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Pratiques environnementales des Français en 2020 : agir à l’échelle individuelle

Environnement
Publié le 08/11/2021
Depuis les années 1990, le ministère chargé de l’Environnement mène de manière régulière des enquêtes quantitatives pour connaître les actions individuelles que les Français privilégient afin de protéger l’environnement. Qu’il s’agisse de trier ses déchets, de faire des économies d’énergie, de changer ses modes de déplacement ou de consommation, les formes d’implication individuelle décrites par ces enquêtes reflètent l’appropriation des questions environnementales par les Français. Elles montrent également le chemin qu’il reste à parcourir pour mobiliser plus largement la société au service de la protection de l’environnement.

Protéger l’environnement des générations futures

En 2020, pour près de deux Français sur cinq, la volonté de « laisser aux générations futures un environnement de qualité » est la principale raison d’agir à l’échelle individuelle en faveur de l’environnement. Dans un contexte fortement marqué par la pandémie de Covid-19, la deuxième raison invoquée touche au domaine de la santé (26 %). Préserver la nature et la biodiversité est également cité par près d’un Français sur quatre. Enfin, 11 % des enquêtés agissent en priorité pour limiter les conséquences du changement climatique.

Tandis que les enquêtés ayant un niveau d’études élevé évoquent plus fréquemment la question du climat, ceux dont le niveau d’études est inférieur ou égal au bac privilégient davantage les enjeux sanitaires. Protéger sa santé et celle de ses proches suscite aussi un intérêt plus marqué chez les femmes. Enfin, les Français âgés de 40 à 49 ans semblent être les plus soucieux d’agir au profit des générations futures, plus encore que ceux âgés de 60 ans et plus.

 

Motivation principale à agir en faveur de l’environnement

Motivation principale à agir en faveur de l’environnement - © Source : SDES, plateforme Environnement de l’enquête de conjoncture auprès des ménages (Camme) réalisée par l’Insee, 2020.

S’impliquer en fonction de ses capacités

Pour protéger l’environnement, près de la moitié des Français ont le sentiment d’en faire autant qu’ils le peuvent. 12 % des enquêtés jugent même en faire déjà beaucoup. À l’inverse, 37 % des personnes interrogées estiment qu’elles pourraient en faire davantage et 2 % ne jugent pas utile d’agir à l’échelle individuelle.

Le sentiment d’en faire autant que possible est particulièrement marqué chez les retraités (59 %) et les ouvriers (56 %). Plus de la moitié des enquêtés de moins de 40 ans répondent qu’ils pourraient en faire davantage (52 %, contre 30 % des 60-69 ans). De même, une grande partie des ménages constitués de trois personnes ou plus reconnaissent aussi qu’ils auraient la capacité d’agir plus en faveur de l’environnement (44 %, soit 11 points de plus que les ménages composés d’une ou deux personnes). Parmi les catégories d’enquêtés qui jugent déjà en faire beaucoup, les plus âgés se distinguent nettement des plus jeunes : 18 % chez ceux âgés de 70 ans et plus, contre 7 % chez les moins de 40 ans. Plus sceptiques que la moyenne, les habitants de l’agglomération parisienne et les ouvriers ont davantage tendance à juger que l’action individuelle n’est pas vraiment utile pour protéger la nature.

 

Évaluation personnelle de la façon d’agir en faveur de l’environnement

Évaluation personnelle de la façon d’agir en faveur de l’environnement - © Source : SDES, plateforme Environnement de l’enquête de conjoncture auprès des ménages (Camme) réalisée par l’Insee, 2020.

Agir individuellement : une forme d’évidence

Près de trois Français sur quatre considèrent que chacun doit s’investir le plus possible pour protéger l’environnement. 13 % des enquêtés estiment qu’ils ne disposent pas des moyens nécessaires pour agir à leur échelle et 7 % semblent attendre qu’il leur soit expliqué pourquoi ils devraient s’impliquer individuellement. Enfin, une faible minorité des Français (3%) jugent que les problèmes environnementaux sont exagérés.

Répondant plus fréquemment qu’ils n’ont pas les moyens d’agir à leur niveau, les habitants de l’agglomération parisienne, ainsi que les artisans, commerçants et chefs d’entreprise se distinguent sur ce point. Les retraités semblent faire preuve d’un plus grand scepticisme, estimant pour 5 % d’entre eux (contre 1% pour les moins de 40 ans) que les problèmes environnementaux sont exagérés.

