans les Pyrénées occidentales et 31 dans les Pyrénées centrales. En excluant les oursons de sexe indéterminé, le sex-ratio est de 14 femelles pour 9 mâles. Les analyses génétiques indiquent que certains ours passent régulièrement la frontière.

Graphe : effectif estimé de la population pyrénéenne d'ours brun, période 1993-2014


La population actuelle est toujours divisée en un noyau occidental au bord de l’extinction, avec seulement 2 mâles, et un noyau central à la dynamique favorable (carte de l’article «Les grands prédateurs»). L’aire totale de présence de l’ours est de l’ordre de 4 000 km², pour moitié sur le versant espagnol de la chaîne pyrénéenne.


Impact et perception

La fréquence des attaques sur le cheptel domestique est stable depuis 2006, autour d’une centaine par an. En 2015, elles ont causé la mort de - ou infligé des blessures à - 148 animaux. Elles ont essentiellement eu lieu sur le versant français, en Ariège, sur les troupeaux ovins.


Conclusion

La population pyrénéenne d’ours brun se serait éteinte sans les réintroductions. Elle est l’une des plus menacées d’Europe car peu nombreuse et très isolée.

 

Méthodologie
Les membres des réseaux Loup-Lynx et Ours brun, animés par l’ONCFS, relèvent chaque année des indices de présence afin d’assurer le suivi des aires de répartition et de la démographie de ces espèces.
Les zones de présence permanentes (ZPP) du loup correspondent à des espaces fréquentés au moins pendant deux hivers consécutifs par un ou plusieurs individus, ou meutes, sédentarisés. Elles sont déterminées en recoupant des indices (ex. : présence de fèces ou de cadavres de proies, prise au piège photographique, écoute des hurlements). L’effectif minimal retenu (EMR) dans chaque ZPP est évalué. L’EMR est un indicateur de la tendance mais ne doit pas être confondu avec l’effectif total de la population. Ce dernier est estimé, avec une fourchette d'incertitude, par modélisation de la relation entre l’EMR et une mesure de référence de l'effectif de la population (estimation faite par une analyse de type capture-marquage-recapture des signatures génétiques détectées sur toute l'aire de présence).
Le réseau identifie aussi les zones de présence régulière et occasionnelle du lynx, avec les mêmes méthodes que pour le loup. Un dispositif de suivi intensif a été déployé dans le Jura suisse.
Le réseau ours brun est constitué d’un tissu de correspondants multipartenaires. Le suivi transfrontalier est coordonné dans le cadre du Groupe de suivi transfontalier de l’ours dans les Pyrénées (GSTOP). Les analyses démographiques et spatiales reposent sur la combinaison de données opportunistes et d’un suivi systématique. L’identification des individus fait appel aux techniques génétiques et à l’analyse d’images prises par des pièges photographiques.

En savoir plus

  • Oncfs (Office national de la chasse et de la faune sauvage)
  • Sfepm - loup (Société française pour l’étude et la protection des mammifères)

  • Europa (Commission européenne - DG environnement)

  • Avis CSPNB janvier 2016 (Conseil scientifique du patrimoine naturel et de la biodiversité)

  • Spécial loup 2013 - Le courrier de la Nature n° 278




Mis à jour le 12/10/2016

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