 

Opinions sur l’engagement individuel en faveur de l’environnement

Opinions sur l’engagement individuel en faveur de l’environnement - © Source : SDES, plateforme Environnement de l’enquête de conjoncture auprès des ménages (Camme) réalisée par l’Insee, 2020.

Consommer responsable

Acheter uniquement le nécessaire pour éviter le gaspillage et acheter des produits fabriqués localement sont les deux pratiques que les Français associent le plus spontanément à la notion de consommation responsable (environ 40% pour chacune de ces pratiques). Depuis 2015, l’achat de produits fabriqués localement est un peu plus souvent mis en avant, alors qu’en 2012 l’achat du strict nécessaire était cité en premier. Consommer des produits plus respectueux de l’environnement et investir dans des produits plus robustes et plus économiques sur le long terme sont des pratiques citées chacune par près de 10% des français en 2020. Bien moins cité, l’achat de « produits issus du commerce équitable » (2 %) a cependant progressé entre 2012 et 2020.

Ce dernier item est quatre fois plus choisi par les moins de 30 ans que par les enquêtés âgés de 70 ans et plus. De même, les plus jeunes évoquent deux fois plus fréquemment que les plus âgés la consommation de produits respectueux de l’environnement. Des différences notables s’observent également entre femmes et hommes : les premières citent plus fréquemment les achats nécessaires évitant le gaspillage (45 %, soit 10 points de plus que les hommes) tandis que les seconds se prononcent davantage en faveur de l’achat de produits locaux (41 %, contre 35 %). L’achat de produits locaux pour réduire les transports de marchandises et soutenir l’emploi local est également davantage privilégié hors des grandes agglomérations : les enquêtés résidant dans des territoires de faible densité démographique ont deux fois plus tendance à choisir cette définition que ceux résidant dans l’agglomération parisienne.

 

Définition de la consommation responsable

Définition de la consommation responsable - © Source : SDES, plateforme Environnement de l’enquête de conjoncture auprès des ménages (Camme) réalisée par l’Insee, 2012-2020.

Mieux connaître pour mieux acheter

Comme les années précédentes, les Français attendent surtout d’être convaincus que le prix des produits respectueux de l’environnement n’est pas plus élevé avant d’en acheter davantage. Cette motivation devient toutefois moins discriminante au fil des années : 32% des enquêtés la mentionnent en 2020 contre 42% en 2012, d’autres motifs prenant progressivement le relais. Ainsi, la part des ménages souhaitant en savoir davantage sur ces produits et leurs conditions d’utilisation tend à augmenter (25% en 2020 contre 20% en 2012), de même que la part des consommateurs attendant un élargissement de l’offre disponible (20 % en 2020 contre 13 % en 2012). Enfin, une proportion relativement stable des enquêtés souhaiteraient avant tout une meilleure signalétique sur ces produits (16 %).

Les enquêtés sans emploi, les ouvriers et les employés se montrent plus soucieux du prix (41 %). À l’inverse, les cadres supérieurs et professions libérales se préoccupent moins de l’éventuel surcoût à payer (24 %) mais voudraient davantage pouvoir les repérer plus aisément (22%). Pour leur part, les moins de 40 ans attendent plus fréquemment un élargissement et une diversification de l’offre en matière de produits respectueux de l’environnement (24 % contre 16 % chez les plus de 70 ans).

 

Motivations pour acheter des produits plus respectueux de l’environnement

Motivations pour acheter des produits plus respectueux de l’environnement - © Source : SDES, plateforme Environnement de l’enquête de conjoncture auprès des ménages (Camme) réalisée par l’Insee, 2012-2020.

Une vigilance plus marquée pour les produits alimentaires

Pour plus d’un Français sur quatre, la provenance géographique des produits alimentaires est un point de vigilance important lorsqu’ils font leurs courses. Ce souci de réduire la distance entre producteurs et consommateurs se révèle cependant moins marqué quand il s’agit d’acquérir des vêtements ou du mobilier. La part des Français déclarant faire systématiquement attention à la quantité de déchets induits par leurs achats reste stable au cours des dix dernières années (12 %).

 

Points de vigilance en matière de consommation

Points de vigilance en matière de consommation - © Source : SDES, plateforme Environnement de l’enquête de conjoncture auprès des ménages (Camme) réalisée par l’Insee, 2020.

 

Plus de la moitié des Français (57 %) déclarent en 2020 se soucier toujours ou souvent de la distance parcourue par les produits alimentaires qu’ils achètent, soit 11 points de plus qu’en 2010. Cette attention à la provenance se révèle plus marquée chez les enquêtés âgés de 50 ans et plus (61 % contre 53 % chez les moins de 50 ans) et chez les femmes (60 % contre 56 % chez les hommes).

Concernant les autres produits (vêtements, chaussures, meubles), la part des enquêtés déclarant consulter « toujours » ou « souvent » les étiquettes de ces marchandises afin de connaître leur origine géographique fluctue autour de 35 % tout au long de la décennie écoulée. Un tiers des enquêtés reconnait ne « jamais » y prêter attention. Comme pour les produits alimentaires, une différence générationnelle s’observe sur ce sujet : 46 % des enquêtés âgés de 60 ans et plus déclarent ainsi faire régulièrement attention à l’origine géographique de ces produits, soit 19 points de plus que les enquêtés de moins de 40 ans.

En 2020, 29 % des enquêtés déclarent ne « jamais » faire attention aux quantités de déchets générés par leur consommation, une proportion historiquement basse. Cette forme de désintérêt pour le sujet s’avère plus élevée chez les hommes (31 %) que chez les femmes (24%).

 

Évolution des niveaux de vigilance entre 2010 et 2020

Évolution des niveaux de vigilance entre 2010 et 2020 - © Source : SDES, plateforme Environnement de l’enquête de conjoncture auprès des ménages (Camme) réalisée par l’Insee, 2010-2020.
Note : Ce graphique est une déclinaison du précédent, centrée sur l’évolution des réponses « Toujours » et « Souvent ».

Plus de deux Français sur trois déclarent avoir acheté récemment un produit bio

En 2020, 67 % des Français déclarent avoir récemment acheté des produits bio, une part en constante progression et deux fois plus élevée qu’en 2008. Par ailleurs, 59% des Français déclarent avoir acheté un ou plusieurs produits portant un label écologique au cours du mois écoulé. Après quatre années de stabilité, cet indicateur progresse depuis deux ans (+ 8 points par rapport à 2018).

 

Achats de produits bio et/ou écolabellisés

Achats de produits bio et/ou écolabellisés - © Source : SDES, plateforme Environnement de l’enquête de conjoncture auprès des ménages (Camme) réalisée par l’Insee, 2008-2020.

 

Les moins de 40 ans déclarent plus fréquemment consommer des produits bio ou écolabellisés (74 %). En comparaison, les Français âgés de 70 ans et plus sont ceux qui recourent le moins à l’alimentation bio (- 16 points) et aux produits titulaires d’un label écologique (- 24 points). Les enquêtés sans emploi, ouvriers ou employés ont également une moindre propension à consommer ce type de biens (56 %). À l’inverse, 80 % des cadres supérieurs et professions libérales déclarent acheter des produits issus de l’agriculture biologique et 75 % des professions intermédiaires semblent accorder leur confiance aux écolabels. Les achats de produits bio sont également davantage le fait des enquêtés de la région parisienne que de ceux vivant hors des grandes agglomérations.

 

Évolution des achats de produits bio selon l’âge des enquêtés

Évolution des achats de produits bio selon l’âge des enquêtés - © Source : SDES, plateforme Environnement de l’enquête de conjoncture auprès des ménages (Camme) réalisée par l’Insee, 2020.

 

Des pratiques plus ou moins difficiles à mettre en œuvre

Afin de saisir les actions individuelles que les Français jugent les plus efficaces pour protéger l’environnement, celles qu’ils mettent en œuvre le plus fréquemment et celles qu’ils ont le plus de difficultés à intégrer dans leur quotidien, il est demandé, tous les deux ans, à un échantillon représentatif de ménages de citer les deux actions les plus importantes dans chacun de ces registres.

S’imposant de longue date comme la pratique environnementale incontournable, le tri des déchets ménagers reste en 2021 l’action individuelle la plus fréquemment réalisée par les Français. Levier simple à mettre en œuvre du fait de la diffusion élargie de dispositifs de tri à l’échelle municipale, cette pratique environnementale est aussi considérée comme la moins difficile à mettre en œuvre au quotidien. Si cette action est plutôt considérée comme efficace pour protéger l’environnement, ce sont toutefois la réduction des déchets et la réduction de la consommation d’énergie qui arrivent en tête des actions jugées les plus efficaces, même si elles sont moins fréquemment mises en œuvre.

 

Fréquence, difficultés et efficacité présumée de quelques pratiques environnementales

Actions pour l'environnement - © Source : SDES, baromètre « Société et Environnement » de l’enquête "Conditions de vie et aspirations" réalisée par le Credoc en janvier 2021.
Libellés des questions posées : « Selon vous, quelles sont les deux actions individuelles les plus efficaces pour protéger l’environnement ? » ; « Au quotidien, quelles sont les deux actions que vous mettez le plus fréquemment en œuvre pour protéger l’environnement ? » ; « Et à l’inverse, au quotidien, quelles sont les deux actions que vous avez le plus de difficultés à mettre en œuvre pour protéger l’environnement ? »

 

La moindre utilisation de la voiture et l’achat de produits écolabellisés sont les deux actions les plus rarement réalisées. Perçues comme les moins efficaces, elles sont aussi considérées comme les plus difficiles à mettre en œuvre. Également perçu comme difficile, le choix d’un mode de déplacement plus respectueux de l’environnement est jugé plus efficace et est un peu plus fréquemment mis en œuvre. Enfin, la réduction de la consommation d’eau et le choix de produits locaux sont dans des situations intermédiaires : relativement simples, elles sont modérément mises en œuvre et jugées moyennement (produits locaux) ou peu (économie d’eau) efficaces.   

Logiquement, réduire l’usage de la voiture est considéré comme plus difficile pour les enquêtés en zone rurale (30%) que pour les personnes résidant dans l’agglomération parisienne (14 %). A l’inverse, il est jugé moins difficile d’utiliser des produits locaux par les enquêtés ruraux (9 % contre 15 % dans l’agglomération parisienne). Alors que les enquêtés les plus âgés mentionnent plus fréquemment choisir des produits locaux (16 %), les enquêtés les plus jeunes ont davantage tendance à opter pour des modes de déplacement plus respectueux de l’environnement (16 %) ou à acheter des produits écolabellisés (9 %).

Entre 2015 et 2021, quelques évolutions saillantes méritent d’être signalées. L’achat de produits locaux est une pratique dont la fréquence et l’efficacité perçue ont augmenté (+ 3 points). Les enquêtés trouvent également moins compliqué d’acheter des produits écolabellisés (- 3 points). À l’inverse, choisir un mode de déplacement plus respectueux de l'environnement est désormais moins fréquent (- 4 points) et perçu comme moins efficace (- 7 points). De même, la part des Français jugeant difficile de moins utiliser sa voiture a augmenté (+ 3 points).

Méthodologie

Les données présentées ici s’appuient sur deux dispositifs d’enquête du service statistique du ministère de la Transition écologique (SDES) la Plateforme Environnement et le Baromètre « Société et Environnement ».

- La Plateforme Environnement est un dispositif de suivi barométrique initié par le SDES en 2008. Adossée à l’enquête mensuelle de conjoncture auprès des ménages de l’Insee (dispositif Camme), cette plateforme comprend une série de 20 questions posées chaque année (au mois de novembre) à un échantillon de 1 800 individus environ représentatif de la population résidant en France métropolitaine âgée de 18 ans et plus. Les questions visent à suivre l’évolution des préoccupations et des pratiques environnementales dans la société française.

Par nature, les pratiques recueillies dans le cadre de cette enquête sont des pratiques déclarées. Elles sont donc susceptibles d’être surévalués par rapport aux pratiques effectives des ménages, compte-tenu du mécanisme dit de « désirabilité sociale » fréquemment observé dans les enquêtes d’opinions centrées sur des sujets comme l’environnement pour lesquels il existe souvent une adhésion consensuelle. L’individu interrogé tend ainsi à répondre en adéquation avec ce qu’il juge être une valeur ou une attitude socialement valorisée.

Pour cette raison, plus que les niveaux, ce sont les évolutions des réponses au fil du temps ou les disparités entre catégories qui sont les plus riches d’enseignements. Des modifications ayant été apportées au questionnaire en 2012 et en 2020 pour améliorer les connaissances sur ces sujets, la profondeur temporelle des analyses varie selon les items.

- Le Baromètre « Société et Environnement » est l’outil de suivi historique des préoccupations et pratiques environnementales des Français. Initié en 1995 par l’Institut français pour l’environnement (Ifen) et piloté depuis 2008 par le SDES, ce baromètre est réalisé dans le cadre du dispositif d’enquête « Conditions de vie et aspirations des Français » par le Credoc. Ces données sont collectées en face-à-face auprès d’un échantillon représentatif de 3 000 personnes de 15 ans et plus résidant en France métropolitaine, en Corse et dans les DROM-COM. Ce baromètre est réalisé tous les deux ans en début d’année impaire.

Auteur : Eric Pautard, SDES

 

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